CORONAVIRUS  Morlaix confiné, mords les ! par Alain Mingam

Mis à jour le 22 mai 2021 par Redaction

Morlaix ©Benoist Degonne

Alain Mingam, l’ancien grand reporter et rédacteur en chef de Gamma et de Sygma, est aujourd’hui un commissaire d’exposition et supporter d’A l’œil confiné dans sa Bretagne natale et bien-aimée. De retour de Morlaix le dimanche 29 mars 2020, il confie ses impressions avec les photographies de Benoist Degoone.  Saute d’humeur, anticipation ?

Sur la route départementale qui me mène vers la bretelle d’autoroute, un poteau électrique a rompu l’alignement et est à deux doigts de s’écrouler. Tel un bras de péage funeste vers l’au-delà, ou le symbole criant du couperet d’une  guillotine qui décime le peuple de France.

Pire qu’un Robespierre revenu , c’est le coronavirus qui sévit et laboure  la campagne comme le tissu urbain , sous cloche  annoncée d’une prévention d’urgence contre une propagation galopante. Pas une voiture, croisée, dépassée. Un silence déjà pesant, poussé par des vents d’est qui amassent des nuages noirs tels de célestes gerbes funéraires en hommage aux victimes discrètement et fébrilement enlevées aux familles dévastées. Sur le parking désert – aucune trace de vie – si ce n’est au bout de quelques minutes la compassion d’un couple fataliste : « tout est fermé ».

Réflexe professionnel et citoyen, je veux aller voir dans Morlaix. Pas l’ombre d’une vie.  Un silence de mort règne en maître des lieux, abandonnés par une population repliée sur elle-même, tapie derrière l’épaisseur de ses murs de crainte, de peur partagée. Les rues sont telles les parois ouatées, damassées en leurs ruelles capitonnées, d’un immense cercueil urbain – grandeur nature pour obsèques isolées, fatalement expédiées.

Aucun bruit : ni de fracas d’obus, ni de piqués d’avions de chasse en rase-motte, ni de tirs en rafales et embuscades, qui pourraient indiquer une ligne de front.

Non l’ennemi est neutre, totalement invisible.   Il se niche au cœur de toux saccadées, qui le manifestent enfin ! A l’étroit tout autant que trop martial dans les trop grands uniformes d’un de Gaulle appelé à l’aide, Emmanuel  Macron  est un croque-mort sur-communicant, qui après avoir joué au pyromane – chef des pompiers – dans les services de santé publique – n’a toujours  pas compris qu’il n’est pas besoin de lui pour être spontanément solidaire actif et combatif. Pour applaudir tous les soirs à 20 h les brancardiers, aide-soignant(e)s , les infirmiers(ères ), les  soignant(es), médecins et chercheurs qui vont, vaille que vaille, jusqu’au bout de leur devoir déontologique et de leur conscience civique .

Morlaix est une ville désertée, retranchée, recluse. Même les mouettes honorent de leur absence cette assourdissante absence de bruit ! Il n’y a pas d’autre évidence que ce calme trompeur – ce silence de mort – détonnant qui  accablerait de stupéfaction des martiens découvrant notre planète comme évacuée par ces fous de terriens suicidaires.

Morlaix, ville phare de ce coin du bout de la terre – en son Finistère bien nommé, a éteint tous ses signes de vie.

Le silence est Roi, comme pour mieux confiner ses sujets en leur terroir devenu terrier de leur vigilance de la contrainte.

Le coronavirus a fait – pathétiquement – sienne la devise de la ville «  Mords les »

Une cruelle et mortelle morsure, à  lutter contre, sans répit.

Alain Mingam

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