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Sauvage agression à Collioure

Mis à jour le 26 août 2011 par Michel PuechRevue de presse: Sauvage agression à Collioure par Fabrice Thomas et Jean-Marc Sibille in Le petit journal de la région. Article publié le

Le photojournaliste entre la vie et la mort

David Sauveur, photojournaliste à l’agence Vu, est un visage connu de Visa pour l’image. Il est là à chaque édition. En 15 années de métier, il a couvert nombre de points chauds de la planète, la Palestine, où il a beaucoup travaillé, le Darfour, l’Irak, l’Afghanistan, il avait dernièrement couvert l’insurrection en Lybie. « Il est toujours disponible dans l’heure pour partir n’importe où avec son gilet pare balles. Il a couvert tous les conflits de ces dernières années», déclare Xavier Soulé, le pdg de l’agence Vu. Bouleversé par le drame, il peine à réaliser que ce photographe de 37 ans « Qui avait souvent cotoyé le danger, qui revenait de très loin ait pu être victime d’une agression criminelle dans le paisible village de peintres de Collioure ».

MALCHANCE

Mercredi 3 août 2011, aux alentours de deux heures de matin, David Sauveur laisse sa compagne et quelques amis dans le gite qu’ils ont loué pour quelques jours à Collioure. Toujours curieux, en quelque endroit qu’il se trouve, il va avec son appareil photo trainer dans les petites rues du village. A 2h20, très exactement à l’angle de la rue Pasteur et de l’avenue Pelletan, avenue qui est en fait le quai où se situe le célèbre hôtel des Templiers, David Sauveur a la malchance de croiser un individu très défavorablement connu des services de police, un marginal au lourd casier judiciaire.

L’HOMME AU SHORT ROUGE

Jonathan, veilleur de nuit dans un hôtel situé devant le lieu de l’agression, témoigne.
-J’ai entendu un énorme choc, comme un coup de poing à la puissance 10. Je suis sorti et j’ai vu un homme inconscient étalé sur le trottoir, sa tête baignait dans une marre de sang, un individu, torse nu, vêtu d’un short rouge, âgé d’une trentaine d’années, mesurant entre 1.75 m et 1.80 m, d’une corpulence normale, était penché sur lui et semblait le fouiller. Vers 23h, alors que je fumais devant l’hôtel, cet individu m’avait demandé une cigarette. Il était évident qu’il avait bu.

UNE ARME ?

-Je n’ai pas tout de suite réalisé qu’il s’agissait d’une agression, « Qu’est- ce qui se passe ?, ai-je demandé à l’homme au short rouge ». « Il me devait 20 euros, m’a alors répondu le type au short rouge. » « Mais t’es malade, tu as vu dans quel état tu l’as mis ai-je répondu. » D’après le veilleur de nuit, le coup a fait trop de bruit pour avoir été asséné à mains nues. L’agresseur aurait pu utiliser un poing américain, une matraque télescopique, ou tout autre objet contondant facile à dissimuler dans son short.

« MON MATÉRIEL »

-L’individu s’est relevé et s’est éloigné doucement, poursuit Jonathan. Je suis aussitôt rentré dans l’hôtel et j’ai appelé les pompiers. J’ai vu l’agresseur revenir, se pencher sur la victime et lui subtiliser un objet, sans doute un appareil photo. La victime a repris conscience, s’est relevée et s’est mise à tourner dans tous les sens en disant : « Mon matériel où est mon matériel ?. J’ai essayé de le calmer, mais il ne semblait pas dans son état normal. Environ 10 minutes plus tard, les pompiers sont arrivés. La victime continuait à réclamer son matériel photographique.

FRAPPÉ PAR UN SECOND INDIVIDU

-Une vingtaine de mètres plus loin, rue de la République, entre le café Sola et le parking, l’agresseur au short rouge réapparait accompagné de deux comparses. Le ton monte entre la victime et les trois individus, les pompiers se sont interposés plutôt mollement, un des trois individus, pas celui au short rouge, assène alors deux ou trois coups de poing au visage du photographe, je l’ai vu tomber, comme une masse, il était inconscient avant de toucher le sol. Je suis ressorti de l’hôtel. Les trois individus se sont enfuis.

DÉJA AGRESSÉ A RENNES

-Les gendarmes sont arrivés environ dix minutes plus tard, raconte Jonathan. Ils n’ont pas tardé à retrouver les trois individus. Quelques jours plus tard, la maman du photographe agressé est venue me voir à l’hôtel pour que je lui raconte ce que j’avais vu. Elle m’a expliqué que son fils était un photographe connu, qu’il couvrait des évènements dans le monde entier. Une chose m’a interloqué, elle m’a précisé que son fils lui avait un jour dit : « La nuit, les villes de France sont souvent plus dangereuses que les zones de conflit où je me rends à travers le monde » et elle m’a expliqué qu’à Rennes, il s’était déjà fait agresser alors qu’il prenait des photos de nuit.

EN PRISON

Les auteurs des coups sont âgés de 22 ans (né à Orange) et 31ans (né à Fourmies dans le Nord). Leur dernière adresse connue est, pour tous deux, le centre d’hébergement d’urgence de Céret. Ils ont un lourd passé judiciaire. Le troisième homme a affirmé, lors de ses interrogatoires en garde à vue, qu’il n’avait pas porté de coup à David Sauveur. L’enquête en cours permettra d’établir précisément son rôle. Pour l’instant, il est, comme ses deux complices, détenu à la prison de Perpignan. Mais selon le témoignage de Jonathan et d’autres sources qui se recoupent parfaitement, deux hommes ont frappé le photojournaliste.

ENTRE LA VIE ET LA MORT

David Sauveur a été évacué, inconscient, sur le centre hospitalier de Perpignan. Il n’a pas, depuis le 3 août, repris conscience et, à son chevet, les soignants, comme les proches expriment les plus vives inquiétudes.
Le dépistage d’alcoolémie a établi que les deux agresseurs avaient un taux de 1,5 gr d’alcool. En garde à vue, ils ont donné une fausse identité, mais il n’a fallu que quelques heures aux gendarmes pour les identifier. Une information est ouverte pour violences volontaires en réunion.

UN TYPE BIEN

Michel Puech, journaliste à Médiapart, parle de David Sauveur comme d’un « Jeune photographe très prometteur » Il suffit de regarder ses images sur le site internet de l’agence Vu pour se rendre à l’évidence. Bourré de talent ! « Mais pas la grosse tête, un mec grand mec filiforme, très gentil, agréable, sympa. Concentré sur la photo, très intéressant. Un type bien », ajoute le journaliste qui s’apprêtait à lui consacrer un papier. Un avis très largement partagé par les amis et confrères du photojournaliste.

 

Jean-Marc Sibille et Fabrice THOMAS in Le petit journal

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