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Le photographe Louis Grivot dit Horace est décédé à Figeac

Mis à jour le 24 avril 2021 par Redaction

Aveyron, Decazeville, 20 août 2020 – Horace photographié par (c) Philippe Cibille

Louis Grivot, connu sous le nom d’Horace est mort dans la soirée du mardi 20 avril 2021, à l’âge de 80 ans. Photographe farouchement indépendant, il a été de tous les mouvements culturels et politiques des années 1960/70. Il fut un militant actif pour la défense de la profession.  Depuis quelques années, Horace s’était retiré à la campagne, dans le Morvan d’abord, puis à Decazeville en Aveyron.

J’ai connu Horace, il y a exactement cinquante ans cette année. Il était déjà, à mes jeunes yeux, un photographe expérimenté. Il était né le 3 mars 1941 à Martigues (Bouches-du-Rhône) d’un père, René Grivot, inspecteur des affaires administratives dans nos colonies africaines, en particulier dans l’ancien Dahomey, l’actuel Benin, ce qui ne facilita pas leurs relations. Horace était anticolonialiste et antimilitariste.  Il avait trois sœurs plus âgées dont deux sont décédées. Louis, que tous appelaient toujours Horace du nom qu’il s’était choisi pour signer ses photographies, était alors, comme beaucoup de cette époque, un jeune homme énervé, concerné, contestant l’ordre social et familial.

C’est Gérard Bois dit Gérard-Aimé qui me l’a présenté après notre rencontre à la rédaction de l’éphémère « J’accuse[1] » rue du Bourg-Tibourg dans le Marais parisien. Par je ne sais plus quelle combine, bien dans les mœurs de l’époque, Gérard-Aimé et Horace avait obtenu un financement de la « Fondation Stein [2]» pour créer une formation au photojournalisme pour les militants et sympathisants d’extrême gauche. Durant quelques mois, des apprentis photographes bénéficièrent de pellicules gratuites, d’un accès à un laboratoire bien équipé et des précieux conseils de ces deux ainés. Et puis, pour une obscure raison, tout s’arrêta.

C’est alors qu’Horace proposa à quelques uns de fonder un collectif dont firent partie Danielle Guardiola, Danielle Pappis, Gérard-Aimé, Jean-Pierre Pappis, Marc Semo, moi-même et quelques autres de nos amis. La petite bande se réunissait, place Montgallet, chez Simone Tassimot [3] qui chantait déjà, mais n’était pas encore une professionnelle du spectacle, mais photographiait et militait dans les rangs de Lutte Ouvrière.

Là, Horace nous faisait la guerre pour que nous légendions et archivions correctement nos films. Horace était un méticuleux, scrupuleux sur le respect des droits d’auteur. Il entraina certains d’entre nous à l’Association Nationale des Journalistes, Reporters, Photographe et Cinéastes (ANJRPC) dont il était membre avec Gérard-Aimé.

C’est lui qui nous imposa le nom de Boojum Consort comme signature commune. Ce qui se révéla une bonne idée. Les services photo nous demandaient d’épeler le nom emprunté à Lewis Caroll dans « La chasse aux Snark » et, donc, se souvenait de nous ! Plus tard, après les premiers numéros de Libération, ce collectif fusionna ensuite avec le service photo de l’Agence de Presse Libération (APL) et l’embryonnaire service photo du futur quotidien, mais Horace, rebelle au système, refusa de faire partie de la coopérative ouvrière de production.

Horace avait commencé à photographier les manifestations contre la guerre d’Algérie au tout début des années 1960 et avait naturellement poursuivi cette activité avec le mouvement de mai 68, puis dans les années gauchisme.

A côté de cet engagement politique, il était passionné par toutes les activités culturelles : la musique, le jazz surtout mais pas exclusivement. Il a côtoyé tous les jazzmen américains qui venaient alors à Paris, de Louis Armstrong à Archie Shepp, en passant par Coltrane, Miles Davis etc… Il a photographié des danseurs (Living Theater, Béjart etc.), les acteurs et metteurs en scène (Jean Vilar, Ariane Mnouchkine etc.), et les écrivains (Genet, Sartre, Foucault, Sarraute etc.). Une autre de ses passions était les graffitis. Sa collection dans ce domaine est énorme. Il les photographiait tous : ceux des rues, du métro, comme ceux des toilettes des bistrots.

La fin du mouvement de 68 et, de nos espoirs « révolutionnaires », qui fut une période difficile pour tous, rendit Horace quelque peu dépressif et fauché; mais, malheureusement encore plus addict à l’alcool et au tabac qui assombrirent sa fin de vie. Son intransigeance sur la question des droits d’auteur, qui était bien dans l’air du temps post-68, passa de mode avec les années Mitterrand. En cette fin de siècle « social-démocrate », il fallait plutôt être « arrangeant », savoir « négocier » et surtout, ne pas trop la ramener. Malgré ses connaissances en informatique, Horace n’était plus compatible avec ce nouvel air du temps.  Et puis petit à petit, les vraies iconos, celles qui connaissaient les fonds et venaient fouiller dans les boites d’épreuves ont disparu des rédactions, chassées par les petits hommes en costard gris de la finance.

Fauché et sans domicile, il quitta Paris pour un petit village du Morvan où il essaya de se refaire une santé tout en continuant à couvrir des festivals de musique.  Une belle rencontre avec Manon, une jeune photographe, vint éclaircir ses vieux jours et l’aider à mettre de l’ordre dans ses archives car atteint par un double glaucome il avait le plus grand mal à déchiffrer les courriels et ses planches contact. Trop isolé dans le Morvan, il émigra à Decazeville dans l’Aveyron.

C’est là, que trois semaines après le décès d’une de ses trois sœurs, un incident cardiaque le conduisit à l’hôpital de Figeac, vendredi dernier, le 16 avril. Transporté à l’hôpital de Montauban pour un examen cardio-vasculaire, laissé seul dans une salle d’attente alors qu’il avait des malaises, il a fait une chute, heurté le chambranle d’une porte. Le choc a été rude : un traumatisme crânien au niveau de la tempe l’a entrainé dans un coma sans issue…

A l’œil présente ses sincères et affectueuses condoléances à sa sœur, sa nièce et toute sa famille avec une attention spéciale pour Manon.

Michel Puech

La cérémonie aura lieu vendredi 23 avril à 13h30 au crématorium de Capdenac (Lot), un hommage lui sera rendu ultérieurement à Paris quand ce sera possible.

Voir le dossier d’Horace sur A l’œil

Notes

[1] J’accuse est un mensuel fondé fin 1970 par les militants de la Gauche Prolétarienne (Serge July, André Glucksmann, Robert Linhart) dont Simone de Beauvoir fut la directrice de publication et auquel collaborèrent brièvement Agnès Varda, Jean-Luc Godard etc. Suivant les ordres de Benny Levy et d’Alain Geismar, la rédaction  fusionna avec La Cause du Peuple en 1972, ou s’éparpilla…

[2] Ce financement a toujours été mystérieux, et il n’est pas certain que l’origine soit la famille Stein.

[3] Simone Tassimot (Marmande, 28 juin 1943 – Paris 18 septembre 2018)

 

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