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Mars 1980, « J’ai été traité comme un domestique par Giscard »

Mis à jour le 13 novembre 2021 par Redaction

Valéry Giscard d’Estaing, Le Bourget, le samedi 29 mars 1980 – (c) Pierre Abramovici

Je viens de retrouver cette image que je croyais perdue… Où comment j’ai été traité comme un domestique par Giscard.

Tout commence le samedi 29 mars 1980. Giscard, encore Président de la République, décide de « dialoguer avec les jeunes ».

Paris Le Bourget, mars 1980 Président Giscard d’Estaing – (c) Pierre Abramovici

Une sorte de « camp du drap d’or » est installé à l’aéroport du Bourget (1). Des milliers de jeunes gens venus de toute la France attirés par un prix de déplacement modique et un spectacle animé par Joan Baez. Mais, il faut écouter Giscard…

Tous mes collègues sont là pour la séquence politique, et tout le monde se barre après le discours. Moi, je décide de rester parce que je n’ai pas d’images de Joan Baez, et puis, j’ai envie de l’écouter !

Un moment, après sa prestation, un type très, très grand, m’appelle : Hugues Devawrin, alors président des Jeunes Giscardiens.

« Eh vous là… venez avec moi »

On ne dit pas non au président des Jeunes Giscardiens !

  « J’ai besoin d’un photographe »

Il n’y a plus que moi, tout le monde est parti.

Il m’amène à une grande tente…

  « Le Président nous attend !»

J’avoue que je suis impressionné. Je rentre dans la tente. Giscard est assis sur une sorte de grand fauteuil, comme un trône. A sa droite, Charles Debbasch (2), conseiller technique à l’Elysée, un des ordonnateurs du spectacle politico-artistique, et, à sa gauche Joan Baez.

Derrière moi Devawrin et sur le côté, une table avec des petits fours. Giscard à Devawrin, toujours derrière moi :

« dites à ce jeune homme (voix chuintante) que M. Debbasch aimerait être pris en photo avec Mme Baez »

Derrière moi, Devawrin :

 « le président souhaite que vous fassiez une photo de M. Debbasch et Mme Baez ».

M. Debbasch et Mme Baez – (c) Pierre Abramovici

Je lève mon appareil (sans bouger,  car ce sont eux qui se positionnent ; et, je fais quatre images. Je vous en épargne trois ! Vous noterez, en passant, le lustre légèrement incongru dans une tente, même présidentielle.

Une fois ce délicieux moment passé, je baisse mon appareil. Giscard s’adresse à nouveau à Devawrin, toujours derrière moi :

« Dites à ce jeune homme que je le remercie » et dans mon dos, Devawrin : «  le président vous remercie… »

Je suis tellement estomaqué que j’hésite à partir à reculons. Dans ma grande candeur, je croyais qu’on avait mis fin à la monarchie. Finalement, je me retourne et Devawrin, en me tendant un sac en papier avec des petits fours :

 «  Les photos demain à l’Elysée. »

A l’époque, je travaille dans une agence éphémère baptisée Look International, qui fera rapidement faillite. Par ailleurs, j’ai commencé à travailler sur des enquêtes sur le terrorisme néo-fasciste pour une radio libre en Italie…

Dans ma tête, je suis déjà en train de changer d’orientation et de plus, dire merde à l’Elysée ne me fait pas peur. Donc, je prépare une facture et je suis bien décidé à me faire payer pour ce qui n’est, somme toute, qu’une séance de pose privée.

Précisément, le lundi, un motard de l’Elysée débarque à l’agence pour réclamer les photos. Évidemment, je refuse de les donner et, à la place, je donne ma facture. Il ne se passse rien bien sûr et, le lendemain, rebelote et ainsi de suite chaque jour de la semaine.

13 mois plus tard, rue de Solférino au siège du PS, 20h… Le barbu à droite : Pierre Abramovici

Le vendredi, le motard du début revient et fait comprendre (assez clairement) à mes patrons que des tas d’ennuis vont pleuvoir sur cette malheureuse entreprise si je continue à m’obstiner. Et c’est ainsi que M. Debbasch a eu ses médiocres photos souvenirs. Il a eu, par la suite, quelques amusants ennuis judiciaires…

Quant à moi, j’ai attendu la justice immanente et 13 mois plus tard, j’ai été exaucé !

Pierre Abramovici

Notes

(1) Dialogue de M. Valéry Giscard d’Estaing avec les jeunes sur les droits de l’homme, la défense de l’environnement, l’insertion sociale et professionnelle, la politique culturelle et les problèmes agricoles dans le cadre de la Semaine de la Jeunesse, Le Bourget, le samedi 29 mars 1980

(2) Charles Debbasch a exercé de nombreuses fonction publiques. Il a participé au cabinet d’Edgar Faure, ministre de l’Éducation nationale après la crise universitaire de mai 1968, puis à l’équipe de Valéry Giscard d’Estaing durant s septennat, en qualité de conseiller pour l’Éducation et la Culture

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