Business

Affaire SIPA/DAPD
Sipa Press otage de DAPD, et du « buzz »

Mis à jour le 3 décembre 2015 par Michel Puech

 

Suite aux informations publiées ce lundi matin 12 novembre, concernant l’invraisemblable situation dans laquelle l’agence Sipa se trouve plongée du fait de la défaillance de ses actionnaires et des dépôts de bilan des filiales de la seconde agence de presse allemande DAPD, la presse française s’est enflammée.

Article publié dans le Club Mediapart du 13 nov. 2012

 

Vendredi 9 novembre, une réunion en « assemblée générale extraordinaire est convoquée par Ulf Schmidt-Funke, Président de Sipa Press.

Nous parlons bien de l’agence de presse Sipa Press fondée par Goksin Sipahioglu en 1973, et non de la holding Sipa qui chapeaute trois entités : l’agence de presse photo Sipa Press, la société Sipa News (en cours d’agrément par la commission des agences de presse, et la société Sipa Media qui fournit du « contenu » aux opérateurs télécom.

A l'oeil est gratuit dans le Club Mediapart, ça ne vous empêche pas de vous abonnez au journal !

Ce même vendredi, en fin d’après midi, avec des sources croisées et vérifiées, je publie sur mon site A l’ œil une dépêche titrée « Trou d’air à l’agence Sipa » dans laquelle j’annonce la démission de Katharina Doerk, Vice-présidente de Sipa Press et d’Ulf Schmidt-Funke le Président.

Je signale également l’absence des deux actionnaires Peter Löw et Martin Vorderwülbecke…

Cette publication passe totalement inaperçue en France, mais les sites allemands Meedia.de et Kress.de reprennent l’information dimanche 11 novembre, en citant la source et en s’interrogeant sur un possible dépôt de bilan de Sipa Press, mais sans en apporter la preuve formelle.

Hier, lundi 12 novembre, Le Journal de la Photographie publie un long article titré « Sipa otage de DAPD », où je livre les dernières informations résultat du travail d’enquête effectué ce week-end. Cet article est repris en début d’après midi dans mon  blog du Club Mediapart.

Dans le même temps l’Agence France Presse (AFP) publie une dépêche titrée « Allemagne: l’agence de presse Dapd va supprimer un tiers de ses emplois ». Un titre erroné, car les 299 personnes concernées sont les salariés de 8 filiales sur 26 de DAPD. La seconde agence de presse allemande compterait au moins le double de salariés, mais le calcul est difficile vu l’imbroglio des filiales. Pas un mot sur la situation de Sipa Press.

Décryptage d’un ordinaire petit dérapage de l’info

A 17h45, Le Figaro ouvre le bal  avec un « Info Le Figaro » (sic) : « Sipa va droit au dépôt de bilan » sans qu’aucun fait précis ne confirme cette affirmation.

A 17h51, c’est le quotidien gratuit Metro qui donne de la voix avec un titre au conditionnel : « Sipa News mettrait la clé sous la porte »… Pourquoi Sipa News, plutôt que Sipa Press ou Sipa Media ? Mystère.

A 18h09, la direction de Sipa réagit au titre du Figaro sur Tweeter : « Les nouvelles de notre mort sont prématurées » et rend public via courriel et Facebook une « mise au point ».

A 19h28, Télérama vient au secours des confrères : « Sipa News : pas de dépôt de bilan pour l’instant ». Télérama est visiblement le premier à avoir parlé à quelqu’un de chez Sipa.

«Nous ne déposons pas le bilan. /… l’actionnaire principal DAPD se désintéresse de Sipa News » a confié à notre confrère le délégué SNJ-CGT Eric Jeanmonod à la sortie de la réunion convoqué à 16h par Olivier Mégean, Président de la holding Sipa et de la société Dapd News Wire Service impliquée dans Sipa News.

A 19h59, Le Figaro corrige son tir : « Sipa assure ne pas déposer le bilan » reprenant la mise au point de la direction de Sipa. Le Monde lui emboite le pas, suivi par l’AFP et Yahoo.

Et, finalement à 20h00, le site Les Echos publie un résumé enfin précis de l’affaire du jour. Ouf !

