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Horst Faas, le vétéran est mort

Mis à jour le 16 avril 2015 par Michel Puech

Horst Faas © Yan Morvan

 

« Horst Faas était un géant dans le monde du photojournalisme dont l’extraordinaire engagement à raconter des histoires difficiles était unique et remarquable », a déclaré Santiago Lyon, vice-président et directeur de la photographie d’Associated Press.

Horst Faas est décédé le jeudi 10 mai 2012 à Munich des suites d’un accident vasculaire touchant la colonne vertébrale qui l’avait frappé spectaculairement le 4 mai 2005 alors qu’il était avec des confrères au Vietnam pour célébrer le 30ème anniversaire de la fin de la guerre. Pour Tim Page : « C’est mon dernier grand souvenir avec lui. Nous étions là et nous pouvions nous dire que nous avions fait du bon travail pendant cette guerre. »

Soigné à Hanoi, à Bangkok puis à Marnau en Allemagne, Horst Faas était resté paralysé des deux jambes. Ces dernières années, et particulièrement ces derniers mois, il avait dû affronter des infections suite à diverses séquelles de son accident ; mais ce handicap ne l’avait pas empêché de réserver, il y une dizaine de jours, une chambre d’hôtel à Perpignan pour le prochain festival du photojournalisme, Visa pour l’image !

Un géant curieux de la jeunesse

Car Horst Faas, « n’était pas un homme du passé » confie Hélène Gédouin, d’Hachette, qui a édité avec lui son dernier livre « 50 ans de photojournalisme » publié en 2008 et celui sur son ami Henri Huet publié en 2006.

« Il venait toujours à Visa pour être avec les mecs, comme il disait. » confie Jean-François Leroy le directeur du festival. Et effectivement c’était particulièrement impressionnant de rencontrer, encore l’an passé, cet homme de 79 ans venu de Munich à Perpignan avec son fauteuil roulant pour assister, entre autres manifestations, à la conférence de presse annonçant le Prix Lucas Dolega. Il aimait Perpignan pour se replonger dans l’ambiance du métier, pour voir la production de l’année, retrouver ses amis de jadis et discuter avec les nouvelles générations.

« La première fois que je l’ai vu, c’était il y a 30 ans » se souvient Jérome Delay photographe et responsable d’AP Photo pour l’Afrique  « J’étais alors un jeunot, pigiste dans le Colorado, et je suis venu à Londres… J’ai travaillé avec lui. C’était le genre d’homme qui savait ce que sont les risques. Un jour où j’étais embedded en Irak, il m’a téléphoné pour me dire de ne pas partir. Le pape était mort, et il a tout de suite décidé que ça ne valait pas le coup que je risque de me faire trouer la peau pour ¼ de page en page 27. C’était un frère, un père, un mentor… Un immense savoir-faire, et un très bon vivant qui ne racontait ses souvenirs qu’autour d’une excellente bouteille de Bordeaux. »

Un œil d’aigle

«  Il avait un œil d’aigle » dit, le peu bavard, Henri Bureau (Reporters Associés, Gamma, Sygma, Corbis) qui l’a connu à Saigon quand, tout jeune photographe, il a débarqué au Vietnam. « Tout le monde allait le voir à Saigon. C’était LA référence. C’est sûrement un des, sinon le plus grand, que j’ai connu avec David Duncan et Mc Cullin. A Saigon, il gérait une armée de photographes, et choisissait en un instant la bonne photo sur le négatif à peine séché… »

Christian Simonpietri (Gamma, Sygma, Corbis), lui, vivait à Saigon. L’Indochine, c’était son pays. Il ne se souvient pas quand il a rencontré Horst Faas pour la première fois. « J’étais très ami avec Henri Huet donc j’ai dû le voir dès qu’il a été au Vietnam à un retour d’opérations. C’était un type très occupé, entièrement dévoué à son boulot : la photo. La sienne et celle des autres. Il ne venait pas régulièrement à l’Hôtel Continental où se retrouvait tout le monde pour l’apéro. Il ne participait pas à toutes les fêtes. Après, je l’ai retrouvé au Pakistan, j’étais avec lui et Michel Laurent le 18 décembre 1971 dans le stade de Dacca, un reportage qui lui a valu (ndlr : co-lauréat avec Michel Laurent) son deuxième prix Pulitzer en 1972. Le premier il l’avait gagné en 1965 au Vietnam, deux ans avant d’être blessé. »

Deux prix Pulitzer ! Il est le seul photojournaliste à avoir accroché cette double distinction, la plus prestigieuse, à son tableau d’honneur.

« C’était un homme qui ne parlait pas facilement de lui » raconte Hélène Gédouin. « Il était intarissable sur le photojournalisme, sur les photographies des autres… Je l’avais contacté quand j’ai commencé à travailler sur les reportages de mon oncle par alliance, Henri Huet. C’était l’année avant son accident…. Ensuite nous avons souvent travaillé dans les hôpitaux. Il était passionné par les jeunes photographes et aurait souhaité à son époque disposer des outils d’aujourd’hui. D’ailleurs c’est lui qui m’a parlé de Skype pour échanger entre deux rendez-vous. Il avait la passion de l’information, de la photographie comme du texte.  Il m’impressionnait par sa culture artistique, car c’était aussi un grand collectionneur de gravures et pas uniquement asiatiques. »

Au téléphone de Phnom Penh où il est mission, Tim Page, très affecté lui aussi, dit « Il m’a tout appris. Il était un guide depuis que j’ai commencé à travailler en freelance à Saigon en 1965. Le Vietnam a été une époque unique dans l’histoire du photojournalisme… Son livre Requiem est le plus grand livre du XXème siècle ! Franchement, maintenant j’ai l’impression de faire partie d’une sorte de Jurassic Park où nous ne sommes plus nombreux. »

Michel Puech

Publié dans La lettre de la photographie du 14 mai 2012

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