Entretien

Gérard Rancinan, le talent et la révolte à fleur de peau

Gérard Rancinan, photojournaliste, aujourd’hui artiste photographe, expose avec son associée Caroline Gaudriault, « Voyage en démocratie », une série de trente photographies et de textes à la Villa Tamaris du 29 janvier au 7 mai 2022

Après Yan Arthus-Bertrand et Claude Gassian, la Villa Tamaris, une belle bâtisse qui surplombe la rade de Toulon, accueille Caroline Gaudriault et Gérard Rancinan.

Il y a quarante ans que je n’avais pas revu Gérard Rancinan. A l’époque du début des années 1980, il était un photojournaliste en pleine ascension.

Le « petit Gérard » a débuté à 16 ans comme apprenti photographe au quotidien Sud-Ouest où son père fut typographe pendant plus de trois décennies. Un jour, la chance lui sourit. Des reporters américains demandent à Sud-Ouest un photographe pour couvrir un évènement dont ils ne veulent rien dire. Personne n’est enthousiaste au service photo et on envoie « le petit ». C’est le début d’une carrière. Gérard Rancinan qui, à peine vingt ans, a l’occasion de photographier les militants de l’ETA qui ont assassiné le 20 décembre 1973 Luis Carrero Blanco, homme d’état et amiral de surcroît. Un proche de Franco.

« Je reçois alors un coup de fil d’un certain Xavier Périssé qui se présente comme le rédacteur en chef d’une toute nouvelle agence Sygma, des dissidents de Gamma. »

Gérard dit oui à Xavier et c’est le début d’une carrière fulgurante. Gérard Rancinan qui a été muté à « la locale de Pau » du quotidien Sud-Ouest photographie 5 matches de rugby dans le week-end. « J’ai appris à travailler vite et efficace. » Mais, « le petit Gérard » ne se contente pas de son travail de local.

Durant ses congés, il part en Afrique couvrir le sacre de Bokassa… Bientôt Hubert Henrotte, alors patron de Sygma, lui demande d’intégrer le staff de Sygma. C’est une série de grands magazines en couleur, et de portraits, Fidel Castro, le pape et tant d’autres qui vont illustrer les plus grands magazines du monde et lui valoir six nominations au World Press Photo.

Et dès ces années 1980, l’artiste pointe derrière le photojournaliste. Gérard Rancinan aime la mise en scène qui révèle parfois mieux que le simple cliché la personnalité des grands de ce monde. Après un bref passage à Gamma, puis un retour à Sygma, il quitte Hubert Henrotte pour fonder avec Jean Guichard sa propre agence, GLMR pour Guichard, Ledru, Melloul et Rancinan. L’aventure dure deux, trois ans avant qu’il ne s’envole ….

En 1995, le commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint-Cyr le remarque, « Tes photos sont des œuvres d’art, on va essayer… ». « Ca flattait mon ego mais j’étais dubitatif, mais ça a marché ».

Les premières ventes sont plus qu’encourageantes. Rancinan qui a senti que l’époque de « l’âge d’or du photojournalisme » était en déliquescence, se tourne alors, avec succès, vers l’Art. Dans les ventes aux enchères, ses photographies partent à 100, 200 000€. Dès lors tout est permis « avec beaucoup de travail » précise-t-il.

En même temps qu’il expose « De rage et de désir, le cœur battant des Hommes » au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat, au Maroc, il installe à la Villa Tamaris « Voyage en démocratie » avec sa complice l’écrivaine Caroline Gaudriault.

Trente photographies format XXL, des textes de philosophes, des films pour le plus grand bonheur de Jacqueline Franjou, Présidente de L’Oeil en Seyne et de Cyril Bruneau le directeur artistique. Cette exposition qui va durer « le temps de la campagne électorale » s’amuse l’artiste vient à point pour accroitre la renommée de la Villa Tamaris, gérée par la Métropole Provence Méditerranée présidée par Hubert Falco, le maire de Toulon, qui ne lésine pas sur les moyens : entrée gratuite, bus et médiateurs pour que les écoliers et lycéens puissent découvrir les œuvres à la Villa Tamaris, désormais consacrée à tous les genres de la Photographie.

Michel Puech

Ecouter les 3  podcast (20′) de

l’interview de Gérard Rancinan

L’exposition photographique et calligraphique « Voyage en démocratie » se tiendra du 29 janvier 2022 au 7 mai 2022 à la Villa Tamaris à La Seyne-sur-mer (Var). On verra trente photographies monumentales de Gérard Rancinan, une installation d’écritures et une installation sonore de Caroline Gaudriault et le film « Les Immortels » artistique réalisé par Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault. (Entrée gratuite)

Site de la Villa Tamaris : https://villatamaris.fr/

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