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« Paroles de Nègres », un spectacle du photographe et comédien Amadou Gaye

Mis à jour le 16 février 2015 par Michel Puech

Amadou Gaye (c) Emanuel Galante
Amadou Gaye (c) Emanuel Galante

Depuis le 7 novembre 2014, le photographe et comédien Amadou Gaye donne un nouveau spectacle mis en scène par Gabriel Debray au Local, un petit théatre sympathique de Belleville. Une heure de bonheur pour les amoureux de belles paroles.

« Je ne suis pas né pour meubler les cirques à Nègres // Je ne suis pas né pour le salut automatique // O cet appel qui me vient du ciel // La sombre caravane du désespoir en fuite // Et voici que l’aile humide de la Victoire // Frôle en tournoyant mon cœur attentif » (David Diop)

Amadou Gaye est un ami de longue de date. Nous nous connaissons depuis les années 80 à une époque où il ne vivait que d’une passion : la photographie ! Je diffusais alors ses photos à l’agence Viva, La Compagnie des Reporters.

Je croyais alors que la photographie était sa seule passion. . En fait je n’avais pas compris ce qui l’animait et qu’il nous donne aujourd’hui à voir, naturellement ; mais aussi à entendre. Sa vraie passion c’est la vie, mais une vie en « N&B ».

Dans les années 80, il photographia – avant beaucoup d’autres – la jeunesse des banlieues parisiennes, cette jeunesse multicolore qui se mobilisait pour qu’on ne touche pas à son pote. Il fut ainsi le photographe quasi-officiel de la marche des beurs. Il photographiait en N&B, sans doute pour ne pas montrer les haines de couleurs.

A la fin de cette époque banlieue, il plongea dans Paris, dans ses nuits, dans ses bistrots… Toujours en N&B, et même parfois un peu noir.

Ses photographies de cette époque, rassemblées dans un superbe petit livre Paris la douce font inévitablement penser à Brassaï.

 

Un homme comme cela vous étonne toujours

Amadou Gaye sur le plateau du Local © Olivier Jolly
Amadou Gaye sur le plateau du Local © Olivier Jolly

Je le retrouvais donc quelques années plus tard, sur scène ! Il avait déjà la bouche pleine des mots de la négritude, ce formidable courant littéraire dont les papes furent Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. La négritude que Sartre définissait comme « la négation de la négation de l’homme noir ».

Déjà, Amadou Gaye ne lisait point des poèmes. Lui le franco-sénégalais ne pouvait que leur donner vie. Ces poèmes, il les enfilait comme on s’habille, comme s’il les essayait et découvrait qu’ils lui allaient bien. Encore fallait il aussi qu’ils se fassent à lui, comme l’on dit d’une veste ou d’un manteau.

Des années ont encore passé. Des années où une femme, la sœur d’un autre comédien, Didier Bénureau, a su lui apporter l’indispensable tranquillité que nécessite parfois la création.

Alors Amadou Gaye, après avoir beaucoup travaillé la photographie en N&B, s’est employé à se nettoyer des scories des nuits dans les bistrots de Paris. Chaque matin, en trottant dans le Parc de Sceaux, Amadou Gaye s’est mis en bouche les poèmes de ses amis de la négritude, ses amis de son pays.

Invité au Printemps des Poètes au Local de Belleville, il rencontre Gabriel Debray, un neveu de Régis, qui est lui aussi un amoureux de ses textes. Il n’y a pas de hasard. La rencontre donna un premier spectacle Négritude .

Du temps a encore passé, avec beaucoup de tours du Parc de Sceaux, beaucoup de réflexions et d’essais… Et voilà que ce costume de poèmes, qui avait séduit Amadou Gaye est devenu son habit de tous les jours, son habit de scène, sa vie.

Voilà qu’Amadou Gaye habite ses poèmes de Senghor, de Césaire, de Léon-Gontran Damas, de Guy Tirolien, de Francis Bebey et d’autres d’Afrique, des Antilles ou d’Haïti, sortent de sa bouche comme écrits à l’instant.

« Toute ma vie est une chanson // Que je chante pour dire // Que je vous aime // Toute ma vie est une chanson // Que je donne au monde entier » (Francis Bebey)

Allez le voir, allez l’entendre…

Michel Puech

Ecoutez le reportage de Jean-Louis Vinet pour WGR, la radio des grands-reporters.

Michel Puech en 2009  - Photo Droits réservés
Amadou Gaye et Michel Puech en 2009 – Photo Droits réservés

Pratique

Paroles de nègres, Poètes de la négritude
Interprétation : Amadou Gaye
Mise en scène : Gabriel Debray
Lumières : Thomas Bonnel
Vendredis 21 et 28 novembre à 20h30
Samedis 22 et 29 novembre à 20h30
Dimanches 23 et 30 novembre à 17h

Tarifs : 14, 7, 3 euros

Théâtre Le Local http://www.le-local.net/creation.html

Pour aller plus loin:

Paris la douce –  Livre de photographies d’Amadou Gaye, préfacé par Josiane Balasko Editions Grandvaux 2007
Métisse texte de Leila Sebar, préface de Yannick Noah, photographies d’Amadou Gaye. Editions Syros
Négritudes Balade Poétique – Le DVD avec Amadou Gaye de Debray Gabriel Editions L’Harmattan 2008

 

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