Festivals

Embeded in la Baie de St-Brieuc

Mis à jour le 21 mai 2015 par Michel Puech

(c) Geneviève Delalot
(c) Geneviève Delalot

La Baie de Saint-Brieuc est réputée dans le monde des gastronomes pour ses coquilles Saint-Jacques – que l’on reconnait au fait qu’elles ne sont pas saumonées – et depuis ce mois-ci, pour sa production de reportages photographiques. « Proposer des reportages inédits au public » ! Deux produits qui valent le détour en pays breton (du 19 octobre au 11 novembre 2012)

Vendredi 26 octobre 2012, 8h15 Gare Montparnasse

A 8h15 Gare Montparnasse, dans le hall Pasteur – il faut être breton pour connaitre ce hall de la gare – j’avais rendez-vous avec une quarantaine de confrères, collègues, et quelques amis pour prendre le TGV Paris Brest avec arrêt à 12h14 en gare de Saint-Brieuc.

Pleine de bonnes attentions et connaissant bien « son monde », l’organisation du Festival Photoreporter en Baie de Saint-Brieuc, soigne ses invités, croissants et café au départ, jus de fruit à l’arrivée en gare bretonne pour le vernissage de l’exposition « Le cheval en Bretagne » issue du Concours régional, en partenariat avec « Bretagne Magazine »

Après trois heures de train, tout groupe, qu’il soit d’élèves du secondaire de la banlieue parisienne, ou de confrères du supérieur de la cité médiatique, se comporte comme une colonie de vacances de gamins du primaire ! Je suis donc incapable de vous rapporter les propos du partenaire « Bretagne Magazine », un élégant magazine en vrai papier disponible en kiosque.

Nous avons déjà trente bonnes minutes de retard sur le planning quand les bagages sont déposés dans les hôtels Edgar et Duguesclin en centre ville… Nous partons à la découverte de
la Maison du Festival (2 rue de la gare à Saint-Brieuc). L’endroit est remarquablement situé, le lieu agréable et les quatre expositions présentées ne sont pas les plus mauvaises des quinze produites par le festival. La qualité est au rendez-vous, même si Jim Brandenburg avec « Man and Nature on the French West Coast » déçoit ses plus ferventes admiratrices. Ce ténor du récit photographique nous livre là une collection de magnifiques cartes postales sans véritable lien. Reportage ?

«L’Inde et le Mur de la honte» de Gaël Turine, un sujet difficile car le fameux mur est tellement sous contrôle qu’il est pratiquement impossible de le faire apparaitre sur une photo. D’un côté comme de l’autre, les autorités font plus volontiers visiter leurs prisons aux reporters.

Dans un autre registre, plus en accord avec le « crisis feeling », Cédric Gerbehaye livre un portrait de son pays, la « Belgique ». Toujours son magnifique regard déjà apprécié avec ses reportages congolais. Je ne suis pas impartial, ayant du sang belge !

14h30, notre premier voyage en autocar. La maison Rouillard, transporteur renommé du pays et partenaire du Festival nous a attribué deux autocars confortables pour nous rendre à Ploufragan à l’Espace Argoat au siège du Crédit Agricole des Côtes d’Armor.

Ploufragan n’est pas loin de Saint-Brieuc… Mais avec l’effet « colo » nous y arrivons déjà avec un confortable retard, qui ne va que s’accentuer, car les trois expositions ici présentées séduisent la troupe. « Les mangeurs de cuivre » de Gwenn Dubourthoumieu, et les très complets reportages de Sonia Naudy (« Afghanistan, dans les prisons pour femme » et « L’eau du Nil » de Franck Vogel). Sur le lot, un petit coup de cœur pour Sonia Naudy.

Nous arrivons enfin à la Médiathèque Victor Hugo pour apprécier « Des états baltes à la Russie, les nuits blanches » un très joli travail de Claudine Doury. Je l’ai mal récompensée en lui procurant une peur bleue, en récupérant mon bagage à l’hôtel, j’ai par erreur échangé mon sac truffé d’un modeste Canon G11 avec le sien lourd d’un boitier Leica…

Un petit coup d’autocar, et nous voilà ce vendredi 27 octobre, à Langueux, espace Le Point virgule pour l’exposition de Tomas van Houtryve « Off the Radar ». Le sujet ? « Ebeye est l’île la plus peuplée de l’atoll Kwajalein des Îles Marshall. 15 000 habitants (c’est-à-dire 1/5 de la population totale du pays) vivent sur une surface d’environ 32 hectares. Certains habitants d’Ebeye sont des victimes ou des descendants de victimes des radiations de l’essai nucléaire Castle Bravo, la bombe H la plus puissante jusqu’ici testée par les États-Unis le 1er mars 1954. Les autorités américaines ont évacué Bikini et Rongelap, les deux atolls les plus touchés et la plupart des îliens se sont installés à Ebeye. » Excellent reportage.

