Histoire

Il y a 50 ans : « L’Affaire Jaubert » #1

Mis à jour le 19 septembre 2021 par Redaction

La police mise en cause pour ses brutalités, ce n’est pas une information nouvelle, hélas ! Le prix payé par les « Gilets jaunes » a été bien plus élevé que les tabassages d’Alain Jaubert, journaliste au Nouvel Observateur et à La Recherche.  Mais rafraichir le souvenir de cette affaire n’est pas sans intérêt. L’Affaire Jaubert a donné lieu à une mobilisation des journalistes. Un mouvement qui est à l’origine du quotidien Libération.

Un journaliste a été placé sous mandat de dépôt. A l’appel du PSU, du Secours rouge et de plusieurs organisations de travailleurs et d’étudiants antillais, une manifestation s’est déroulée, le samedi 29 mai à partir de 15 heures, dans le quartier de la place Clichy, à Paris (17e). Les participants entendaient protester ” contre les récents incidents de Fort-de-France ” et s’associer ” aux luttes du peuple martiniquais “. Le cortège s’est dispersé de lui-même, sans incidents, place Clichy. Toutefois, la police est intervenue à partir de 16h30 sur les boulevards Magenta et Barbès, pour disperser des groupes d’étudiants et de travailleurs immigrés. Une dizaine de personnes ont été interpellées, ainsi qu’un de nos confrères, collaborateur du Nouvel Observateur . Le Monde Publié le 01 juin 1971

Pour commencer cette série estivale, quelques notes prise à l’époque. J’ai alors 23 ans, je suis à cheval entre un job rémunéré de journaliste-iconographe à l’hebdomadaire Rustica – “la vie en vert”, déjà – et reporter bénévole à J’Accuse, éphémère organe d’extrême gauche dont Simone de Beauvoir est directrice de publication. Les notes ne sont pas réécrites, c’est donc le style de l’époque !

Samedi 29 mai 1971

La rédaction est au complet ce soir rue du Bourg-Tibourg. Comme d’habitude le téléphone n’arrête pas de sonner.  Et comme plusieurs samedis soir depuis le début du mois on nous signale des escarmouches avec les flics au Quartier Latin.

Mais ce soir, c’est aux Halles que l’atmosphère est chaude. Il y a eu deux manifestations cet après-midi. L’une des guadeloupéens à Barbès et une occupation aux Halles pour protester contre la démolition du quartier. D’après les coups de téléphone cela matraque sec.

Quand tout à coup nouveau coup de fil : « Un journaliste a été arrêté cet après-midi il est à l’hôpital ». Diable l’affaire est importante mais sur le coup, dans le feu de Comité de rédaction, elle passe un peu inaperçue.

Dimanche 30 mai 1971

Nouveau coup de fil au début d’après-midi : « Allo je suis la femme d’Alain Jaubert journaliste au Nouvel Observateur et à La Recherche. Alain a été arrêté et frappé je l’ai vu ce matin il est blessé et inculpé de violence à agent. Il faut faire quelque chose. Alain est simplement monté devant moi dans un car de police et je le retrouve ce matin blessé et inculpé. »

Nous la rassurons, nous allons immédiatement prévenir tous les journalistes que nous pouvons toucher. La valse du téléphone commence :  Combat, Maurice Clavel, Katia Kaupp, Michèle Manceaux au Nouvel Obs, Le Monde

Maurice Achard de Combat me rappelle et demande à joindre Madame Jaubert pour une interview.  Aussitôt je décide de l’accompagner d’autant qu’elle m’a expliqué tenir une pièce à conviction et craint d’être également interpellée. Je lui donne rendez-vous devant chez elle au téléphone et me dépeint : costume bleu, lunettes et j’aurai le journal sous le bras lui dis-je.

1 5 minutes plus tard je suis chez elle. Quelle n’est pas ma stupeur d’apprendre que cinq minutes plus tôt un homme en veste bleue, un France-Soir sous le bras attendait devant sa porte ! Décidément les écoutes téléphoniques sont plus rapides que prévues.

L’affaire s ‘annonce particulièrement scandaleuse. Un journaliste tabassé alors qu’il prête assistance à une personne en danger. . .

Au journal il est proposé de lancer le soir même une campagne pour libérer Alain Jaubert, lever l’inculpation et inculper les policiers responsables. Après une discussion avec les camarades, un texte d ‘appel est rédigé et, dans la nuit, commence la valse des coups de fil pour recueillir des signatures. II s ‘agit de réunir une demi-douzaine de signatures connues pour lancer dans la nuit le manifeste. Chatelet, Clavel, Foucault, Godard sont réveillés vers deux heures du matin pour signer. Ils signent.

Le Comité de défense de la presse et des journalistes s’associe dans la nuit à la plainte que nous portons contre la police par l’intermédiaire de son exécutif. C’est là d’ores et déjà une grande victoire. Car s’il va être important de mobiliser dès demain les larges masses il faut et c’est essentiel que les journalistes participent largement à cette protestation.

(à suivre)
Michel Puech

En savoir plus sur : J’accuse

La série : Il y a 50 ans

 

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