Retour d'archives

1971, février, Alain Guiot, Richard Deshayes, tous dans la rue

Paris, février 1971 : je suis encore lycéen. Coup sur coup deux affaires, l’une qui nous mobilise dans nos lycées © Pierre Abramovici

Paris, février 1971 : je suis encore lycéen.  Coup sur coup deux affaires, l’une qui nous mobilise dans nos lycées (le mien, Buffon à Paris, particulièrement actif) : un jeune en classe « prépa » arrêté et condamné pour rien, Alain Guiot [1]; et l’autre qui nous choque, Richard Deshayes [2], dirigeant des jeunes de Vive la Révolution [i], littéralement abattu par un policier qui, à bout portant, vise sa tête et tire une grenade le laissant défiguré et handicapé à vie.

Paris, février 1971 : je suis encore lycéen. Coup sur coup deux affaires, l’une qui nous mobilise dans nos lycées © Pierre Abramovici

Pour la première fois depuis 68, on se mobilise massivement dans les lycées. La grève est générale. Je prends des photos, comme d’habitude à l’Instamatic Kodak en couleur négative. Pour ceux qui ne connaissent pas, la pellicule était dotée d’une curieuse boite fermée qu’on enfilait directement dans l’appareil puis le développement était fait dans un magasin spécialisé. Apparaissait alors dans un format bizarre, carré de 28mm de côté, plus près du timbre-poste que du 24×36. Un pur appareil grand public !

Paris, février 1971 : je suis encore lycéen. Coup sur coup deux affaires, l’une qui nous mobilise dans nos lycées © Pierre Abramovici

Ces photos sont les seules qui me restent. Immédiatement après, je vais obtenir un beau cadeau, un Canon FTb [3] doté d’un 35 mm qui va me servir notamment dans mes déplacements en Irlande.

Je n’ai pas nettoyé les négatifs depuis 50 ans, ils sont scannés en l’état. Ici c’est la grande manifestation du boulevard Saint-Michel où, pour certains, c’était la première fois (et pas la dernière dans les années suivantes) qu’ils sont confrontés aux « brigades spéciales » de la préfecture de police armées de leurs « bidules », de longues matraques en bois, et à leur violence incontrôlée et systématiquement couverte par leur hiérarchie et le ministère.

Pierre Abramovici

Vendredi prochain : Retour d’archives 1971… Irlande. Pourquoi cette fascination pour le conflit en Irlande du Nord ? Une passion très française. On a été nombreux à aller là-bas… Tous les Retour d’archives 

Notes

[1] « En février 1971, une manifestation du « Secours rouge » en soutien à la grève de la faim de militants emprisonnés, est interdite. Elle se tient tout de même, mais Place Clichy, à côté du lycée Chaptal, est violemment réprimée par les « brigades spéciales » de la police, qui tirent à l’horizontale des grenades anti-manifestants. Richard Deshayes – qui a rédigé le manifeste du « Front de libération de la jeunesse » (« on n’est pas contre les vieux, mais contre ce qui les a fait vieillir) est énucléé. Une affiche est imprimée : « ils veulent tuer ». Un élève de math ’sup du lycée Chaptal, Gilles Guiot, a le tort de sortir de l’établissement à la même heure. Il est arrêté et la procédure de « flagrant délit » (sans avocat) lui est appliquée. Il est condamné à de la prison ferme. » Source : Retours sur des mouvements lycéens http://www.germe-inform.fr/?p=2147

[2] Richard Deshayes est alors lycéen. Il a témoigné dans un documentaire Ombres et la Lumière – Profession de foi de Richard Deshayes, aveuglé par une grenade lacrymogène en 1971.

[3] Le Canon FTb est un appareil photographique reflex mono-objectif utilisant des films de format 135, et commercialisé par la firme Canon à partir de mars 1971 pour succéder au Canon FT QL. Il utilise des objectifs de monture FD, tout en étant compatible avec les anciennes montures FL. Retiré du catalogue en 1977 pour faire place au Canon A1

[i] Vive la révolution (VLR) est un groupe maoïste-libertaire 1,2,3 qui succède en juillet 1969 à Vive le communisme, apparu en 1968, dirigé par Roland Castro et Tiennot Grumbach et fondé par 40 personnes, venant en majorité de l’UJC (ml) maoïste et du Mouvement du 22 mars de Nanterre.

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