EDITORIAL

Lauren Grabelle
La photographe X

Dernière révision le 30 septembre 2022 à 12:02 par la rédaction

Lady in red (Dame en rouge) © Lauren Grabelle

Etre invisible au regard des autres mais les voir est un grand pouvoir et, sans nul doute, chacun aura un jour ou l’autre voulu en éprouver le délicieux, bien qu’un peu coupable, frisson, celui du voyeur qui regarde sans être vu.

Depuis des années, la surveillance généralisée de nos vies se développe sous prétexte de la sécurité de la population. L’évolution de la technologie s’est accompagnée d’un débat sur la protection de la vie privée et sur la manière dont les informations sont partagées et sur les droits de l’individu. Sans surprise, la photographie est souvent au coeur du débat, puisqu’elle est depuis longtemps l’un des principaux outils utilisés pour enregistrer notre vie quotidienne. Anticipant cette problématique il y a une vingtaine d’années, la photographe américaine Lauren Grabelle en a fait oeuvre pour aborder frontalement la question du voyeurisme en documentant la vie dans un casino vue par les caméras de sécurité.

« À la fin des années 1990, je me suis glissée anonymement dans un emploi du service de surveillance de l’un des plus grands casinos du monde. Je me suis retrouvée avec plus de 800 caméras au bout des doigts, et en appuyant sur un bouton, avec la possibilité d’imprimer une image vue sur le moniteur devant moi tout en recherchant à distance les indiscrétions humaines. Je suis devenue le photographe X. Au cours de mon travail dans cette “chambre noire”, il y avait peu de moments que je pouvais capturer mais je me sentais incitée à le faire lors des étranges moments fugaces qui se présentaient à moi. Au départ, je pensais que le fait d’avoir un emploi pénible mettrait fin à mon rêve de faire de l’art. Mais je me trompais. Ces visions intimes et inhabituelles de l’environnement des casinos américains et la mise en évidence de l’avidité brute ont été secrètement enregistrées, imprimées puis sorties furtivement de la salle de surveillance pour être conservées comme des souvenirs voyeuristes de mon expérience en tant que Photographe X. Mais cette série parle aussi des frustrations d’avoir un travail rémunéré à l’heure et de se sentir loin du monde de l’art et de la photographie dont je voulais faire partie. Il s’avère que l’art est partout où on le voit et ce travail m’a permis de le créer et de le capturer furtivement. Cependant, j’ai attendu de nombreuses années pour le partager publiquement. »

Le site de l’artiste

Gilles Courtinat
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