Hommage

Fabrizio Calvi par son ami Pierre Abramovici

Fabrizio Calvi à Libération – Photographie (c) Christian Poulin

Pendant longtemps, j’ignorais qu’il s’appelait Jean-Claude et que certains, anciens de Libération, l’appelaient « zig-zag ».

J’ai commencé à le fréquenter un peu plus tard que d’autres. Alors qu’il commençait sa carrière à Libé en faisant, déjà, des enquêtes notamment en Italie en proie au terrorisme d’abord d’extrême-droite puis d’extrême-gauche, enfin mafieux. Ce que l’on a appelé la stratégie de la tension, j’avais commencé, de mon côté, le métier de reporter-photographe.

Ce n’est qu’à la toute fin des années 70 que j’ai commencé à travailler, pour ma reconversion future, précisément sur le terrorisme en Italie. Cela allait me lancer vers l’enquête journalistique, que l’on appelle pompeusement « journalisme d’investigation ». Cela allait nous rapprocher par la suite.

Précisément, en entrant à TF1 pour y exercer ce métier, j’ai croisé la route de Fabrizio. Il travaillait au Matin de Paris, un excellent journal de la nébuleuse Perdriel et pour mon premier documentaire sur les assassins de Jean-Paul II, il allait m’aider à rencontrer des confrères et des magistrats spécialisés sur les terroristes d’extrême-droite et trafiquants de drogue turcs.

A cette époque, nous commencions à former avec quelques confrères une sorte de mini-club ultra spécialisé. On s’échangeait des documents, des bouquins introuvables, des infos, beaucoup d’infos. On naviguait entre Bruxelles, Genève, Francfort, Stockholm ou New-York au gré des rencontres et des échanges. Walter, Jurgen, Stieg, Pierre, Fabrizio, Franck ou Frédéric. Tous nous travaillions sur ces étranges sujets que sont le terrorisme, l’espionnage, les trafics en tous genres… On s’échangeait les scripts des interviews les plus baroques de terroristes plus ou moins repentis, de mafieux ou d’espions en mal de reconnaissance.

Nos enfants se promenaient dans un drôle d’environnement fait de bibliothèques pleines de livres bizarres ou de centres d’archives privées remplis de documents à en-tête de la CIA, de la DST, du FBI ou des services secrets italiens. Et beaucoup, beaucoup de dossiers constitués par des magistrats antiterroristes.

Bref, un petit monde où chacun avait ses spécialités. Fabrizio, après l’Italie, c’était l’Amérique. Son rêve américain était rempli d’agents de la CIA et du FBI et des archives américaines dont il allait faire son univers.

Quand il habitait encore à Paris entre République et Bastille, dans un appartement plein de charme, sombre, avec une bibliothèque imposante, entre ordi et télé, on s’y rendait pour parler agents secrets ou anciens nazis. On s’échangeait de la documentation. Je lui avais passé des archives pour son Festin du Reich, il m’en avait passé pour mon Szkolnikoff, le plus grand trafiquant de l’occupation.

Nous collaborions aussi par films interposés. Ainsi, j’avais réalisé pour ARTE un documentaire sur Monaco sous l’occupation suivi quelque temps plus tard, sur la même chaine, par le sien avec Franck Garbely sur la filière d’après-guerre de l’argent nazi. Ils ont été gravement attaqués et complètement lâchés par ARTE.

Je suis venu témoigner en leur faveur de la véracité de leur documentation lors d’une sorte de meeting à la SCAM, notre société d’auteurs, où un représentant de la chaine était venu les attaquer ; et donc, ainsi se désolidariser d’un film diffusé.

Bien sûr, la rédaction de livres ou la réalisation de documentaires nous isolaient quelque peu et depuis le début des années 2000 nous étions moins au cœur de l’actualité mais Fabrizio, comme nous tous, enquêtait sur des sujets en lien avec cette actualité pour en trouver les éléments cachés et la décrypter.

Ainsi, après le 11 septembre 2001 où j’enquêtais sur les réseaux secrets islamistes, il enquêtait sur les manquements de la CIA. Cela ne s’arrêtait jamais.

Il n’y a pas si longtemps, il me disait : « tu as trouvé des documents sur les activités des services secrets français en Suisse, viens les publier chez nous. Je travaille avec une revue suisse sympa sur internet ». Il avait déménagé avec son épouse en Suisse, un pays qu’il connaissait bien. Au calme, devant le lac Léman et où il pouvait, tout à loisir s’adonner à son autre passion, l’équitation. Il s’était même marié à cheval ! Et c’est en Suisse qu’il est mort…
Bref, nous étions tout un groupe d’amis. Et puis, Walter de Bock est mort à Bruxelles, Pierre Péan est parti et quelques autres aussi. Et maintenant Fabrizio…

Nous ne sommes plus très nombreux et ceux qui restent sont tristes.

Pierre Abramovici

Site officiel de Fabrizio Calvi

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