Lire & Voir

Laurence Le Guen & Kathleen Grosset
A la découverte d’Ergy Landau

Dernière révision le 10 mars 2023 à 10:01 par la rédaction

Paris, 1er février 2023 – Kathleen Grosset et Laurence Le Guen, vernissage de l’exposition d’Ergy Landau à la Mairie du 16ème arrondissement.

L’exposition sur le Paris d’Ergy Landau est prolongée jusqu’au 17 mars 2023. Une conférence des commissaires d’exposition  est prévue le samedi 11 mars à la salle des Commissions de la Mairie du 16ème arrondissement à à 15h.

Ergy Landau © Association des amis d’Ergy Landau

 

 

La photographe Ergy Landau sort de l’anonymat avec un livre et deux expositions qui se sont tenues à Paris jusque fin février en attendant celle à Budapest, dans son pays d’origine. On doit la redécouverte de cette photographe pionnière de l’agence Rapho à Laurence Le Guen spécialiste de la littérature jeunesse photo-illustrée et à Kathleen Grosset, dernière directrice de Rapho et fille de Raymond Grosset.  La famille Grosset a hérité des archives d’Ergy Landau et a précieusement conservé négatifs, épreuves et documents divers.

 

 

Interview de Laurence Le Guen

Sur la piste des archives photo d’Ergy

Ergy Landau © Association des amis d’Ergy Landau

Comment êtes-vous arrivée à Ergy Landau ?

« Mon projet était de recenser tous les livres illustrés de photographies pour enfants qui existaient en Europe et aux Etats-Unis. J’ai découvert Horoldamba le petit Mongol d’Yves Bonnieux et Ergy Landau. (Calmann-Lévy, 1957).  Je n’ai rien trouvé sur Yves Bonnieux car c’est un pseudonyme et donc je me suis intéressée à Ergy Landau.  J’ai découvert qu’elle avait  publié  un autre livre avec Maurice Genevois Le Petit chat (Arts et Métiers graphiques, 1957). Je me suis aperçue qu’elle était présente dans beaucoup de publications. »

Lors de mes recherches, je m’efforce toujours de comprendre l’acte créatif et les archives sont essentielles pour l’éclairer.  Je me suis mise à la recherche des archives photo d’Ergy Landau qui semblaient avoir disparues.  Grâce à Francine Deroudille, une des filles de Robert Doisneau, j’ai contacté Kathleen Grosset qui a été la dernière directrice de l’agence Rapho.  Elle m’a dit qu’elle avait effectivement des archives photo d’Ergy Landau. Je suis donc allée chez elle à Paris pour commencer un inventaire des archives.  Voilà comment ça a démarré.  Très vite, nous avons eu l’envie de faire une exposition et un livre pour la remettre dans la lumière. Je suis allée voir les archives d’Ylla à New York et j’ai rencontré son héritier.  Dans les livres d’Ylla, j’ai retrouvé des lettres d’Ergy Landau».

Les archives sont importantes ?

« Dans les archives que possède Kathleen Grosset, il y a des tirages originaux et des épreuves que Raymond Grosset a fait tirer pour la seule exposition au musée de Châlon-sur-Saône en 1988 , des carnets et de nombreux négatifs qui sont à peine recensés….  Sans planches contacts.  Ils sont dans des pochettes cristal mais souvent sans indications.  Il faut donc se reporter aux carnets de la photographe pour les identifier… Un gros travail.  J’ai commencé avec Kathleen à constituer un inventaire. »

Vous vous intéressez à la place des photographes dans les années 30, et en particulier aux reportages sur les nouvelles écoles, les nouvelles pédagogies de l’époque…

« Il y a de nombreux négatifs concernant les nouvelles écoles qui naissent dans les années 30.  Ergy Landau, comme laure Albin Guillot ou André Kertesz, a photographié les bibliothèques enfantines et les écoles nouvelles qui voient le jour dans les années 1920 et 1930. Elle a même séjourné en Angleterre chez la pédagogue Beatrix Tudor Hart, pour réaliser un reportage dans la Fortis Green Scholl de Londres. Elles ont ensuite écrit un livre de pédagogie.

Pourquoi avoir créé cette association des Amis d’Ergy Landau ?

« Le but est toujours le même, la protection et la valorisation de l’œuvre d’Ergy avec les expositions, le livre, des conférences et aussi remettre en état la tombe d’Ergy Landau.  Elle était tombée dans le domaine public, mais nous avons obtenu de la Mairie de Paris que la tombe soit officiellement reprise par la Mairie.  L’Association l’a fait nettoyer et nous avons remis une plaque et des fleurs … »  

 

Interview de Kathleen Grosset

Une histoire d’amitié, de photo

Raymond Grosset a 17 ans quand il rencontre Ergy Landau

Paris février 1955 – Kathleen Grosset a un an, Jessica à deux ans et demi dans les bras de leur mère Barbara Byrne-Grosset. Photo © Ergy Landau / Association des amis d’Ergy

« Sans cette rencontre, mon père n’aurait pas rouvert l’agence Rapho en 1945 et sans cette rencontre, mon père et ma mère ne se seraient pas connus…  C’est vous dire si Ergy Landau est importante pour nous, et je ne parle pas de sa photographie.  Enfants, nous allions régulièrement chez elle pour des séances photo et j’ai encore en mémoire le timbre grave de sa voix et la vision de ses fume-cigarettes. [1]»

Ergy Landau va introduire Raymond Grosset auprès de Charles Rado, fondateur en 1933 de Rapho et ainsi être à l’origine de la reprise d’activité de Rapho en 1945.  Ergy Landau est liée à la famille Grosset et quand un terrible accident met fin à sa carrière, Raymond Grosset va gérer ses affaires et, avec l’aide d’un groupe d’amis, subvenir à ses besoins.

« A la mort d’Ergy » se souvient Kathleen Grosset « il a fallu libérer son appartement…  … Ergy n’avait pas d’enfants, pas d’héritiers.  Elle avait confié à Raymond la totalité de ses archives.  A l’époque de la mort d’Ergy, il n’y avait pas de politique photographique.  Ses photos ont vieilli et son travail est tombé dans l’oubli.  A la fin des années 80, Paul Jay membre des Gens d’images, et fondateur du Musée Niepce, et Raymond ont parlé d’Ergy, d’Ylla et de Nora Dumas… Paul a regardé toutes les archives et finalement il y a eu trois expositions à Chalon-sur-Saône, une pour chaque photographe. Des 30×40 ont été exposés, A la fin des années 80, Ergy Landau est revenue un peu dans la lumière grâce au développement d’un nouveau marché, celui des posters, cartes postales, calendriers (Editions du Désastre, Nouvelles Images, etc..), puis est retombée un peu dans l’oubli.  Faire vivre les photos anciennes… A part dans les musées, c’est difficile.  Toutes les archives d’Ergy étaient naturellement rue d’Alger puis rue d’Enghien… Après la faillite du groupe Eyedea, j’ai tout apporté chez moi dans une banale valise achetée à Marrakech. »

Propos recueillis par Michel Puech.

Livre

Ergy Landau, une vie de photographe (1896-1967)

Texte de Kathleen Grosset, Laurence Le Guen et David Martens

Photographies Ergy Landau

Le Bec en l’air – 36,00€

Tous nos articles concernant Ergy Landau

L’histoire de l’agence Rapho

 

[1] Témoignage de Kathleen Grosset dans le livre