Retour en centre ville, toujours avec Rouillard. Le retard ne nous permet pas d’aller boire un verre Chez Rollais (26, Rue du Général Leclerc) pub mythique de Saint-Brieuc. Nous remettons à plus tard cette importante escale dans  « un bar à vin comme il n’en existe plus. Et pour cause, la décoration de Chez Rollais n’a pas changé depuis 1912. On retrouve une ambiance des bistrots d’antan qui de toute évidence n’est pas feinte tant la sympathie se dégage autant devant que derrière le comptoir. Un vrai régal, le vin est de premier choix. »

La première soirée du Festival, me donne enfin l’occasion de parler avec des partenaires de cette étonnante manifestation. Rappelons au lecteur distrait, que le Festival Photoreporter en Baie de Saint-Brieuc est le seul festival qui produise ses expositions. C’est-à-dire que le jury a attribué à quinze photographes les moyens financiers de réaliser ou de finaliser le reportage qui est exposé. Ils étaient un peu moins de 300 à envoyer leurs dossiers à Didier Rapaud, l’ancien directeur de la photo de Paris Match. Le jury, présidé par Jean-François Leroy, en a validé quinze. Mais « l’an prochain nous ferons peut-être moins » confiait Didier Rapaud à la fin du week-end.

« J’ai tout de suite dit oui » confie le partenaire Monsieur Alfa-Locations, une entreprise locale florissante qui loue « … de tout ! 300 matériels pour l’industrie et le bâtiment ». Pourquoi ? « J’ai compris que les photoreporters étaient dans un marché difficile » confie Monsieur Scobat, autre partenaire « et l’idée de financer ces photographes par un fonds de dotation m’a tout de suite séduit. »

Samedi 28 octobre 2012, à partir de 7 h, le programme prévoyait

A partir de 7 h, le programme prévoyait que les « lève-tôt », découvrent « le Marché de Saint-Brieuc, Place de la Résistance et place des Halles. Un des plus beaux marchés du département où les chefs étoilés locaux viennent choisir leurs produits chaque mercredi et samedi. Succombez à la palette de couleurs et de saveurs et dégustez les produits locaux artisanaux (pâtisseries bretonnes, la fameuse galette saucisse dorée à manger sur le pouce, crêpes sucrées, nutella, confiture, miel…). » Je n’y étais pas.

A 10h30, départ en bus pour « une balade surprise. Prévoir vêtement de pluie et vêtement chaud et chaussures confortables plates.» disait le programme. En fait, le transport maritime de « la colo » s’avérait délicat étant donné les rafales de vent entre 70 et 100 km/heure. On en profita pour s’aérer le nez en photographiant les moutons marins de la baie.

Commune de Plérin, salle Le Cap, Pierre Terdjman nous observe regardant son exposition « United, we are strong » « Le rêve des pères fondateurs de l’État d’Israël de créer une société cimentée par son judaïsme vole en éclats aujourd’hui. À travers les banlieues et les quartiers pauvres, la naon israélienne, réputée pour son dynamisme économique et sa propension à encourager «l’aliyah» des Juifs (le retour à la terre d’Israël) et leur unité, montre ses limites : chômage, violence, drogue, discriminations ethniques fragilisent l’unité de la société israélienne. » Un sujet lourd sur lequel Pierre Terdjman de l’agence Cosmos travaille depuis longtemps. Paris Match a soutenu une partie de ce sujet dont nous avions déjà vu quatre ou cinq images dans une précédente exposition à Visa pour l’image. Mais la majeure partie de celles exposées sont exclusives.

En produisant les reportages, le Festival Photoreporter en baie de Saint-Brieuc s’assure une qualité exceptionnelle et une exclusivité offrant aux professionnels un « first look » sur les sujets. Et les pictures éditeurs invités étaient nombreux à Saint-Brieuc.

