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Syrie: Emin Özmen, le prix de la guerre

Said Ahmed Hussein (23 ans), prisonnier afghan, reste muré dans le silence dans la prison de Jibha al-Shamiya située à l'est d'Alep. Il a été fait prisonnier par l'Armée Syrienne Libre en octobre 2014 à Almallah, au nord d'Alep. Alep - SYRIE 03/05/2015 Quand je suis arrivé dans leur cellule, j'ai vraiment été marqué par leurs regards infiniment tristes. Ils avaient les yeux plongés dans le vide et ne bougeaient pas. Une odeur tenace d'humidité régnait dans la pièce. On les avait habillé avec de nouvelles chemises, comme s'il fallait qu'il soient présentables pour l'interview ou pour montrer qu'ils étaient bien traités. Ils nageaient dans ces chemises, bien trop grandes pour eux. Cette photo a été prise après l'interview. Je suis resté 1h ou 2 avec eux, dans le silence le plus complet. Ils ne m'adressaient la parole que pour me demander des cigarettes. Ils ne s'arrêtaient pas de fumer. Alors je me suis assis et j'ai fumé avec eux, toujours dans le silence. Apres un moment, il fallait que je parte pour prendre des photos a Alep. Apres leur avoir laissé mon paquet de cigarettes, nous nous sommes serrés la main, sans un mot. Et je suis parti.
Said Ahmed Hussein (23 ans), prisonnier afghan, reste muré dans le silence dans la prison de Jibha al-Shamiya située à l’est d’Alep. © Emin Ozmen / Le Journal / Sipa

Depuis 2011, le photographe Emin Özmen documente la « crise migratoire ». En Syrie, en 2013, il photographie les premières décapitations. L’an dernier le public de Bayeux lui décerne le Prix Photo-AFD. Cette année l’International Photography Award (IPA) le distingue.

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