Pas de dépôt de bilan mais…

La réunion du vendredi 9 novembre avait – avant la démission du Président de Sipa Press et sa Vice-présidente et conjointe – un ordre du jour extrêmement lourd pour l’avenir de l’agence de presse photo.

Cette assemblée générale extraordinaire devait entériner la nomination de trois administrateurs : Katharina Doerk, Ulf Schmidt-Funke et Martin Vorderwülbecke. Ce dernier devait représenter la société Dapd News Wire Service AG.

Mais le quatrième point à l’ordre du jour impliquait de prendre une décision en application de l’article L.225-248 du Code de commerce. Il s’agissait de statuer sur la  « dissolution anticipée de la société dans la mesure où l’Assemblé générale ordinaire du 12 juillet 2012 ayant approuvé les comptes annuels de l’exercice clos le 31 décembre 2011 a fait ressortir des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social. »

Les actionnaires de Sipa Press, Peter Löw et Martin Vorderwülbecke devaient donc décider, soit de dissoudre Sipa Press, soit d’apporter des nouveaux capitaux dans la société.

Or les deux actionnaires étaient absents, comme l’a constaté l’huissier de justice convoqué par Olivier Mégean, Président de Sipa qui, depuis les dépôts de bilan des 8 filiales de DAPD début octobre, sentait venir le coup le tabac.

La décision d’augmenter le capital ou de dissoudre doit intervenir dans les quatre mois qui suivent l’assemblée générale. Celle de Sipa Press ayant eut lieu le 12 juillet, il était raisonnable de convoquer l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires le 9 novembre.

Mais les actionnaires étaient absents !

A défaut de réunion de l’assemblée générale, comme dans le cas où cette assemblée n’a pas pu délibérer valablement, tout intéressé peut demander en justice la dissolution de la société.

Sipa Press n’est donc pas aujourd’hui en situation de dépôt de bilan, mais il est fort probable qu’elle se retrouve rapidement au Tribunal de commerce, même si de nouveaux investisseurs se présentaient.

Le Tribunal de commerce pourrait être saisit pour un autre motif que la cessation de paiement.

Durant la période ou Ulf Schmidt-Funke a assumé la présidence de Sipa Press, les ventes de photographies en Allemagne évaluées à 400 000 euros/annuel ont été transférés à la société DDP images dont le même Ulf Schmidt-Funke est un dirigeant…

La même opération a été effectuée avec la société de droit américain Sipa US, sous la responsabilité du même homme…

D’autre part, si l’on observe la situation de la  société Sipa News, le « bébé » de Martin Vorderwülbecke qui doit concurrencer l’AFP avec un fil d’actualité texte et photo, elle est évidement déficitaire puisqu’en période de création.

Mais cette société ne s’est pas contenté d’accueillir les personnels de l’Associated Press France repris en mars dernier, elle a embauché une bonne trentaine de journalistes sur les directives de Martin Vorderwülbecke. Olivier Mégean qui a la responsabilité opérationnelle serait a même de se retourner devant la justice contre Martin Vorderwülbecke si d’aventure Sipa News devait elle aussi aller au Tribunal de commerce.

Après les imbroglios judiciaires qui ont succédés à la gloire, au siècle dernier, de Gamma devenu Eyedea (Gamma, Rapho, Keystone) et à celle de Sygma (dépôt de bilan de Corbis-Sygma), on découvre que Sipa, l’ex-troisième « grande agence française » est également la proie de financiers sinon peu scrupuleux, du moins plus que versatiles.

La mayonnaise Sipa-Dapd retombe comme celles montées jadis par Corbis ou Lagardère. Le plus inquiétant outre les couts sociaux à prévoir, c’est le sort des millions de photographies de Sipa Press, dont Martin Vorderwülbecke m’avait déjà confié, dans une interview au moment de la reprise de Sipa Press, qu’il ne savait qu’en faire !

Lundi 12 novembre à 17h30, en appelant au téléphone Martin Vorderwülbecke je n’ai eut aucune précision :

« Ah bonjour Monsieur Puech… Je suis désolé, mais en ce moment, je ne peux pas parler. » Et il a raccroché.

 

Michel Puech

 

 

 

 

 

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires. Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.