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1975, un braquage à Paris, j’ai plus peur qu’à Beyrouth

La presse aime le Commissaire Broussard

Une prise d’otages dans une banque qui commence en face de la télé et qui se termine dans Paris Match, le 3 décembre 1975.

Deux hommes tentent de braquer une succursale du Crédit Lyonnais, avenue Bosquet, dans le 7ème arrondissement de Paris, en face de la rue Cognacq-Jay, où j’exercerai mes talents quelques années plus tard pour ‘La Une’.

Afin de se faire remettre l’argent, ils prennent des otages. La police arrive, quadrille les lieux.

Sur place, sont présents les commissaires Ottavioli [1] et Broussard [2].

Après de longues négociations, les deux hommes demandent une voiture et s’enfuient avec deux otages. Dans leur fuite, ils percutent, rue Pierre-Charron, un autre véhicule avec à son bord deux députés : Jean Briane, député de l’Aveyron, et Gilbert Gantier, député de Paris qui vient de déposer une proposition de loi visant à aggraver les peines encourues par les preneurs d’otages !

 

Pour moi tout commence devant la banque, pendant les négociations. On sait qu’ils vont sortir, la police communique de son QG dans le restaurant à côté de la banque.

« j’achète les photos n’importe quel prix ! »

Un copain me propose de me servir de chauffeur sur sa moto. A l’époque, il y en a peu. Quand la voiture des truands démarre avec leurs deux otages, nous les prenons en chasse en compagnie de la moto d’Europe 1.

Les deux motos dépassent les flics en voiture et on se retrouve entre eux et la police. Quand ils percutent la voiture des députés, rue Pierre-Charron, juste avant Paris Match, nous couchons nos motos et nous réfugions derrière des poubelles et un abribus. Ça commence à tirer de partout, l’un des truands, armé d’un fusil arrose la rue, les flics, derrière nous tirent par dessus nos têtes. Un moment, ils courent pour passer devant nous.

En vérité, je suis terrifié… j’étais à Beyrouth, quelques semaines auparavant, toute proportion gardée, j’ai eu plus peur. J’ai pris je ne sais combien de photos et j’entendais, venant d’en haut, une voix qui disait : « j’achète les photos n’importe quel prix ! »

Le problème, c’est qu’à ce moment-là, je photographie dans un état second et je ne me rends absolument plus compte de ce que je fais. Quand tout est fini, il y a un mort derrière le commissaire Broussard, chef de l’antigang, plein de flics, plusieurs blessés et je me rends compte de rien. Par la suite, Broussard va revendiquer d’avoir lui-même abattu le truand…

« à n’importe quel prix, c’était hier soir… aujourd’hui, c’est différent »

On me porte sur la moto, je n’arrive même plus à le faire moi-même. Rentré à Fotolib, Jean-Claude Trastour, qui n’a qu’une confiance limitée dans mes capacités de photographe, ne croit pas qu’elles soient bonnes. De plus, je ne me souviens de rien (aujourd’hui encore). On développe donc les photos seulement le lendemain matin et quand elles arrivent à Match, la réponse de Thérond : « à n’importe quel prix, c’était hier soir… aujourd’hui, c’est différent ». Voilà comment, j’ai loupé une superbe vente (elles se sont vendues à un prix normal, hélas).
Elles ont fait aussi le bonheur de la presse de gauche…

Pierre Abramovici

 

Notes

[1] Pierre Ottavioli, originaire de Corse, mort le 29 août 2017 à l’âge de 95 ans, est un commissaire de police français des années 1960 et 1970. Il a entre autres enquêté au sujet des Brigades internationales, de l’affaire du Baron Empain, l’attentat du Petit-Clamart et de l’affaire Marković ainsi qu’à celui de la disparition de Mehdi Ben Barka.

[2] Robert Broussard, né le 24 avril 1936 à Aulnay-de-Saintonge en Charente-Maritime, est un commissaire de police devenu préfet. Il participe à la résolution de certaines affaires les plus importantes des années 1970 : l’assassinat de Jean de Broglie, l’enlèvement du baron Édouard-Jean Empain, la prise d’otages de l’ambassade d’Irak à Paris et la lutte contre les réseaux de la French Connection.

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