Remi Ochlik tué à Baba Amro, Homs (Syrie)

Mis à jour le 30 septembre 2014 par Michel Puech

(c) Geneviève Delalot
(c) Geneviève Delalot

Rémi Ochlik de l’agence photo  IP3 et Marie Colvin du Sunday Times, deux  journalistes sont morts dans la nuit de mercredi 22 février  à Homs dans l’exercice de leur métier : le journalisme.  Il y a également de nombreux autres morts et blessés dans les combats de la nuit dernière dont William Daniels (Panos) et Edith Bouvier (Le Figaro).

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Rémi Ochlik n’avait pas trente ans, il était né en 1983 à Thionville dans cette Lorraine qui elle aussi n’en finit pas de souffrir.
J’ai connu Rémi à la suite du meurtre par la police tunisienne de cet autre jeune photographe qu’était Lucas Dolega. C’était au Père-Lachaise, il y avait une bande de jeunes photojournalistes que je découvrais.

A l’époque je m’intéressais  particulièrement aux photojournalistes,  « héros de l’âge d’or » des agences Gamma, Sygma, Sipa. Tout à coup, j’ai réalisé qu’il y avait une vraie relève que j’ai baptisée dans un article de La lettre de la photographie : la génération Dolega.

Rémi Ochlik m’est apparu comme un des plus prometteurs et je l’ai invité chez moi pour une longue interview. J’ai tout de suite été séduit par son regard clair, sa modestie et naturellement son talent.

Nous avions un ami en commun : Mark Grosset, ancien directeur de l’agence Rapho, qui fut, en tant que directeur de l’école de photo Icart, son professeur de photojournalisme. Mark avait beaucoup encouragé Rémi dont il avait tout de suite perçu le potentiel.  Il l’a envoyé à l’agence Wostok où il a « couvert » d’abord des évènements parisiens, avant de s’envoler pour Haïti.

Jean-François Leroy, comme Mark Grosset, avait repéré ce jeune garçon et il a projeté tout de suite ses photos à Visa pour l’image. « C’est l’euphorie. Je crois que tous les magazines vont m’appeler pour me passer des commandes… » m’avait alors confié Rémi avant d’éclater de rire, car ensuite il avait eu un grand trou… Plus de publication. Alors il était reparti au Congo.

En 2006, avec quelques amis il crée l’agence IP3 et couvre la campagne présidentielle de 2007 quand arrive la crise de 2008. Dur, dur pour le photojournalisme. Ce n’est qu’avec le tremblement de terre d’Haïti que Rémi Ochlik retrouvera des publications dignes de son talent.

L’an dernier, de la Tunisie à l’Egypte en passant par la guerre de Libye, il avait – si j’ose dire –explosé. Sa couverture des combats libyens lui a valu de superbes doubles pages dans Paris Match et un prix au World Press Photo. Un reportage vendu à l’hebdomadaire par Tony Rubichon du Bureau 233. Dès lors, Rémi avait eu ses entrées à Paris Match, pour lequel il était parti. Rappelé par le journal qui jugeait la situation trop dangereuse, il était néanmoins reparti pour son agence.

En décembre dernier, au « Scoop Grand Lille », le jury avait été unanime : les trois reportages présentés par Rémi Ochlick : « La chute de Tripoli », « Egypte Tahir Square » et « La révolution du Jasmin » lui avaient fait obtenir le grand prix Jean-Louis Calderon, cet autre journaliste tué en « couvrant » la révolution roumaine en 1989.

Dire que Rémi va nous manquer c’est ne rien dire. La vérité c’est que c’est une immense douleur pour sa compagne, pour ses parents, pour sa famille et une énorme perte pour le photojournalisme français.

 

Michel Puech

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