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Regards photographiques au féminin

Pakistan
« Movida Massala » Les nuits de Lahore © Sarah Caron

Le travail de cinq photographes, Sarah Caron, Marie Dorigny, Isabel Munoz, Marianne Rosenstiehl, Sabine Weiss et celui de la plasticienne Gabriella Zalapi est exposé à la galerie HEGOA jusqu’au 29 mars 2015. Intimité et générosité, à voir.

A écouter, les voix de ces artistes dans le reportage de Jean-Louis Vinet de WGR.

Galerie Hegoa
© Michel Puech

 

La rue de Beaune dans le 7ème arrondissement de Paris n’est pas longue. Au numéro 16, une femme brune au regard décidé s’est installée comme galeriste, c’est Nathalie Atlan-Landaburu. Il y a un an et demi, venue voir l’exposition du sculpteur basque Zigor, un ami, elle voit sur la porte : bail à vendre. « J’ai tout de suite eu le coup de foudre pour le lieu » dit-elle. Veuve de l’un des deux fondateurs de Nouvelles Frontières, « mon mari en partant, m’a laissé de quoi faire cette folie » ajoute-t-elle sans détour. Nathalie Atlan-Landaburu a envie de se battre pour défendre la photographie. C’est une femme de conviction qui a, à cœur, de défendre le travail des artistes.

Galerie Hegoa

Une galerie très cosy © Michel Puech
Une galerie très cosy © Michel Puech

Pour l’aider à monter l’exposition « Regards de femmes », elle a fait appel à Alain Mingam. Ce briscard du photojournalisme, ancien grand reporter, aujourd’hui commissaire d’exposition, connaît le travail des photographes comme sa poche. Ensemble, ils ont choisi d’exposer le travail de cinq femmes photographes. Des travaux très différents, mais de grande qualité mis en valeur dans cette galerie qui se prête, par l’intimité des espaces, à la rencontre avec les œuvres. MP

« Regards de femmes » par Alain Mingam

Cachemire 01
Cachemire © Marie Dorigny

 

Tout regard de femme est tel un bulletin de vote à nouveau glissé dans l’urne de la grande Histoire de la conquête de leurs droits jusqu’à nos jours.

Celle qui permit aux suffragettes françaises d’aller voter pour la 1ère fois aux municipales du 29 avril 1945. Au moment même où Sabine Weiss s’apprête, depuis sa Suisse natale, à partir à la conquête du monde et de la photographie.

Elle vient de prendre le chemin qui la mènera – femme unique dans un monde d’hommes – à côtoyer ses futurs amis, Robert Doisneau, Willy Ronis au Panthéon d’une photo de rue humaniste.

L’héritage sera noble et conséquent pour passer de la rue au Musée, puis aux galeries, grâce au talent de jeunes femmes, qui ont donné vie et naissance au précepte d’André Malraux : « Le futur est un présent que nous fait le passé ».

Amélie Nothomb
Amélie Nothomb © Marianne Rosenstiehl

 

Les images de Sarah Caron, de Marie Dorigny, d’Isabel Munoz, de Marianne Rosenstiehl, de Sabine Weiss, sont les épreuves vivantes de cet art majeur, qu’est devenue la photographie dans toute la richesse de sa diversité documentaire ou plasticienne.

Les peintures et dessins de Gabriella Zalapi rejoignent ici en harmonie ces oeuvres iconographiques. Car la vue d’une image, la beauté d’un cliché sont souvent à l’artiste italienne ce que l’instant décisif fût à Cartier-Bresson : la raison d’un merveilleux déclic de création.

Au coeur de leur féminité et de leur sensibilité féministe artistiquement et magnifiquement mêlées, Gabriella, Isabel, Marianne, Marie, Sabine, Sarah, tissent les liens qui nous unissent en un moment crucial de notre histoire chargée d’émotions, de tensions. Hala Kodmani * l’a souligné parlant de leurs soeurs arabes : « Révolution, liberté, égalité, dignité ou justice en arabe comme en français sont des noms féminins ». Loin des éruptions d’une actualité brûlante, les portraits ici rassemblés ont l’éclat de signes lumineux et réconfortants venus du bout du monde.

Au Cachemire, Marie Dorigny, maîtrise le cadrage dans une lumière baignée de pudeur et de respect. Au Pakistan, Sarah Caron va à contre-courant de toutes les caricatures de la femme pakistanaise soumise.

Nu au chapeau de plumes
Nu au chapeau de plumes © Isabel Munoz,

 

En Colombie, Isabel Munoz poursuit sa quête d’une splendeur baroque souvent mise à nue. Dans les coulisses de la culture et du cinéma, Marianne Rosenstiehl se fait experte dans l’art de capter l’intensité esthétique de regards croisés. Chacune de leurs images projette de l’autre côté des apparences le lien fort et universel qui est celui de l’émotion partagée devant la cimaise.

« Balançant – dirait Baudelaire – le feston et l’ourlet de leurs droits acquis, trop au bas des constitutions qui les ont enfin reconnus, la Femme va son chemin vaille que vaille. Pour aider l’homme à mener un de ces plus beaux combats : celui de l’égalité. Droit dans les yeux de tous ces superbes regards de Femmes.

Alain Mingam, commissaire de l’exposition

Note: *Journaliste franco-syrienne à l’Express,

Pratique :
Galerie HEGOA – 16, rue de Beaune 75007 PARIS
http://www.galeriehegoa.com

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