François Mitterrand et les 103 paysans du Larzac

Août 1974 – Plateau du Larzac – Photo (c) Gérard Bonnet

Dimanche 9 mai 2021, dans le 13h15 de France 2 présenté par Laurent Delahousse, après une hagiographie de François Mitterrand en fermier de Latché, l’évocation de la visite du candidat à la Présidence sur le plateau du Larzac permet de découvrir un reportage photographique quasi inédit de Gérard Bonnet. A voir pour les photos !

A la veille de la « fête nationale » du 10 mai, France 2 a fait une série de reportages à la gloire de l’ancien Président de la République. Après une évocation de sa vie dans les Landes, Yvan Martinet et Cyril Zha ont réalisé un documentaire de 54 minutes sur la la Lutte des paysans du Larzac.

Le mouvement du Larzac débute en 1971, quand Michel Debré alors Ministre de la Défense de Georges Pompidou décide d’agrandir le camp militaire situé sur le plateau du Larzac en Aveyron. Les paysans locaux, plutôt conservateurs et catholiques, n’y sont a priori pas opposés. Mais quand l’armée décide de leur racheter leurs terres au prix de la dernière évaluation, le ton monte. D’une part parce que les prix évalués lors des successions sont souvent minorés, d’autre part parce que le pouvoir n’a que mépris pour ses femmes et ses hommes « qui vivent comme au moyen-âge ».

Le mépris parisien pour les « culs-terreux », va les souder. Leur refus va engendrer un mouvement de non-violence qui va séduire les « soixante-huitards » en quête de nouveaux terrains de lutte. Le week-end du 15 août 1974, des dizaines de milliers de jeunes gens, barbus, chevelus convergent vers le plateau du Larzac. Aux 103 paysans concernés par l’extension du camp militaire se joignent pêle-mêle militants trotskistes, maoïstes, anarchistes, objecteurs de conscience, féministes du MLF, homosexuels du FHAR, nationalistes occitans etc.

Plateau du Larzac, août 1974, François Mitterrand fait face à ceux qui lui reprochent ses décisions pendant la guerre d’Algérie. Photo (c) Gérard Bonnet

 

Gérard Bonnet

François Mitterrand, qui soigne son profil « de gauche » en vu de l’élection présidentielle décide de venir incognito sur le Larzac. Le photographe marseillais Gérard Bonnet qui collabore à l’Agence France Presse (AFP) et à l’agence Fotolib est sur place.

Quand le leader du Parti Socialiste arrive, il se trouve miraculeusement à l’endroit où s’arrête sa voiture. Il est remarquablement placé. Les premières photos montrent des jeunes gens accueillant chaleureusement François Mitterrand, mais rapidement les choses se gâtent.  Des militants anticolonialistes se souviennent de l’odieux rôle joué par le ministre de l’Intérieur et de la Justice qu’il fut pendant la guerre d’Algérie sous la IVème République.

Petit à petit, la bousculade prend de l’ampleur, des crachats et des cailloux volent… Les paysans du Larzac qui ne veulent pas que l’incident dégénère en lynchage, s’organise en service d’ordre autour d’un François Mitterrand décrit comme par les témoins comme un homme apeuré. Sur les photos de Gérard Bonnet, on voit nettement que la foule est hostile.

Dans le documentaire de France 2, quand le Président Mitterrand est retourné au Larzac déjeuner avec ceux qui l’avaient protégé, il confiera que son costume était tellement amoché que son teinturier lui a dit de le jeter.

Michel Puech

Voir le documentaire de France 2

Voir le reportage photo de Gérard Bonnet au Larzac

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