Sarah Caron

Mis à jour le 23 juin 2015 par Michel Puech

Land of the Pure. Jeune homme du village de Nathiagali, Khyber Pakhunkthwa Novembre 2007 © Sarah Caron

 

Michel Puech publie dans La lettre de la photographie, lettre quotidienne en français et en anglais.

 

Sarah Caron a publié fin 2010 deux livres sur le Pakistan. « Pakistan, land of the pure » un petit livre par le format, peuplé de grandes photos et « Le Pakistan à vif » un long récit-reportage t sur ce pays qui effraie et fascine l’occident. Le résultat des multiples séjours de cette photojournaliste qui travaille pour les plus grands journaux du monde.

La première fois que j’ai rencontré Sarah Caron, c’était le dimanche 30 août 2009 à Perpignan où elle était venue accrocher à Visa pour l’image « Talibanistan », une série d’images des talibans dans ce qu’il est convenu d’appeler « les zones tribales ». Ces contrées qui s’étalent le long de la « ligne Durand », cette frontière dessinée en 1893 par Sir Mortimer Durand et Abdur Rahman entre l’Afghanistan et le Pakistan. Elle revenait de son cinquième séjour au « pays des purs ». Aujourd’hui, à l’heure où vous lisez ces lignes, elle est quelque part, là-bas.

J’ai tout de suite été frappé par son côté « grande fille timide », tout à fait surprenant pour une baroudeuse de son acabit. Elle était fatiguée, amaigrie et peu bavarde. Pendant le dîner qui nous réunissait autour de Jean-Pierre Pappis, le patron de l’agence Polaris images qui distribue son travail, elle avait, néanmoins, dit modestement quelques mots sur les difficultés d’un reportage dans ces zones interdites aux occidentaux, particulièrement s’ils sont journalistes, et, encore plus du genre féminin.

En marchant dans les ruelles catalanes pour aller dîner, comme pour l’excuser à l’avance, Jean-Pierre Pappis m’avait confié discrètement : « Ca a été très dur ». En lisant « Le Pakistan à vif », j’ai compris que la réalité était bien plus dangereuse, que ce que je pouvais imaginer dans ce cadre estival d’un festival.

 

La parisienne de Peshawar

En décembre dernier, juste avant les fêtes, après avoir vu et lu ses livres, j’ai voulu revoir Sarah Caron. Nous avions rendez-vous à la brasserie Zimmer, place du Châtelet en plein centre de Paris, très loin de Peshawar. Sur l’instant je l’ai à peine reconnue. C’était elle cette jeune femme devant un thé ? Elle semblait tout droit sortie d’un bureau, une jolie parisienne, style femme d’affaires.

Une anecdote résume bien son étonnant personnage. Nous sommes en plein « talibanistan ». Il est minuit passé, elle doit sortir vite de cette zone très dangereuse. Son chauffeur fixeur s’arrête dans un village et lui pose sur les genoux un CF98, pistolet de calibre 9 mm, en lui précisant : « A cette heure, tu ne devrais croiser personne. Si quelqu’un s’approche et te parle, ce n’est pas normal, donc tu tires. C’est simple non ? »

Le temps passe, très lentement. Son téléphone sonne. Normal, à New York les gens sont au travail. Au même moment Sarah voit des ombres s’approcher du 4×4… Je ne t’entends pas bien lui dit son interlocutrice et commanditaire du reportage. « Tout va bien ? » « Tout roule ! » répond laconiquement la photojournaliste. Quand j’évoque ce passage de son livre, elle sourit. « Oh j’ai déjà tellement de chance d’avoir du travail en ce moment où beaucoup de mes confrères ont des difficultés. Je ne vais pas ennuyer les « picture editors » avec mes états d’âme ! »

En 2007, juste avant l’assassinat de Benazir Bhutto, Sarah Caron est avec elle dans la villa du sénateur Khosa à Lahore pour faire un portrait pour Times Magazine. Après la séance photo elle est invitée à rester dîner. Au dessert, l’assemblée apprend que Benazir Bhutto et tout ceux qui sont là, sont assignés à résidence par le président Musharraf ! C’est un scoop mondial !

Fin décembre de la même année, Sarah Caron a terminé une commande pour le « New York Times Magazine », Jean-Pierre Pappis lui dit qu’elle peut rentrer à Paris pour les fêtes, comme tous ses confrères. Mais elle veut assister au dernier meeting de Benazir Bhutto à Rawalpindi le 27 décembre 2007. « Oui, vous avez peut-être raison, mais soyez très prudente…/… Travaillez au téléobjectif…. » lui conseille « Jipi ». Le « blast » a lieu à 17h25, son chauffeur a été retardé par une fusillade. Elle va directement au Rawalpindi General Hospital où elle fait d’extraordinaires photographies des morts, des blessés et de leurs proches, avant d’être prise à partie, poursuivie et de manquer de peu d’être lynchée par une foule déchainée, ivre d’horreur.

 

Un excellent cru bordelais

« Sarah Caron ? Bien sûr que je me souviens d’elle ! Un vrai talent ! » s’exclame au téléphone Hugues Vassal, photographe notamment de la môme Piaf et co-fondateur de l’agence Gamma. « Un ami m’a dit d’aller voir son exposition à Bordeaux. C’était il y a longtemps… J’ai tout de suite vu qu’elle avait l’œil et je l’ai envoyée à Gamma voir Floris de Bonneville» me raconte ému le vieux briscard. « Je suis touché qu’elle se souvienne de moi. Elle partait à Cuba. Je lui ai donné quelques vieilles recettes. »

On est en 1994, Sarah Caron travaille en N&B à Cuba. C’est son premier « grand reportage » depuis la fin de ses études de lettres et de civilisation hispanique. Elle est née en 1970. « J’étais très socio-antropologue à l’époque » précise-t-elle. « Je n’étais pas encore journaliste, mais par contre, enfant, mes parents m’emmenaient tout le temps dans les musées. J’adorais ça. J’avais donc une formation visuelle».

« Pendant trois ans je « fais Cuba » pour Gamma, puis je rencontre Christian Caujolle en 1998, et je vais à VU’. Je redeviens freelance. Je passe un an à Cosmos, un an à Corbis, un an chez Getty avant que Jean-Pierre Pappis m’appelle. On a commencé à travailler ensemble il y a quatre ans et depuis tout va bien. »
A Perpignan, en 2009, elle m’avait confié après le dîner en retournant à l’hôtel qu’elle savait pouvoir compter sur son agence. « Quand on a un problème à l’autre bout du monde, c’est très important » avait-elle ajouté avec la discrétion qui la caractérise.

Michel Puech

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Publications
Pakistan / Land of the pure by Sarah Caron, préface d’Alain Genestar et postface de Dimitri Deck (français-anglais) – Editions Jean-Claude Gawsewitch 2010

Le Pakistan à vif de Sarah Caron, préface de Caroline Mangez – Editions Jean-Claude Gawsewitch 2010

Links

http://www.sarahcaron.fr
http://www.polarisimages.com