EDITORIAL

L’agence Corbis menacée d’un procès pénal

Mis à jour le 30 décembre 2019 par RedactionRevue de presse: L’agence Corbis menacée d’un procès pénal par >Paule Gonzales / Le Figaro le 25 juillet 2011, Lire notre information exclusive du 29 juin 2011 in La lettre de la photographie

 

Bill Gates sera-t-il obligé de comparaître devant un tribunal pénal français ? Cinq photographes de l’ancienne agence Sygma en ont bien l’intention. Par l’intermédiaire de Jean-Philippe Hugot, leur avocat, Dominique Aubert, Derek Hudson, Philippe Ledru, Mosher Milner et Michel Philippot ont porté plainte, le 20 juin dernier, contre l’agence d’illustration Corbis Corporation – société personnelle du fondateur de Microsoft – pour «organisation frauduleuse d’insolvabilité», «abus de confiance» et «abus de biensocial».

Tous contestent la liquidation judiciaire, en juin 2010, de Sygma qui fut l’un des fleurons du photojournalisme français, racheté en 1997 par Bill Gates pour une somme estimée à l’époque à une trentaine de millions d’euros. Ces photographes – auxquels d’autres pourraient se joindre – reprochent à Corbis d’avoir, durant dix ans, «vidé de sa substance et transféré la totalité des actifs de la société française vers le siège américain de Corbis, à Seattle, au point d’en faire une coquille vide. Des agissements parfaitement immoraux», affirme Jean-Philippe Hugot.
Jusqu’à 8000 contributeurs

À la base de cette accusation : un procès perdu en appel par Corbis Sygma contre le photographe Dominique Aubert, il y a un an. Le tribunal reconnaissait alors la perte de 750 négatifs appartenant au photographe et condamnait l’agence à lui verser 1,5 million d’euros au titre de dommages et intérêts. En effet, lors du rachat de Sygma, Corbis avait proposé aux collaborateurs de l’agence la cession de leurs droits afin de prendre en charge la commercialisation de leurs clichés moyennant le versement de droits d’auteurs. 75 % des photographes salariés de l’agence ont accepté la proposition. Mais la chute des rémunérations inquiète un certain nombre d’entre eux qui accusent l’agence d’avoir perdu leurs archives. «Sygma a compté jusqu’à 8000 contributeurs et totalise un fonds de 50 millions de clichés classés non par photographe mais par thématique. Autant dire que retrouver la totalité du travail d’un photographe équivaut à chercher une aiguille dans une botte de foin», se défend Stefan Biberfeld, gérant de Corbis Sygma et directeur juridique de Corbis pour l’Europe. En attendant, plutôt que de payer l’addition, Corbis Sygma préfère se déclarer insolvable et ne pas honorer l’amende. «C’est tout simplement scandaleux quand on sait que Corbis est la propriété personnelle de l’un des hommes les plus riches au monde !», martèle Jean-Philippe Hugot.

Il faut dire que, depuis sa création, Corbis perd de l’argent et le marché de la photo n’a pas été l’eldorado escompté. «Depuis 1999, Corbis Corporation a investi plusieurs dizaines de millions d’euros (plus de 50 millions d’euros, NDLR) pour renflouer cette agence, se défend Stefan Biberfeld. Le montant exigé par le tribunal faisait partie des investissements supplémentaires qu’entendait faire Corbis Corporation en faveur de Corbis Sygma. À cela s’ajoute que nous redoutons de nouvelles plaintes et nous ne pouvons assumer de tels risques financiers.»

En bref, Seattle a décidé, il y a un an, d’arrêter les frais et de fermer boutique. Quant aux 50 millions de clichés de l’ancienne Sygma désormais «entreposés à Dreux», une partie continue d’être exploitée par Corbis. Mais la procédure de liquidation judiciaire empêche aujourd’hui de nombreux photographes de récupérer leurs clichés et de les commercialiser. Une situation intenable pour les plaignants désormais privés de revenus.

Ce dernier épisode solde tristement aussi l’âge d’or des grandes agences photographiques françaises tour à tour convoitées et abandonnées par les plus grands opérateurs industriels. Après la disparition de Gamma et Rapho englouties par Hachette et le récent rachat de Sipa Press par l’agence allemande DAPD, c’est donc au tour de Sygma de fermer définitivement le ban.

Copyright Paule Gonzales / Le Figaro

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