Nous déjeunons d’un buffet de coquilles Saint-Jacques et d’huitres au Carré Rosengart au Port du Légué sur la rive gauche du Gouët avant d’attaquer la visite du plus beau lieu du festival. Ce carré Rosengart, du nom d’un constructeur de voitures des années 1920, est un grand hangar qui abrita également les usines Chaffoteaux et Maury. Un très beau cadre dans lequel Zeng Nian se taille la part du lion avec un dispositif pour nous montrer « Le barrage des trois gorges », le barrage le plus grand du monde. Zeng Nian qui l’a photographié en 1996 a souhaité y retourner pour retrouver la trace des travailleurs, des familles et des croyants bouddhistes qu’il avait rencontrés et photographiés seize ans plus tôt. Cela donne une série de portraits impressionnants, même pour qui n’est pas un amateur de ce genre photographique.

Antoine Gyori (Corbis), quant à lui, sous le titre « La Russie de Poutine » nous montre principalement la religion orthodoxe, mais son sujet n’est pas terminé. C’est un travail de longue haleine sur la Russie.

Une agréable rencontre avec Pierre-Yves Marzin, photographe, voyageur, français, espagnol, passionné par le Mexique où il a vécu, livre un reportage engagé sur « Une police indigène, héroïque et incorruptible. » Incroyable mais vrai, et bien montré.

Il n’est pas loin de 18h quand l’autocar Rouillard nous ramène en centre ville de Saint Brieuc pour une visite au Musée de la ville où Olivier Jobard présente « La vie à durée déterminée »
Une plongée sensible dans la France de la précarité, la France de la crise. Une France que Jobard regarde sans complaisance, mais avec empathie. Olivier Jobard ne triche pas, et cela se voit dans le regard des photographiés.

A côté, au Jardin d’hiver de l’Hôtel de Ville, Gary Knight, le célèbre photographe américain cofondateur de VII Agence Photo, expose un décevant « Immigracion Topograpphica ». C’est une belle idée que de photographier les traces laissées par les immigrants mexicains clandestins tentant la traversée du désert pour l’eldorado yankee… Mais, in fine, ce sont des photos de traces de pneus, de vêtements abandonnés, des natures mortes ! Dès lors, on s’interroge sur le pourcentage de recherche journalistique dans cette esthétique quête.

Dimanche 28 octobre 2012

Après un joyeux samedi soir, pour un récital gastronomique à Saint-Quay Portrieux, les festivaliers avaient quartier libre le dimanche. La plage des Rosaires à Plérin avec ses deux kilomètres de sable fin, offrait un espace propice au « débrief».

Ce festival a une originalité en or : il finance via un fonds de dotation les reportages qu’il expose. Bravo ! Encore faut-il vérifier l’adage selon lequel le breton est têtu. Voyons si nos amis de la baie vont tenir le coup en remettant au moins 300 000 euros dans la caisse pour l’an prochain car un festival ne s’impose pas en une, ni deux éditions !

Ensuite, il va falloir analyser si la manifestation étalée sur l’intercommunalité va recueillir les suffrages des locaux, car cet éparpillement est à l’évidence une forte contrainte pour attirer des visiteurs non bretons. La concentration des expositions joue à Perpignan un rôle attractif. Le touriste pose la voiture et part à pied. Là, il n’en n’est pas question. Autre handicap, la période…. Fin octobre en Bretagne, ce sont les quatre saisons garanties en un week-end ! Comme le suggérait un membre éminent de « la colo » : on pourrait jumeler ce festival avec celui de Chicoutimi (Québec) !

Avec un jury composé de trois fortes personnalités, Ruth Eichhorn, directrice photo de Géo Allemagne, Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l’image et Guillaume Clavières, directeur photo de Paris Match, les photographes sont certains d’avoir un jugement de qualité. Cette première édition nous a démontré la qualité de l’accueil et de l’organisation. Tout permet d’espérer que ce Festival peut s’installer comme un moment clé dans l’année à condition de maitriser l’espace et le temps. Mais n’est ce pas au fond, l’objet même du photoreportage ?

Michel Puech

Festival Photoreporter de la Baie de Saint-Brieuc
Du 19 octobre au 11 novembre 2012
7, rue Saint Gouéno
22000 Saint-Brieuc
Tél. 02 96 33 53 54
photoreporter@baiedesaintbrieuc.com
Twitter @bsbphoto

Directeur du Festival : Alexandre SOLACOLU
Directeur Artistique du Festival : Didier RAPAUD
Président du Fonds de dotation PHOTOREPORTER : Michel LESAGE, Député des Côtes d’Armor.
Links

http://www.festival-photoreporter.fr
http://www.facebook.com/festival.photoreporte

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