Cinéma

Libé a 50 ans !
Du rêve à la réalité, un film ? (1/2)

Dernière révision le 17 avril 2023 à 14:51 par la rédaction

Paris 4 janvier 1973 – Conférence de presse de lancement du quotidien Libération. De gauche à droite : ¨Philippe Gavi, Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Vernier, Serge July et Jean-René Huleu.
Photographie copyright Gérard-Aimé / Ville de Paris / BHVP

Nous sommes en 2003 et Libération va avoir 30 ans. Partout s’écrit une histoire tronquée : Libé a été fondé par Sartre et July. Point barre.  Le réalisateur Michel Arowns, Jean-Claude Vernier, Martine Feissel-Vernier et Michel Puech décident de réaliser un documentaire pour mettre la naissance de Libération dans le contexte de l’époque.

Le film doit mettre en valeur les événements de 1970 à 1973 qui ont permis la naissance du quotidien. « De l’Agence de Presse Libération à Libé, genèse d’un quotidien. » tel est le sous-titre.

La bande des quatre chercha une chaîne de télé, un producteur… Malgré l’exclamation de Marin Karmitz au vu du scénario : « ce serait criminel de ne pas faire ce film ! », les cordons des bourses restèrent fermés comme les portes des télévisions. C’était il y a vingt ans. Cinq ans plus tard, Patrick Benquet réussit à sortir « Libération : je t’aime moi non plus ». Le temps avait un peu plus passé, et l’angle n’était pas le même.

Le film qu’Arowns, Feissel, Vernier et Puech voulaient réaliser devait « s’intéresser à ces années d’utopie, où du passé on a voulu faire table rase. Aux acteurs de cette période qui ont rêvé de transformer la propagande en un combat d’idées. A tous ceux qui, militants ou déjà professionnels de l’information, ont voulu imaginer une autre presse face à la presse bourgeoise. Aux rêveurs qui ont cru à la puissance des mots pour bouleverser l’ordre social. »

En 2003, les quatre étaient bien dans la réalité, ils étaient encore un peu rêveurs…  Avec leurs accords L’œil de l’Info publie ci-dessous, des extraits de présentation du projet,  des éléments d’histoire trop souvent oubliés. 

Chronologie de l’histoire

« Curieusement, il existe dans notre Histoire des périodes sur lesquelles on ne s’arrête pas. C’est le cas par exemple de la première moitié des années cinquante, oubliées entre la Libération et la guerre d’Algérie, et celui des premières années 70, occultées par la médiatisation de Mai 68.

1968 voit, pour simplifier, l’explosion d’une volonté de sortir des carcans, d’en finir avec une société bloquée par les autoritarismes, les hiérarchies, les mandarinats divers. La réaction du pouvoir ne tarde pas, et un consensus est trouvé avec les organisations du monde du travail. La société se remet en marche, et le pouvoir politique se jure qu’on ne l’y reprendra plus.

Sous la résignation apparente, des milliers de jeunes, lycéens, étudiants ou travailleurs, dont Mai 68 a libéré l’espérance, continuent à rêver de changer le monde.

Ils choisissent de militer dans le cadre d’organisations gauchistes, ou d’agir dans leurs milieux professionnels (médecins, journalistes, photographes, artistes, chercheurs, ouvriers…), ou se regroupent dans de nouveaux mouvements (féministes, homosexuels, prisonniers, immigrés…).

On en est là, en 1970

Le pouvoir sent le danger et réagit en cherchant à verrouiller ces espoirs, à faire taire ces paroles par la répression musclée de toute manifestation et par la censure. Deux journaux, Hara-Kiri et La Cause du Peuple, sont interdits coup sur coup.

Ces actes de censure, et ceux qui se multiplient dans les rédactions, rapprochent des journalistes de la « presse bourgeoise » de ceux de la presse militante ou clandestine. La violence de la répression conduit des photographes et des journalistes à couvrir systématiquement les manifestations pour tenter de limiter par leur présence les exactions policières.

Dans cette ambiance de confiscation de la parole, un groupe de militants décide de créer une agence de presse. Ce sera l’Agence de Presse Libération (APL). De cette agence, et du mouvement multiforme dont elle se veut le reflet, naîtra en 1973 le quotidien Libération, qui reprend le titre orné de gloire d’un des journaux issus de la résistance au nazisme.

Notre film est (ndlr: devait être) l’histoire de ce pari fou, ignorant toutes les règles de la presse classique, mais fondé sur un geste politique visionnaire. On fera vivre de l’intérieur l’état d’esprit et le mode de pensée qui ont permis sa concrétisation. »

Avec l’aimable autorisation des auteurs ©Arowns, Feissel, Vernier, Puech

A suivre : Du rêve à la réalité, un film, des témoins (2/2)

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