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Exposition, Charleroi en pleine mue

Mis à jour le 28 avril 2014 par Michel Puech

Claire Chevrier Charleroi, 2013 © ADGP
Claire Chevrier – Le Ring de Charleroi, 2013 © ADGP

logo_loeildelaphotographieAprès Bernard Plossu en 2012, Dave Anderson et Jens Olof Lasthein en 2013, Claire Chevrier est la quatrième photographe à exposer les fruits d’une mission photographique confiée par le Musée de la ville, centre d’art de la Wallonie.

Le nom de Charleroi n’évoque ni les cocotiers, ni le soleil des tropiques, c’est certain. Il évoque plutôt des cieux gris traînant dans les fumées d’usines un crachin tout droit sorti d’une photographie d’Angleterre de Don McCullin.

Foin des préjugés. A l’arrivée à « Sud », la gare de Charleroi, voilà le voyageur surpris par un grand soleil et un ciel d’un bleu pur. L’air est vif et le canal devant la gare présente immédiatement en son miroir, un entrelacs de grues. La ville, la vieille ville, n’est qu’un immense chantier parsemé de panneaux : « Attention travaux », « A louer », « A vendre »…

Sortie de la gare, Charleroi (c) Michel Puech
Sortie de la gare, Charleroi © Michel Puech

Il faut dire que Charleroi après des décennies d’activités minières et sidérurgistes – sans oublier l’industrie du verre – s’est enfoncée dans un marasme postindustriel hélas fréquent en Europe.

Des 20 000 ouvriers qui animaient la ville, ne subsiste qu’un taux de chômage avoisinant les 27% ! Résultat le centre ville s’est vidé au profit d’un ensemble de petites communes de banlieue, particulièrement dans le nord de la ville où l’aéroport draine toute l’activité.

Ryanair en a fait la seconde plateforme aérienne de Belgique. Le centre ville, « la ville basse » était devenu le royaume des mafias et donc des trafics en tout genre.  Depuis, grâce aux fonds européens et à des investissements privés, la ville est en chantier.

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Claire Chevrier – Charleroi, 2013 © ADGP
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Claire Chevrier – Charleroi, 2013 © ADGP
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Claire Chevrier – Charleroi, 2013 © ADGP

« Que l’on ne se méprenne pas sur la nature et l’objet d’une mission photographique » précise Xavier Canonne, le directeur du Musée de la Photographie «  il ne s’agit pas d’embellir la ville, d’en faire autre chose que ce qu’elle est à l’instant où elle est photographiée. Ceci n’est pas un dépliant publicitaire, ni une carte postale avec ciel bleu piqué de nuages blancs et fleurs à chaque balcon. »

Précision d’importance, que n’a pas entendue un invité au vernissage de l’exposition de Claire Chevrier ce vendredi  24 janvier. Il fulmine « Rien, il n’y a rien dans ces photos ! Elle a photographié des poubelles, pas Charleroi ! »  Le charme de la photographie documentaire a échappé à cet autochtone.

Claire Chevrier (c) Geneviève Delalot
Claire Chevrier © Geneviève Delalot

Pourtant, Claire Chevrier, qui a travaillé longuement sur différentes mégapoles (Bombay, Rio, Lagos, Le Caire) a  sillonné la cité carolorégienne et ses environs pendant plusieurs semaines pour produire la trentaine d’images en couleur exposées.

« J’ai tout de suite voulu commencer par les abords de la ville, comprendre sa structure et ses limites, regarder les quartiers et observer les flux. Il était important de travailler le plus possible en extérieur par des journées ensoleillées, je ne voulais surtout pas rajouter une lecture noire par la grisaille mais au contraire que l’on se concentre sur l’agencement des modules constituant la ville. » écrit Claire Chevrier dans la présentation de son travail.

« Dans un deuxième temps je suis passée de l’extérieur à l’intérieur mais avec la même démarche. Je souhaitais observer des lieux dédiés au travail, des entreprises dans des secteurs divers et ne pas entrer dans les appartements, dans l’intimité ».

Cette mission photographique devrait être reconduite cette année avec un autre photographe pour une exposition qui prendra place dans une série de manifestations culturelles programmées autour de Mons en 2015.

Xavier Canone explique à Michel Puech ses difficultés budgétaires (c) Geneviève Delalot
Xavier Canone explique à Michel Puech ses difficultés budgétaires © Geneviève Delalot

Après…  L’avenir de ces missions est incertain. Le Musée de la Photographie de Charleroi souffre, comme nombre d’institutions culturelles européennes de sérieuses baisses de crédit. Depuis déjà plusieurs années, le Musée n’a plus de budget pour acquérir de nouvelles œuvres.

Xavier Canonne, son dynamique directeur fulmine : « Un musée qui ne fait plus d’acquisitions est un musée qui meurt ». Il a raison et c’est désolant car la qualités des collections de ce musée méritent d’autres compagnonnage du même acabit.  Et il y a pire : les restrictions budgétaires ont réduit considérablement la période d’exposition.

La tendance n’est pas à l’optimisme ! Dans un communiqué reçu ce mardi 28 janvier, suite à un nouveau tour de vis du Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Xavier Canonne annonce que le musée doit renoncer à la gratuité d’accès le dimanche.

A Charleroi, comme ailleurs, les politiques oublient que pour faire face aux déshérences des populations privées de la liberté de travailler, la culture est un atout non négligeable. Surtout, si, comme à Charleroi, on a la chance de disposer d’un magnifique outil, musée d’un art populaire : la photographie.

 

Michel Puech

En pratique

Exposition Claire Chevrier jusqu’au 18 mai 2014

Le Musée est ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h –  11, avenue Paul Pastur  (GPS : Place des Essarts) B-6032 Charleroi (Mont-sur-Marchienne). Tel. 32 (0)71 43.58.10 – Fax 32 (0)71 36.46.45.

Tous les articles concernant le Musée de la Photographie de Charleroi (Belgique)

 

Liens

www.clairechevrier.net

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