Exposition

Femmes photographes de guerre
En première ligne, hier comme aujourd’hui

Dernière révision le 12 mars 2022 à 11:59 par la rédaction

Des survivants fouillent les décombres après le bombardement de Phnom Penh, la capitale du Cambodge, par les Khmers rouges, février 1974. © Christine Spengler/Sygma

Hasard du calendrier, l’exposition “Femmes photographes de guerre”, qui vient d’ouvrir au Musée de la Libération de Paris en partenariat avec le Kunstpalast de Düsseldorf, entre en résonance avec le conflit qui a actuellement lieu à l’est de l’Europe.

Si des noms masculins viennent à l’esprit quand on pense à ce genre de photos, depuis bien longtemps des femmes ont documenté les conflits de la planète et se sont, au risque de leur vie, rendues au plus près d’affrontements meurtriers et ce depuis la première guerre mondiale. Pas de différence entre un regard masculin ou féminin, si ce n’est que le fait d’être une femme autorise plus facilement l’accès aux familles comme en a témoigné Susan Meiselas:

« En Amérique centrale, je pouvais approcher les gens parce qu’ils n’avaient pas peur des femmes comme ils avaient peur des hommes. Dans ces environnements hautement militarisés, une femme était perçue comme moins menaçante ».

Le travail de huit photographes femmes est présenté ici, couvrant une période allant des années 30 à nos jours, et suit un parcours chronologique commençant par Gerda Taro qui, avec son compagnon Robert Capa, a documenté la guerre civile espagnole mais qui y perdra la vie en 1937 à l’âge de 27 ans. Ensuite Lee Miller qui fut d’abord mannequin avant de collaborer avec Man Ray et commencer une carrière de photographe. Quand la seconde guerre mondiale éclate, elle devient correspondante de guerre pour Vogue ce qui l’amènera à suivre l’armée américaine en Europe jusqu’au camp de concentration de Dachau.

Trente ans plus tard, Catherine Leroy part au Viêt Nam avec un Leica M2 et quelques dollars en poche, sans expérience ni soutien. Elle compense par une énergie folle qui va suffisamment impressionner le patron de l’agence Associated Press à Saigon pour qu’il lui accorde une accréditation. Cela lui permettra d’être la première femme à sauter en parachute avec les marines américains qui, vu son physique très menu, devaient la lester afin qu’elle n’atterrisse pas dans les lignes ennemies.

Françoise Demulder ira aussi en Indochine et sera présente à Saigon lors de l’entrée des troupes nord-vietnamiennes dans le palais présidentiel. Elle se rendra sur différents lieux de crise de la planète, Angola, Liban, Cambodge, Salvador, Éthiopie, Pakistan et au Proche-Orient où elle réalisera une image faisant d’elle la première lauréate féminine du World Press Photo, le prix le plus prestigieux du photojournalisme.

Christine Spengler découvre sa vocation au Tchad pour ensuite parcourir le monde en crise réalisant au Cambodge et en Iran ses images les plus célèbres. Si jusque-là, la couleur était peu présente, c’est avec Susan Meiselas qu’elle va prendre toute la place qui lui revient. Dès 1978, elle part seule au Nicaragua couvrir l’insurrection sandiniste sans parler un seul mot d’espagnol et fera l’une de ses photographies les plus célèbres, celle d’un révolutionnaire aux faux airs du Che Guevara, lançant un cocktail Molotov. Autres photos fortes avec l’américaine Carolyn Cole dont la couverture de la crise civile au Libéria lui permettra de remporter le Prix Pulitzer en 2004 et elle sera également récompensée pour son travail en Irak. Enfin, l’exposition se termine avec Anja Niedringhaus qui passera les dix premières années de sa carrière à photographier les conflits en ex-Yougoslavie avant de partir en Irak et en Afghanistan où elle sera assassinée car être femme ne protègera jamais des dangers encourus dans les zones de combats.

Gilles Courtinat

Gerda Taro (1910-1937

Gerda Taro est une photographe née en Allemagne en 1910, émigrée à Paris en 1933. Elle travaille avec Robert Capa et devient photographe. Elle part couvrir la guerre civile espagnole en 1936 avec Capa et Seymour pour la presse communiste française. Blessée à mort à Brunete en juillet 1937, elle est probablement la première femme photographe de guerre tuée sur le front.

Lee Miller (1907-1977)

Lee Miller, américaine née en 1907, commence sa carrière en tant que modèle.

Elle commence son apprentissage de photographe avec Man Ray à Paris à la fin des années 1930, puis ouvre son propre studio avant de se perfectionner à New York. Embauchée par Vogue, elle devient correspondante de guerre accréditée auprès de l’armée américaine en 1942 et couvre la libération en Europe et la découverte des camps de concentration.

Catherine Leroy (1944-2006)

Née à Paris, Catherine Leroy est accréditée photographe de presse en 1966 et couvre la guerre du Vietnam jusqu’en 1969 ; elle est brièvement prisonnière du Vietcong en 1968. Elle photographie aussi le conflit du Liban. Catherine Leroy est la première femme à recevoir la médaille d’or Robert Capa en 1976.

Christine Spengler (née en 1945)

Après des études de langues, Christine Spengler part au Tchad où elle devient photographe de guerre. Elle couvre de multiples conflits, en Europe (celui d’Irlande du nord en 1972), en Asie au Vietnam et au Cambodge, en Afrique (au Sahara occidental), au Proche-Orient, en Afghanistan, en Irak. Elle a travaillé pour Corbis Sygma, Sipa press et Associated Press.

Françoise Demulder (1947-2008)

Françoise Demulder étudie la philosophie avant de se rendre au Vietnam photographier la guerre. Elle travaille pour l’agence Gamma. Elle se rend ensuite au Cambodge, en Angola, au Liban, en Irak. En 1977, elle est la première femme photographe à recevoir le World Press Award.

Susan Meiselas (née en 1948)

Susan Meiselas est américaine, diplômée en arts visuels. Elle a produit plusieurs séries sur les femmes aux États-Unis avant de rejoindre l’agence Magnum. Elle a couvert des zones de conflit en Amérique du sud (Nicaragua, El Salvador) et a été récompensée par la médaille d’or Robert Capa en 1979.

Carolyn Cole (née en 1961)

Carolyn Cole a fait des études de photojournalisme aux États-Unis. Après avoir été photographe pour plusieurs journaux, elle rejoint l’équipe du Los Angeles Times en 1994. Elle est reporter de guerre au Kosovo, puis photographie les guerres en Afghanistan, en Irak. Elle a reçu le prix Pulitzer pour son reportage au Libéria.

Anja Niedringhaus (1965-2014)

Anja Niedringhaus est allemande et a étudié la philosophie et le journalisme. En 1990, elle est la première femme à être engagée par l’European Pressphoto Agency. En 2002, elle travaille pour Associated Press. Elle se rend en Yougoslavie, en Irak, au Proche-Orient et en Libye. Elle est tuée lors de combats en Afghanistan en 2014.

 

Exposition

Femmes photographes de guerre

Jusqu’au 31 décembre 2022

Musée de la Libération de Paris

https://www.museeliberation-leclerc-moulin.paris.fr/exhibitions/femmes-photographes-de-guerre

 

Gilles Courtinat
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