EDITORIAL

Le photojournaliste Lucas Dolega sucombe a ses blessures à Tunis

Mis à jour le 15 janvier 2021 par Redaction

Lucas Mebrouk Dolega © Corentin Fohlen
Lucas Mebrouk Dolega © Corentin Fohlen

Lucas Dolega, un jeune photojournaliste de 32 ans travaillant pour l’agence européenne EPA victime d’un tir tendu de grenade vendredi 14 janvier est décédé ce lundi 17 janvier 2011. Le fil des évènements et le témoignage de ses confrères.

Alors que de violents incidents se produisaient ce vendredi après-midi à Tunis entre des manifestants et policiers anti-émeutes au croisement de l’avenue Bourguiba et de l’avenue de Paris, la police a semble-t-il été débordée.

 « à tir tendu »

Des policiers, dont certains en civil, se sont mis à tirer des grenades lacrymogènes « à tir tendu ».

L’un d’entre eux n’a pas hésité à viser le photographe , « à environ cinq mètres », selon l’un de ses confrères, alors qu’il s’était réfugié avec quatre autres confrères dans une rue adjacente.

Selon le témoignage de ses confrères photographes « c’est alors qu’il passait la tête pour voir où en était la situation qu’il a été touché par le projectile.»

Le photographe touché à la tempe gauche près de l’oeil, s’est alors mis à saigner abondamment et a été transporté à l’hôpital par un photographe français.

Selon le  picture desk  d’EPA contacté ce vendredi soir : « Lucas est hospitalisé à Tunis et on nous dit qu’il est maintenant dans un état stable. Il a été frappé à la tempe par une grenade lacrymogène et a dû subir une intervention chirurgicale d’urgence. Nous espérons qu’il sera en mesure de revenir à Paris dès que possible. »

« Lucas doit être auprès de sa famille »

Samedi 15 janvier 2011 17h00:

Dans un communiqué de presse diffusé par sa compagne Nathalie et sa famille précise :

« L’état de Lucas Mebrouk Dolega, 32 ans, photographe de l’agence de presse EPA, s’est dégradé pendant la nuit. Aujourd’hui, selon l’équipe médicale de l’Institut national de neurochirurgie de Tunis et un photographe présent à l’hôpital, Lucas «n’a pas de lésion au cerveau », mais « le pronostic vital est engagé», il est également possible que Lucas perde l’usage de son œil gauche.

Le photographe a été blessé hier lors d’une manifestation à Tunis, par un tir de gaz lacrymogène tiré à bout portant par un policier. Lucas a été touché au niveau de la tempe gauche, ce qui a occasionné une embarrure au niveau de l’orbite gauche, puis un traumatisme crânien.

Sa mère et son père sont actuellement à Tanger et remuent ciel et terre pour se rendre auprès de leur fils. Sa compagne, Nathalie, résidant à Paris, essaie par tous les moyens de le rejoindre également. Toutefois, l’annulation des vols par plusieurs compagnies aériennes, rend difficile voire impossible son départ pour Tunis.

En raison de l’urgence de la situation, sa famille demande donc qu’un vol spécial, avec une équipe médicale, soit affrété par le Quai d’Orsay dans la journée. Sa compagne et plusieurs de ses proches partent dans la prochaine heure pour Orly pour essayer de réserver un vol, auprès des compagnies qui continuent de desservir la Tunisie. Nous ne partirons pas de l’aéroport tant que sa famille ne sera pas auprès de lui !»

 Lucas Dolega serait toujours en vie

Dimanche 15 janvier 2011 19h00

La compagne et la famille de Lucas Mebrouk Dolega communiquent : « En réaction aux informations erronées publiées dans les médias, la compagne et la famille du photographe français Lucas Mebrouk Dolega précisent qu’il n’est pas décédé à ce jour, néanmoins son état est extrêmement critique. Nous attendons des évolutions. »

Lucas Dolega est mort

Témoignages de ses confrères

Lundi 17 janvier 18:55

Voici le communiqué de presse annonçant le décès de Lucas Dolega.
« Vendredi 14 janvier 2011, à l’issue de la manifestation sur l’avenue Bourguiba de Tunis, nous nous sommes retrouvés, entourés d’un groupe de manifestants, au coin de la rue Ghandi et de la rue de Marseille. La situation en ville était extrêmement tendue, avec des affrontements entre des petits groupes de manifestants et la police Tunisienne dans les rues autour de l’avenue Bourguiba et du ministère de l’intérieur. »

« A 16h 23, la police Tunisienne a tiré une grenade lacrymogène dans notre direction. Le projectile (un tube en aluminium d’une vingtaine de centimètres de long et d’environ 5 de diamètre), tiré d’une distance d’une vingtaine de mètres, à hauteur de tête en “tir tendu”, (plutôt qu’un “tir en cloche”, la technique correcte d’utilisation de cette arme), a percuté notre collègue Lucas Mebrouk Dolega à la tête. »

« Nous lui avons prodigué les premiers soins sur place, puis l’avons évacué, dans la voiture de collègues, dans les minutes qui ont suivi, d’abord à la clinique Le Secours, où l’état de Lucas a été stabilisé afin de permettre son transport, puis, par un habitant du quartier, à l’Hôpital Neurologique Rabta de Tunis. Lucas a été opéré sur le champ par le Professeur Djmal. L’opération s’est bien déroulée, et Lucas a été maintenu dans un coma artificiel. »

« Le diagnostic faisait état d’un hématome extradural frontal gauche, d’une hémorragie méningée, de l’orbite oculaire gauche fracturé, du sinus gauche fracturé, et d’une lésion au globe oculaire gauche. Son état, à l’issue de l’opération, était considéré stable mais critique. L’espoir était que Lucas survivrait tout en perdant son oeil. Dans la nuit suivant l’opération, l’état de Lucas s’est aggravé, et son coma s’est approfondi. Sa famille est arrivée à Tunis hier. »

« Lucas Von Zabiensky-Mebrouk, dit Lucas Dolega, s’est éteint ce matin 17 janvier, à l’hôpital Rabta. Il avait 32 ans. Nos pensées vont à sa famille et ses proches. »

Ce communiqué est signé des cinq photographes qui étaient avec lui au moment des faits : Matthias Bruggmann – Olivier Laban-Mattei – Remy Ochlik – Bruno Stevens – Pierre Terdjman

Michel Puech

Article publié dans la Lettre de la photographie, et dans le Club Madiapart le 22 janvier 2011

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