Affaire SIPA/DAPD
La mort de Sipa Press ?

Mis à jour le 3 décembre 2015 par Michel Puech

La nouvelle est arrivée via les agences dites télégraphique. Un communiqué: « Le groupe de médias Sud Communication a engagé des négociations exclusives avec la société DAPD, deuxième agence de presse en Allemagne, en vue de la cession de la société Sipa Press. »

 

 

Vendredi 6 mai 2011, un coup de fil de New York m’annonçait l’ouverture de négociations entre DAPD et Sud Communication, une société appartenant à Pierre Fabre, fondateur et propriétaire des Laboratoires Pierre Fabre.

Lundi 9, boulevard Murat dans le 16ème arrondissement de Paris, le comité d’entreprise était informé par le Pdg de l’ouverture de pourparlers avec DAPD, une société peu connue en France.

Pierre Fabre, un généreux pharmacien de Toulouse a racheté en 2001, l’agence fondée à Paris en 1973 par un jeune photojournaliste turc : Göksin Sipahioglu. En quelques dizaines d’années, travaillant jour et nuit, « le turc » comme l’appellent les reporters photographes a hissé l’agence au premier rang mondial. Gamma, Sipa, Sygma, les trois sœurs ennemies ont dominé le photojournalisme à l’époque de l’argentique.

Mais en 2009, Sipa press affiche un chiffre d’affaires de 11 817 000 € contre 14 en 2006 avec 91 employés salariés dont 28 photographes également salariés et 600 correspondants-pigistes. Chaque jour, l’agence produit plus de 6 000 photos distribuées dans plus de 40 pays.

Sipa press pourrait perdre près d’un million d’euros annuellement.

Difficile de trouver un repreneur dans ces conditions. Pierre Fabre est le mécène de Sipa press. Il ne donne d’ailleurs pas que pour le photojournalisme, il a d’autres bonnes causes; il n’en reste pas moins qu’il pense à sa succession, donc a des restructurations dans les actifs de Sud Communication.

Mais, comme Arnaud Lagardère en son temps, Pierre Fabre n’a certainement pas envie de ternir sa réputation avec un dépôt de bilan, or les loyers du boulevard Murat seraient impayés depuis plusieurs mois. Pour éviter le gros mot de faillite, Arnaud Lagardère a vendu son groupe d’agence de presse et d’illustration Hachette Filipacchi Photos (Gamma, Rapho, Keystone etc.) a une tout à une nouvelle société : Eyedea, c’est-à-dire à trois jeunes entrepreneurs rompus au jeu du capital risque. A charge pour ses dernier de faire le sale boulot tout en prenant une confortable enveloppe prévisionnelle de pertes. Pierre Fabre aurait il la même idée ? On pourrait passer d’une enveloppe de 600KF à une plus confortable et digne de gens plus expérimentés dans le secteur agence de presse.

Jeudi 12 mai, à dix heures du matin, des représentants de la direction de DAPD vont exposer au Comité d’entreprise leurs projets d’avenir pour Sipa Press…

Sur son site web, DAPD affirme avoir « environ 700 clients dans le monde entier avec une couverture sans faille de l’actualité par le texte et par l’image. Parmi ses clients figurent de nombreux journaux quotidien allemand, de nombreux périodiques et magazines, médias en ligne, les stations de radio et de télévision, les partis politiques et les gouvernements. DAPD a son siège à Berlin. »

DAPD, est en fait une nouvelle société créée à partir de DDR seule agence de presse autorisée en République démocratique allemande (RDA). Dans la grande braderie de la réunification Dr Peter Löw et Dr Martin Vorderwülbecke l’achètent. Nous avons les deux D , il manque AP pour faire le sigle complet des éventuels repreneurs de Sipa Press. AP c’est Associated Press Allemange, Autriche et Suisse, que les deux hommes achètent à AP il y a deux ans.

Brève lune de miel pour tout le monde et les ennuis commencent. Les deux hommes licencient à tour de bras en Allemagne, se débarrassent du bureau suisse au profit d’un accord avec l’agence télégraphique suisse. Passons sur quelques disputes avec leurs concurrents allemands et quelques démêlés avec les personnels licenciés.

« J’ai refusé 33 millions de dollars de Bill Gates »

« C’est catastrophique » s’exclame tout de suite Göksin Sipahioglu. Du flair journalistique, Monsieur Sipa n’en n’a jamais manqué. « Tu comprends, j’ai encore des antennes en Allemagne. Là-bas on m’a dit : ce sont les pires des pires ces messieurs ! » Il enrage au téléphone avec une fougue que les années n’atténuent pas dans les grands moments.

« Dans le dossier pour trouver un repreneur, Sud Communication n’a même pas fait état du formidable patrimoine de Sipa. J’ai racheté l’agence Delmas avec des négatifs de Raymond Depardon. On a acheté beaucoup de fonds photographiques… Ca vaut de l’argent ! Moi, j’ai refusé les 23 millions d’USD de Bill Gates pour que ce fonds reste en France ! Et là… ça va se passer comme avec Rapho Gamma ou Hachette qui a donné de l’argent pour qu’ils déposent le bilan. A qui ça va profiter tout ça ? Et comment ? Il y a l’agence des gens qui croient pouvoir toucher plus d’argent avec les allemands que leurs indemnités plafonnées… Ils vont déchanter. Il ne faut pas que cette affaire se fasse !»

Admettons que le « vieux turc » ait raison. DAPD, va créer DAPD-France, licencier du personnel, au moins la moitié de l’effectif, comme ils ont fait avec AP Germany. Ils pourront alors fournir à leurs 700 clients des images de la vie française et monégasque. Mais il leur manquera le texte… Sauf que ce n’est mystère pour personne que les rédacteurs et le bureau d’AP-France est à vendre.
Le coup de Sipa, pourrait être à double détente.

Michel Puech
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