L’hommage à Brigitte Huard de Jean-Pierre Laffont

City of Millbrook, New York, Rockefeller University, December 1st 1985. The bird song is digitized to be then carefully analized and compare the various sound waves for each species. © JP Laffont

C’est avec beaucoup de tristesse que j’apprends la mort de Brigitte Huard, éditrice fidèle, devenue une amie au cours des années. Je me souviens en particulier de deux reportages que j’ai faits pour elle pendant les années où elle était la directrice de la photographie du Figaro Magazine.

En septembre 1981 Brigitte Huard m’a envoyé à Hong Kong pour photographier l’homme le plus riche du monde. A l’époque Monsieur Y.K. Pao, de son vrai nom Pao Yuekong était à la tête de la plus grande compagnie de fret maritime du monde. J’ai su par la suite que ses milliers de bateaux appartenaient à la République de Chine et qu’il n’en n’était que le mandataire.

En arrivant sur place son secrétaire m’a informé que je devrai attendre une semaine car il était en Chine. Je n’ai jamais été aussi bien traité de toute ma carrière de photographe. J’avais à ma disposition une suite gigantesque avec deux chambres à coucher, salon et cuisine, vue imprenable sur le port de Hong Kong au dernier étage de l’hôtel Mandarin. L’hôtel appartenait aussi à Monsieur Y.K. Pao. Une voiture, avec chauffeur, était à ma disposition pour mes déplacements… Je connaissais déjà la ville et la semaine est passée très vite à photographier les ports de la ville.

Le jour de son retour à Hong Kong, une voiture est venue me chercher à l’hôtel. A cette époque j’avais trois grosses valises d’équipement… J’ai ainsi fait en Rolls royalement les 300 mètres qui séparaient l’Hotel Mandarin des bureaux de Y.K. Pao. Il m’attendait avec un interprète et j’ai précisé ce que je voulais de lui.

Tout s’est passé en deux jours. Lui à son bureau, devant une carte du monde où tous ses bateaux étaient représentés par de minuscules maquettes aimantées que des assistants déplaçaient au fur et à mesure que leurs nouvelles positions étaient signalées.

Il habitait Deep Water Bay de l’autre côté de l’Ile et ne voulait pas que je photographie sa maison, ni sa famille. Je l’ai donc attendu vers 6h du matin quand il prenait un tout petit esquif pour aller de sa plage à son yacht. Evidemment c’était une « plaque », l’armateur le plus puissant du monde dans cette si petite embarcation ! Il arrivait ainsi tous les matins à son bureau sur son yacht.

Mais la photo que Brigitte a préférée c’est Y.K. Pao qui allait à pied du débarcadère à son bureau, à pied, il faisait quelques mètres, anonyme dans cette foule qui ignorait qu’elle côtoyait l’homme le plus riche du monde !

Hong Kong, China – September 25, 1981. Picture of Y.K. Pao taken walking through a crowded street of Hong Kong, wearing a suit and briefcase. Y.K. Pao (November 10, 1918 – September 23, 1991) was founder of the World-Wide Shipping Group that by the mid 1970’s had become the largest shipping company in the world. ©Jean-Pierre Laffont

Je me souviens que Brigitte avait accepté mon idée de photographier l’incroyable Docteur Grossman du Centre des brûlés de l’hôpital Sherman Oak de Los Angeles. Ce reportage était long, il fallait travailler un mois. Je devais suivre l’arrivée aux urgences d’un grand brûlé puis assister à son opération et aux greffes mises au point par le Docteur Grossman.

C’est aux pompes à essence des stations-service que les accidents survenaient le plus souvent. Où, les conducteurs continuaient de fumer, ou pire, ils n’arrêtaient pas leur moteur en faisant le plein ! Brigitte a fait de nombreuses pages avec ce reportage en 1983.

En 1985 alors qu’elle travaillait à Ça m’Intéresse, je lui ai proposé un reportage étonnant. Je me souviens de son enthousiasme quand j’ai photographié les travaux du Rockefeller University à Millbrook près de NYC. Les chercheurs avaient découvert les preuves de la communication des oiseaux entre ceux d’une même espèce et d’une même région géographique. Ils enregistraient des cris d’oiseaux dans certaines circonstances et analysaient sur des oscillographes cathodiques les sons pour comprendre les messages des oiseaux de leur région.
C’était passionnant et les recherches continuent encore aujourd’hui sur les langages d’autres espèces.

Passionnée par nos photos qu’elle exposait si bien dans les pages du Figaro Magazine puis de Ça m’intéresse, Brigitte était toujours souriante et encourageante. Elle est restée fidèle à ses amitiés et nos rencontres furent toujours si agréables.

J’ai eu la chance de lui dédicacer le 20 septembre 2014 mon livre « Le Paradis d’un Photographe » à Paris, dans le quartier d’Alésia.

Il n’y a plus beaucoup de directeur de la photographie comme toi Brigitte !
Nous pensons à toi…

Jean-Pierre Laffont

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