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Mimi, la patronne de l’agence Bestimage reste en prison

Mis à jour le 19 octobre 2021 par Redaction

L’interview au coeur de l’affaire Paris Match n°3732 du 12 novembre 2020

Mardi 29 juin 2021, la justice a refusé de remettre en liberté Michèle Marchand, dite Mimi, retenue à la prison de Fresnes en « détention provisoire » à la suite de son inculpation pour une étrange interview de Ziad Takieddine publiée par Paris Match et disculpant Sarkozy de tout financement libyen de sa campagne électorale de 2007… Le Landerneau des agences photo s’interroge.

« Je ne suis pas en garde à vue » déclare tout de go, et anonymement, l’un des patrons d’agences de presse qui connait bien Michèle Marchand ! La réflexion est représentative des réactions que l’on peut recueillir depuis le 5 juin 2021, jour où la « directrice de la rédaction » de l’agence de presse Bestimage a été mise en examen, mais est toujours présumée innocente.

Depuis que Michèle Marchand a débarqué dans les années 90 sur le marché de la presse people, elle est à la fois admirée et crainte. Admirée ? En quelques années elle s’est imposée dans le monde des paparazzi, puis tout simplement dans la photographie d’actualité politique avec quelques coups fameux.

Crainte ? Un solide carnet d’adresses constitué au fil des ans par sa fréquentation des voyous, des policiers et des stars connus dans les boites gay et lesbienne qu’elle a gérées dans le passé a fait d’elle une rude concurrente pour les autres agences de photo de la capitale. Ses relations amicales avec le couple Sarkozy-Bruni, puis avec celui de Brigitte et Emmanuel Macron semblaient la protéger. Visiblement, elle s’est crue intouchable.

Si elle n’est pas la première journaliste à avoir eu affaire avec la justice, elle est – à ma connaissance – la première « patronne » d’une agence de presse photo à se retrouver en prison. Ce n’est pas banal, surtout pour une agence de presse dont le gérant est un commandant de police à la retraite, et, par ailleurs, son époux !

D’autant que depuis le 18 avril 2018,Bestimage, l’agence dont elle est la directrice de la rédaction et la vraie patronne a rejoint le club très fermé des membres du Comité de liaison de la presse [1], une association qui organise les pools officiels des évènements de la République : visites de chefs d’Etat, voyages officiels etc. Une adhésion qui suscita chez ses confrères quelques réserves. Bestimage avait tendance à confondre production de pool et commande corporate. Ainsi le jeudi 21 septembre 2017, dans un numéro de Complément d’enquête, l’émission de France 2, le directeur de l’agence de presse Abaca, Jean-Michel Psaïla, y expliquait qu’il a dû longtemps patienter pour recevoir des photos du couple présidentiel français avec Donald et Mélania Trump, présents à Paris en juillet dernier. Qui plus est, les photographies semblaient avoir été retouchées ! Si le retard dans la livraison aux autres agences des photos de pool est un classique qui a suscité mille et une disputes entre patrons d’agences depuis toujours, la retouche et la validation des photos de pool est une pratique contraire à la déontologie.

Aujourd’hui, que Mimi est en prison, plusieurs responsables d’agences rêvent de l’exclure de cette association. Mais, il faudrait un vrai motif, et à l’heure actuelle, il n’y en a pas. C’est elle qui est mise en examen, pas son agence.

Dans cette scabreuse affaire qui jette le trouble dans la rédaction d’un Paris Match déjà déboussolé par les démêlés financiers d’Arnaud Lagardère, on peut s’attendre à d’autres rebondissements. Au vu de ce que rapporte l’équipe d’investigation de Mediapart, à l’origine de toute l’affaire,  et les autres rédactions (Le Point, Marianne, Libération etc.), on s’étonne qu’une baroudeuse de cette envergure ait commis des erreurs étonnantes : parler au téléphone avec des personnes qu’elles ne devaient pas joindre, raconter qu’elle n’était pas au Liban pour finalement l’avouer et, vraisemblablement laisser trainer quelques documents compromettant tout en s’acoquinant avec un escroc notoire et bavard…

Ce sont beaucoup d’erreurs pour une femme d’expérience – elle a 74 ans – habituée à fréquenter la police. « La Mimi », comme elle est appelée dans le milieu des agences photo, n’a pas que des amis. Aujourd’hui elle sent le soufre et, personne ne se presse pour la défendre. Résultat la justice et la police ont les coudées franches pour auditionner, perquisitionner, journalistes et rédactions… Un précédent fâcheux.

Une question vient inévitablement à l’esprit : qui a intérêt à la chute de Mimi ?

Michel Puech

 

Voir l’étonnante biographie de Michèle Marchand

Voir la fiche de l’agence de presse Bestimage

 

[1] Comité de liaison de la presse est une association qui assure la liaison entre les pouvoirs publics et les organisations professionnelles de la presse. Elle fixe la participation des divers média (Texte, Photo, TV) aux manifestations nationales et internationales notamment par l’établissement de pools et la distribution d’invitations et d’accréditations aux divers évènements. En cas de pool, les journalistes et photographes qui opèrent doivent communiquer le plus rapidement possible leur production aux autres membres du Comité de liaison.

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