Retour d'archives

Cours camarade, les flics sont derrière toi

Photo ©Pierre Abramovici

 

En vérité, ma vie quotidienne dans la photo n’avait rien de glorieux. Je passais surtout du temps à marcher. Marcher dans des manifs.

Dans les années 70, elles étaient innombrables, parfois plusieurs fois par jour. Et, le fait est, qu’elles étaient souvent agitées. La police version Marcellin puis Poniatowski, était très, très violente. Mais dans un genre plus artisanal qu’aujourd’hui.

Les flics parisiens étaient équipés de ce que l’on appelait les « bidules[1] », de longs morceaux de bois plus proches du manche de pioche que de la matraque qu’ils avaient aussi. On appelait ça une « gomme ».

Tous, CRS, gendarmes mobiles et autres disposaient du « lance-patate », une carabine munie d’un embout pour tirer des grenades lacrymogènes. Des grenades dont on retrouvait les restes partout, des tubes de cartons grisâtres.

En plus de tout, il y avait ce que l’on appelait les « voltigeurs », des types monstrueux sur des motos trials, équipés d’un bidule par moto. L’équivalent d’une charge à cheval. Ils ont été dissous après la mort de Malik Oussekine, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986.

Côté manifestants, c’était autre chose qu’aujourd’hui. Il y avait des groupes organisés, hyper organisés. Des « SO », service d’ordre, souvent équipés de divers objets contondants, généralement des manches de pioches.

Quand ils voulaient en découdre, sur des mots d’ordres précis, ils avaient recours à de multiples « rendez-vous secondaires » et puis ils jaillissaient du métro, armés de cocktails molotov parfois un dans chaque main. Il y avait la mystique de la barricade : constituer des barricades était une sorte d’obsession !

Tout cela faisait un cocktail explosif. Violent, très violent.

Au moment où sont arrivés les « autonomes », anars, non organisés, ultra-agressifs, ils se sont mis à attaquer systématiquement en fin de manif.

Pour nous, photographes, comme toujours, nous attendions l’affrontement et on essayait de faire la meilleure « plaque ».

Souvent, c’est cela qui se vendait le mieux, sinon, on « tapait » la banderole de tête et les leaders. Photographiquement, ça n’allait pas très loin, mais c’était marrant.

Pierre Abramovici

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[1] Bidule : jargon policier pour une longue matraque en bois

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