Roland Michaud passe sa dernière douane

Roland Michaud en Laponie. Photographie de 1950. ©Michaud / AKG Images

Le 26 mai 2020, à l’âge de 90 ans, Roland Michaud, époux de Sabrina, est décédé à Paris. Ecrivain, photographe, voyageur, le couple a fait découvrir l’Afghanistan à des générations de photographes. Un maître de la lumière.

© Michaud / AKG Images

Durant ces années 60/70 où les David Douglas Duncan, Horst Faas, Nick Ut, Don McCullin, Gilles Caron ont marqué, à vie, nos mémoires avec l’horreur des guerres du Biafra, de Chypre, du Vietnam sans oublier les atrocités du conflit palestinien, quelques photographes nous ont montré la beauté du monde.

Roland Michaud fut de ceux-là. Quand Nicolas Bouvier nous ouvre la voie vers l’Afghanistan, à coup de mots, Roland Michaud, avec ses photos, nous invite à rencontrer ces hommes à faces de montagnes et ces sommets enturbannés de neige et de nuages. On rêve en feuilletant les premiers magazines photo qui publient les reportages de Roland et de Sabrina.

« Les Michaud » comme tous les appelèrent sans distinction de mérite ou de qualité, ont permis à des générations de jeunes gens de rêver de cet ailleurs que les bottes impérialistes de la soldatesque russo-américaine n’avaient pas encore souillé.

Les photos de Roland Michaud, comme celles, très différentes et d’autres lieux, d’Hans Silvester ont été des sourires dans ces années 70 qui étaient loin d’être aussi « peace & love » qu’on l’écrit trop souvent aujourd’hui.

Roland Michaud, était un écrivain photographe voyageur, pour reprendre les termes de Michel Le Bris à propos de Nicolas Bouvier.

Sabrina Michaud lors de l’Expédition Zig Zag” à travers l’Afrique de 1960 à 1962 avec son mari, le photographe Roland Michaud, avec sa 2CV “Zafric” devant le Kilimandjaro en Tanzanie (Afrique de l’est).
Photo, 1960/62.

Les photographies de Roland Michaud ont influencé des générations de reporters.  « C’était un homme généreux, le professeur comme certains d’entre nous l’appelaient » dit le photographe François Guenet qui l’a connu en 1978 à Calcutta.

« L’homme à la rose, la vision pacifiste de l’Orient, de l’Islam. Ce sont les Michaud qui m’ont donné envie d’aller là-bas… » confie le grand reporter Noël Quidu. « A l’époque, l’Afghanistan passait pour un pays de paix. Sabrina et Roland Michaud ont vu la paix dans le cœur des afghans. On était sur le rêve des années 70 qui était hélas une chimère. »

« On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait [1] » a écrit Nicolas Bouvier. On peut dire la même chose pour la photographie. On croit regarder des images, et ce sont les photographies qui font de nous ce que nous sommes.

© Michaud / AKG Images

Si les premières expéditions des Michaud ont été largement financées par le National Geographic, en France, c’est Géo qui va les faire connaître du grand public. « Quand j’ai commencé Géo France, nous devions reprendre 60% des publications de Géo Allemagne qui travaillait essentiellement avec Magnum. » raconte Robert Fiess, ancien directeur de Géo France. « Comme je souhaitais avoir une production plus française nous avons travaillé avec Rapho à l’occasion des reportages des Michaud. Ensuite Chantal Soler, avec son intelligence et son doigté, nous a fourni d’autres reportages. »

« Je crois me souvenir que le premier sujet que j’ai présenté à Géo était La grande caravane » se souvient Chantal Soler, qui continue aujourd’hui de s’occuper de la promotion et des publications de Sabrina et Roland Michaud. « Je ne peux pas dire combien j’ai vendu les Michaud » confie-t-elle « c’étaient des sommes impensables aujourd’hui, en particulier à Paris Match. »

« Mais la plus belle exposition que j’ai organisée pour eux, c’est à L’Œil en Seyne à la Villa Pacha de Tamaris (Var) dont le directeur était le charmant Robert Bonaccorsi. Le festival L’Œil en Seyne était organisé par la photojournaliste Micheline Pelletier et par Jacqueline Franjou. Nous avons exposé 220 photographies des Michaud, tirées par Central Color. C’est l’exposition qui a rassemblé le plus grand nombre de visiteurs dans cet endroit magique. Et il y a eu un très beau catalogue. »

 

Roland Michaud à Cox’s Bazar au Bangladesh en juin 2011. ©zeppelin

« La venue du grand âge nous accorde le privilège de contempler notre propre vie avec le recul nécessaire pour la mieux comprendre. Des expériences vécues souvent sans lien apparent s’avèrent, au fil du temps, cohérentes pour donner du sens à ce qui n’en avait pas. Que serait l’existence sans le mystère de l’existence ? …/… »

« Ce petit garçon, Roland, deviendra photographe, essaiera d’écrire avec la lumière et sera toute sa vie un grand voyageur. L’Asie, destination d’une vie bien remplie, celle d’un homme qui épouse son destin. Voyager n’est peut-être rien d’autre que tourner en rond puisqu’on ne rencontre finalement que soi-même. La photographie ne serait qu’un art trompeur, le mot « image » a pour anagramme « magie ».[2]

Michel Puech

Lire la biographie de Roland et Sabrina Michaud

Notes

[1] in « L’usage du Monde » Petite Bibliothèque Payot Édition d’août 1997 Illustré des dessins de Thierry Vernet Collection Voyages dirigée par Michel Le Bris

[2] in introduction de « Voyage en quête de lumière » de Roland et Sabrina Michaud aux Editions de la Martinière 2015

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