Hommage

Il y a dix ans, disparaissait Göksin Sipahioglu

France, Perpignan sept 2008 – Goksin Sipahioglu au festival de photojournalisme Visa pour l’image – Perpignan – Photographie Geneviève Delalot

Entre la Libération de Paris, et le grand chambardement de la fin du XXème siècle, ils ont été des dizaines à se lancer sur le marché de la photographie d’actualité pour la Presse. Des personnalités souvent atypiques, des nobles, des aventuriers, des photographes ou des journalistes démangés par la passion de coller à l’actualité. Leurs agences, leurs sociétés ont vécu deux, quatre, dix, vingt ans, rarement plus. Ils ont créé entre 1945 et 2010 plus de 250 agences de presse !

Ils se nommaient Alexandre Garai, Maximilien Fryszman,  Melchior, Louis, Marie Dalmas de Polignac dit Louis Dalmas, Vladimir-Lev Rychkoff-Taroussky dit Lova de Vaysse, Tibor Spitzer, Raymond Grosset, François Granier, Raymond Darolle, Hubert Henrotte et bien d’autres…

Göksin Sipahioglu débarque à Paris avec des photographies de l’Albanie, un pays à cette époque, totalement fermé aux non-communistes. Il va présenter son travail aux Reporters Associés où Pierre Menochet se souvient de la première nuit parisienne de Göksin. Il ira ensuite faire diffuser ses photographies par Louis Dalmas, puis par Gamma.

Mais Hubert Henrotte et Göksin Sipahioglu étaient comme chien et chat. Pas du même monde. Ils vont se faire une concurrence délirante dans les années 80 et 90, dans cette époque où la publicité et la communication étaient reines, où les magazines, grâce aux recettes publicitaires et aux ventes, pouvaient payer des sommes incroyables pour avoir un cliché, quitte à ne pas le publier, simplement pour assécher le marché, éviter que la concurrence accède un document comparable.

Hubert Henrotte et Göksin Sipahioglu ont été les rois de cette époque baptisée, un peu vite, « âge d’or ». Pourtant Gamma, seconde version, le Gamma d’après Sygma, avec Jean Monteux et Floris de Bonneville les avaient sans cesse à l’œil. Et parfois leur damaient le pion.

Et puis, entre autres soucis, l’Internet s’est répandu dans le monde, offrant la possibilité aux photographes de diffuser aussi rapidement leurs reportages que les agences. Alors les reporters ont cru bon de se passer d’agence, et les agences ont cru également, parfois, qu’elles pourraient se passer de reporters attitrés !

Les prix du marché se sont effondrés, et nombre d’agences ont été achetées ou liquidées. Mais Göksin n’a vu que le début de la grande chute. Il a tiré sa révérence à temps le 5 octobre 2011.

Ultime satisfaction pour « le grand Turc » : du trio infernal constitué de Gamma, Sipa, Sygma, il ne reste plus de production qu’à Sipa press !

Michel Puech

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