Black Star France (1984-1985), agence photographique

Mis à jour le 6 mai 2022 par Redaction

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Black Star France, agence de presse (novembre 1984-décembre 1985) liée a l’agence américaine Black Star et à l’agence Rapho a été dirigée par Mark Spencer Grosset avec Sylvie Languin et Philippe Flandrin comme rédacteur-en-chef Les principaux photographes : Thierry Boccon-Gibod, Wojtek Laski, Manoocher, James Nachtwey, Reza, Michel Setboun, Anthony Suau

La société Black Star France[1], filiale de l’agence américaine Black Star[2] a été créée en novembre 1984 à la suite d’un différend commercial entre les agences Black Star (USA) et Sipa Press. Göksin Sipahioglu (1926-2011) ayant écarté sans préavis Black Star au profit d’une autre agence, Howard Chapnick (1922–1996) décide alors avec Raymond Grosset, qui représente les photographes de l’agence en France, de créer Black Star France.

Dans une luxueuse plaquette de présentation de la nouvelle agence, on peut lire :

« Black Star est pour nous plus qu’une agence photo ordinaire, c’est une garantie prestigieuse de qualité, d’éthique professionnelle et de rigueur. Bref, ce qui constitue aujourd’hui les lettres de noblesse du photojournalisme : notre profession. C’est en 1935, à New York, que trois journalistes européens Ernest Mayer, Kurt Szafranski et Kutt Kornfeld créent Black Star. Ce sont des amoureux de la photographie et il n’est pas surprenant de les voir dès l’année suivante participer à la fondation puis à l’aventure de LIFE MAGAZINE. Black Star est alors le foyer d’une pléiade de photographes dont les noms vont marquer d’une trace indélébile l’histoire de la photo : Philippe Halsman, W. Eugene Smith, Ralph Crane et tant d’autres. L’aventure ira loin. En 1964, au terme d’une époque marquée par le second conflit mondial et la décolonisation, Howard Chapnick reprend le flambeau avec Benjamin Chapnick et maintient la tradition du grand reportage, tandis que Black Star s’ouvrait sur le monde moderne pour devenir le témoin numéro un de l’industrialisation, du règne de la science, et des progrès de la médecine. L’agence travaille alors avec TIME-LIFE, NATIONAL GEOGRAPHIC, LOOK, THE SATURDAY EVENING POST, toute une époque, qui continue aujourd’hui tant il est vrai qu’à Black Star l’actualité a rendez-vous avec l’histoire. Black Star France est la troisième génération de cet effort et c’est aussi un retour aux sources. Il fallait bien, devant la montée des défis posés à l’information en Europe comme dans le Tiers-Monde, que Black Star développe sa capacité rédactionnelle à Paris, capitale mondiale de la photo. Pour cela il fallait une équipe …/… Ils viennent de France, mais aussi de Pologne, d’Iran, et des Etats-Unis, leurs publications parlent d’elles-mêmes. Ils sont différents du point de vue de leurs origines comme de leurs formations, mais ils ont en commun une même ambition, ils veulent dire ce qui est, avec leurs propres moyens, leurs regards, leur volonté de comprendre afin de dépasser le conformisme qui s’est peu à peu imposé dans un domaine où il n’aurait jamais dû être : le photojournalisme. Et ce n’est pas tout, car Black Star France traduit aussi notre volonté de diversifier les activités de notre agence qui s’oriente résolument vers la dimension multimédia. La photo n’est plus seule, le texte l’accompagne, comme le commentaire suit le film télévisé qui est notre troisième grande ambition. »

La direction de cette nouvelle agence est confiée à Mark Spencer Grosset, qui quitte La Compagnie des Reporters où il était éditeur photo. La rédaction en chef est confiée à Philippe Flandrin et Sylvie Languin s’occupe des exportations, poste qu’elle occupait a La Compagnie des Reporters dont elle a démissionné.

Thierry Boccon-Gibod, Wojtek Laski, Manoocher, Reza et Michel Setbou alors photographes vedettes de Sipa Press sont débauchés. Ils sont rejoints par deux célèbres photojournalistes américains Anthony Suau et James Nachtwey.

Guillaume Valabrègue alors commercial de l’agence Rapho se souvient d’une anecdote :« Laski avait récupéré des photos N&B du père Popiełuszko et l’on savait que Michel Philippot (Sygma) avait récupérer des photos couleur. A qui vend-t-on :  VSD, Match ? Je suis allé à VSD et il y a eu une petite vente aux enchères entre Maurice Siegel (VSD) et Brigitte Huard (Figaro Magazine). Maurice Siegel emporte l’enchère mais je ne me souviens plus du montant. Christian Caujolle (Libération) m’appelle…  Je rentre dans le bureau de Maurice Siegel et je lui explique. Je le laisse téléphoner à Christian Caujolle. Siegel et Caujolle savaient que cette histoire était incroyable et ils voulaient faire un maximum de ventes. Maurice Siegel a accepté que Libération publie une photo à condition que le journal écrive que l’histoire complète sortait le lendemain dans VSD. C’était une autre époque.[3] »

« A ce moment-là, seconde moitié des années 80, l’argent coulait à flot … » se souvient Kathleen Grosset[4] sœur de Mark. « Et Howard a proposé à Mark la direction de Black Star France. Rien ne devait être trop beau, photographes et journalistes de qualité. Mark a accepté et a embauché également Sylvie Languin. Et puis, les ventes n’ont pas suivi. Elles ne couvraient pas les dépenses, et tout s’est arrêté. »

La décision d’arrêt de l’activité est annoncée par une dépêche de l’AFP en date du 29 décembre 1985. Une partie des photographes Thierry Boccon-Gibod, Wojtek Laski, Manoocher rejoindront la courte relance de l’agence Keystone tandis que Michel Setboun sera diffusé par Rapho, Mark Spencer Grosset et Sylvie Languin seront embauchés à Rapho.

  • 33 boulevard des Capucines, Paris 2ème arrondissement
  • 18 rue Lamarck, Paris 18ème arrondissement (siège de liquidation)

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Notes

[1] Black Star France est une SARL enregistrée le 9 avril 1984 sous le n°331 479 964 au registre du commerce de Paris et a été radiée le 20 décembre 1989

[2] La société américaine Black Star Publishing Company est connue sous le nom de Black Star

[3] Guillaume Valabrègue, entretien téléphonique avec l’auteur – 16 octobre 2020

[4] Kathleen Grosset, entretien par courriel avec l’auteur – 21 juin 2020