Exposition

Adolfo Kaminsky
L’étoffe d’un héros, faussaire et photographe

 

Adolfo Kaminsky en 2019 © Christophe Fouin / MAHJ

Né à Buenos Aires en 1925, dans une famille juive originaire de Russie installée en France en 1932, Adolfo Kaminsky  travaille comme apprenti teinturier à l’âge de quinze ans et apprend les rudiments de la chimie. Interné à Drancy en 1943 avec sa famille, il peut quitter le camp grâce à sa nationalité argentine.

Il fait la rencontre d’un résistant, Marc Hamon, avec qui il parle d’encre et de son effaçage ce qui posait alors problème pour falsifier les document écrits à l’encre Waterman. Il se trouve qu’Adolfo a, de part son expérience, une solution efficace pour venir à bout de cet obstacle. Engagé dans la Résistance à dix-sept ans, il prend le pseudonyme de Julien Keller et devient, grâce à ses compétences technique et chimique, un expert dans la réalisation de faux papiers. Il travaille successivement pour la résistance juive (les Éclaireurs israélites, la Sixième et l’Organisation juive de combat) contribuant à sauver la vie de milliers d’enfants, avant de collaborer avec les ¬services secrets de l’armée française jusqu’en 1945.

Après la guerre, il fabrique des faux papiers pour l’émigration des rescapés juifs vers la Palestine, puis pour le groupe Stern qui s’oppose violemment au mandat britannique. Connu comme ¬« le technicien », dans les années 1950 et 1960, il est le faussaire des réseaux de soutien aux indépendantistes algériens, aux révolutionnaires d’Amérique du Sud et aux mouvements de libération du Tiers-Monde, ainsi qu’aux opposants aux dictatures de l’Espagne, du Portugal et ¬de¬ la¬ Grèce.

« Je fabrique trente faux papiers en une heure, si je dors une heure, trente personnes mourront. » (Adolfo Kaminsky)

De nombreux combats auxquels il a apporté son concours, au péril de sa vie et au prix de nombreux sacrifices. Resté fidèle à ses conceptions humanistes, il refusera toute collaboration avec les groupes violents qui émergent en Europe dans les années 1970. Il a toujours refusé d’être payé pour faire des faux papiers pour ne jamais être forcé à soutenir une cause en particulier.

C’est pendant la Seconde Guerre mondiale qu’Adolfo Kaminsky découvre la photographie qui lui permet d’avoir un revenu et est utile dans ses activités clandestines. Après la Libération, il réalise des milliers de clichés de Paris, à l’esthétique humaniste proche de celle de Willy Ronis ou Robert Doisneau. Intéressé par les scènes insolites et nocturnes, il fut un observateur attentif de la rue et du monde du travail, allant des puces de Saint-Ouen aux néons de Pigalle, il a capturé les regards, les silhouettes solitaires, les lumières, l’élégance et la marge. Ses portraits d’hommes barbus lui rappelaient un souvenir douloureux: alors qu’il était interné au camp de Drancy, il avait sympathisé avec un couple d’âge mûr, dont le mari portait une belle barbe bien taillée. La tête et la barbe rasées avant sa déportation, l’homme avait par son regard éteint frappé Adolfo: on lui avait retiré toute sa dignité.

Gilles Courtinat

Toutes les chroniques de Gilles Courtinat

 

Exposition

Adolfo Kaminski, Faussaire et photographe

Musée de Vire en Normandie jusqu’au 6 novembre 2022

Un livre écrit par sa fille Sarah: “Adolfo Kaminsky, Une vie de faussaire”, paru chez Calmann-Lévy.

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