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Associated Press France sous le contrôle de l’agence allemande DAPD ?

Mis à jour le 17 décembre 2015 par Michel Puech

The Don Whitehead Journalistic Collection (MS.1020)

Ce mardi 29 novembre 2011 à 12 heures, Pierre-Yves Glass, patron du bureau parisien de l’agence de presse américaine AP réunit l’ensemble du personnel a-t-on appris de source syndicale. L’intersyndicale de l’agence a réuni lundi 28 novembre le personnel pour arrêter une position commune pour le cas, de plus en plus vraisemblable, où serait annoncée la cession à l’agence DAPD.

Depuis des années, avec des hauts et des bas, Martin Vorderwülbecke et Peter Low, les deux associés propriétaires de l’agence allemande DAPD, tentent de prendre le contrôle du bureau français d’AP comme ils l’ont fait avec ceux de l’Allemagne, de l’Autriche et de la Suisse. En absorbant les bureaux de langue allemande d’Associated press, ils ont transformé une petite agence de presse originaire de la République Démocratique Allemande en DAPD, devenue, de ce fait, la seconde agence sur le marché allemand.

En juillet dernier, en prenant le contrôle de Sipa press, ils ont clairement affiché leurs ambitions européennes en se positionnant ouvertement et agressivement comme concurrent de l’AFP.

Rappel historique (légende de la photo)

1944 – Don Whitehead de l’AP est parmi les premiers correspondants de guerre arrivés à Paris lors de la retraite des nazis. Le début de sa dépêche disait :
“Les combats faisaient rage au coeur de Paris aujourd’hui alors que les colonnes américaines et françaises ont pénétré la ville au sud, acclamées par des centaines de milliers de Parisiens”
1945 – Création du Service International en langue française de l’AP, peu après la libération de Paris. Plusieurs quotidiens français s’abonnent aussitôt.

Jeudi 24 novembre, lors du dernier comité d’entreprise d’AP France, la Direction des ressources humaines du bureau de Paris a clairement répondu aux représentants du personnel d’AP-France qu’ « AP privilégie l’option de la cession dans le but de préserver les emplois » précisant qu’il pourrait s’agir d’une cession « au sens juridique du terme ». En clair, cela signifie que le bureau d’AP France serait cédé avec tout le personnel à un éventuel repreneur.

 

Toutefois, lors de ce comité d’entreprise, la direction d’AP France s’est, à nouveau, refusé à confirmer le nom de DAPD comme repreneur. Cependant, en même temps que le personnel d’AP France était convoqué ce mardi 29 novembre pour une annonce, nous apprenions que Martin Vorderwülbecke se trouverait également à Paris ce même mardi, sans qu’aucune réunion à l’agence Sipa press ne justifie sa présence dans la capitale.
« Depuis deux mois, la direction de Sipa press s’emploie à faire de la place pour accueillir le texte » commente un représentant du personnel de Sipa press qui poursuit « La direction ne fait pas mystère de son intention d’ajouter un fil texte au fil photo de Sipa press. »
Ainsi ce mois ci, a débarqué boulevard Murat à Paris, siège de l’agence de presse fondée par Göksin Sipahioglu, Erik Monjalous qui était, jusque fin septembre, directeur des ventes et du marketing de l’AFP ! Ce dernier n’était pas en harmonie avec Emmanuel Hoog, président de l’AFP « nous nous sommes séparés à l’amiable » précise l’ancien directeur des ventes de l’AFP « et au terme de notre accord, j’ai été libéré de la clause de non concurrence » nous a-t-il précisé au grand étonnement des syndicats de l’AFP.
Si, ce mardi 29 novembre, Pierre-Yves Glass annonce au personnel d’AP France qu’il est « vendu », tout pourrait aller assez vite si DAPD ne reprenait pas le bureau d’AP France avec la société Sipa press, mais avec une société créée ex-nihilo (DAPD-France ?). Dans ce cas, les comités d’entreprise de Sipa press et d’AP France pourraient se trouver sérieusement marginalisés.
Cette solution aurait pour avantage également de permettre à DAPD de se concentrer sur son objectif principal : la concurrence de l’AFP, tout en laissant le temps agir en sa faveur côté photo.
Au dernier comité d’entreprise de Sipa press, le projet de la session de Sipa inc (la filiale américaine de Sipa press)  à la filiale DDP images de DAPD a été évoquée. L’opération a été repoussée par les représentants du personnel, mais il est de plus en plus évident que DAPD a l’intention de muscler sa filiale DDP images d’Hambourg avec les habits de Sipa press. Il est vrai que les deux entités ont les mêmes dirigeants.  Reconfigurer la production photo peut prendre un certain temps.
Outre que se profile une dizaine de procès aux prud’hommes pour licenciements abusifs, s’annoncent d’âpres négociations sur les pourcentages des ventes attribués aux ex-photographes salariés de Sipa press. Sans parler de tous les problèmes consécutifs au fait qu’après avoir licencié des photographes, l’agence Sipa press recrute actuellement de nombreux pigistes pour faire face à ses engagements. De fait, il ne reste plus que huit photographes, dont actuellement deux blessés et un malade…
Que de bonnes raisons pour qu’AP France rejoigne les bureaux de Sipa mais ne tombe pas dans l’escarcelle de la société Sipa press mais dans celle d’une autre entité juridique plus souple, sans passif, ni passé mais bien sûr contrôlée par DAPD.

A suivre

Michel Puech

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