A Paris ça déménage !

Mis à jour le 3 février 2012 par Michel Puech

Michel Huescar et Tony Rubichon (c) Michel Puech

Michel Puech publie dans La lettre de la photographie, lettre quotidienne en français et en anglais.

 

L’agence de presse Bureau 233 de Michel Huescar et Toni Rubichon a quitté le minuscule cagibi de ses débuts et invite cette semaine ses clients dans une confortable boutique du XVème arrondissement de Paris, à deux pas de la porte de Versailles et du Parc des Expositions.

Alors que Paris prend toute sa place sur le marché de l’art photographique, et semble avoir perdu son aura dans le photojournalisme, les agences bougent. Le mois dernier, Abaca press quittait le nord de la ville pour le sud de Montparnasse, précisément le boulevard Arago, dans des locaux sous-loués à Gamma-Rapho… Etonnant voisinage des équipes de Jean-Michel Psaïla et Bruno Cassajus avec celles de l’imprévisible François Lochon !

Mais la capitale française fourmille également de petites structures dynamiques créées soit autour d’un noyau de photographes comme « Neus » (Olivier Laban-Mattei, Jean-Luc Luyssen, Arnaud Brunet) ou IP3 dont Rémi Ochlick est la star montante; soit à l’initiative de vendeurs de photos bien connus sur la place comme Michel Chicheportiche avec News Pictures ou Jean-Francois Pekala dit « Jeff » de Starface. Tous s’apprêtent à affronter l’offensive annoncée de Getty Images et de Corbis qui renforceraient leurs forces de vente sur Paris en 2012. Sans parler de la concurrence des « télégraphistes » (AFP, Reuters et bientôt Sipa-Dapd).

Lire la suite  dans La lettre de la photographie sou le titre “Small agencies revival” (EN/FR)

 

Bureau 233 est l’enfant de Michel Huescar et de Toni Rubichon. Michel Huescar a débuté comme vendeur de photos en 1984 chez Interpress , une agence spécialisée dans les productions TV, avant de passer vingt ans chez Sipa press. « C’est amusant, car c’est déjà Toni qui m’avait fait rencontrer Göksin Sipahioglu fin 1989 » confie le gérant de Bureau 233.

Celui que toutes les rédactions parisiennes appellent « Toni » est un enfant d’Alain Dupuis et de Claude Duverger, mythiques vendeurs de l’agence Sygma. Toni Rubichon arrive dans l’agence de Monique Kouznetzoff et d’Hubert Henrotte en août 1978.

Il va y connaitre ce fameux « âge d’or » de la photo de presse. « Au début, les seigneurs de la vente ne m’avaient laissé que les petits magazines de programme télé et quelques titres allemands. Mais à cette époque la presse télé se met à publier beaucoup d’images et je vais vite me régaler. » me confiait-il l’été dernier, à une terrasse ensoleillée, alors que j’enquêtais sur Corbis-Sygma.
« Ensuite Sygma a été racheté par Corbis. On s’est installé dans un superbe immeuble à Bercy près de la Gare de Lyon loin de tout et le métier a changé. Il y avait des directeurs, des audits, des inspecteurs qui voulaient nous faire abandonner les tirages pour montrer les photos sur des PC portables… Bref, nous n’étions plus dans une agence de presse, et je l’ai bien compris au moment du 11/09. Ce jour là j’ai fait, peut-être, le plus gros coup de ma carrière : un « first look » avec plein de zéros, mais c’était le dernier de Sygma. De fait, tout ça se termine en février/mars 2002 avec le licenciement de tout le staff par Corbis. »

Il crée en septembre 2002 avec une brochette de photographes licenciés, Deadline, une nouvelle agence de presse mais basée sur un fonctionnement à l’ancienne. Il va découvrir à ses dépends que les bons sentiments et la bonne camaraderie, ne font pas nécessairement les bonnes associations. Mais grand optimiste sans rancune il conclut : « ça c’est terminé le 14 février 2008, le jour de la Saint-Valentin ! »

73 rue Vasco de Gama, où les deux compères ont installé leurs nouveaux bureaux, les rêves de « staff de photographes » ont été rangés dans le placard marqué « XXème siècle ». L’heure est à un autre style de travail. Il ne s’agit plus « d’envoyer des gars en reportages » mais d’avoir de bonnes idées à vendre aux magazines. « Et ce n’est pas simple ! » disent-ils en cœur.

« Aujourd’hui, les groupes concluent des accords tarifaires sur des quantités de photos publiées et la concurrence est telle que nos amis des autres agences ont tendance à se plier aux désirs des éditeurs. »

Ils font ici, sans le dire, référence à un fameux accord conclu entre une dizaine d’agences de photos et le groupe Prisma press (VSD, Gala etc.) au terme duquel le groupe allemand a imposé des baisses de plus de 40% sur les tarifs habituels. Pourtant comme me le confiait récemment Martin Vorderwülbecke principal actionnaire de SIPA-DAPD « à 40 dollars la photo, il n’y a pas de rentabilité. »

« En juin dernier, le jour de l’hommage à Jean Desaunois, après la cérémonie » raconte Toni Rubichon « tous le syndicat (Fédération nationale des agences de presse photos et informations) s’est réuni dans les locaux de Sipa press. Ils étaient tous là autour de la table les patrons de la FNAPI. Ils discutaient de l’augmentation annuelle des tarifs…. A un moment ils m’ont demandé pourquoi je ne disais rien. J’ai répondu que cela ne servait à rien de s’entendre collectivement sur un tarif qu’individuellement tous n’allaient pas respecter dès le lendemain! »

Il est comme ça Toni. Entier mais la tête toujours pleine de mille idées de sujets à vendre. Alors Michel et lui ont réuni une douzaine de photographes indépendants, Stéphane Compoint (ex-Sygma), Pascal Baril (ex-Kipa), Tony Franck (ex-Sygma), Bernard Sidler (ex Figaro Magazine), Charlotte Schousboe (ex Sipa), Jean Philippe Baltel (ex-Sipa), Pierre Aslan et d’autres…

Pour faire bon poids ils distribuent les photos du « Studio Harcourt », d’APS une agence lyonnaise, de Picture Lux (Los Angeles), de MPTV une formidable base de célébrités du cinéma, de Photomasi (Milan), de Prima (Madrid), d’Eyevine (GB) ou Pana Diffusion(Japon). Etc.

« En mars dernier, au moment de Fukushima, notre correspondant Pana Diffusion nous a dit honnêtement qu’il donnait des photos à l’AFP ; mais cela ne nous a pas empêché de trouver d’autres images et de faire des ventes. » raconte Michel Huescar. « Sur la Tunisie, avec Rémi Ochlick ce jeune photographe d’IP3 complètement inconnu au début de l’année on a fait Match » ajoute Toni Rubichon. Depuis Rémi Ochlick a fait une belle année, et même pris quelques commandes de Paris Match. En direct ? Michel et Toni lèvent les yeux au ciel et sourient sans répondre. « IP3 est une agence, mais nous vendons aussi pour son compte. »

La force de «Bureau 233 » : une excellente connaissance des archives photographiques, des contacts personnels avec toute la presse française ou basée à Paris, et une réactivité sur l’évènement fruit d’une longue expérience d’agence de presse. Une expérience qui leur permet de garder le sourire quoi qu’il arrive, car « on ne sait jamais de quoi demain est fait dans ce métier. »

Michel Puech
Links

http://www.bureau233.com
http://www.ip3-press.com
http://www.neusphotos.com
http://www.news-pictures.com
http://www.puech.info

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