CORONAVIRUS Laurent Ferrière : « …il faut ouvrir les portes des chapelles entre auteurs, photographes rémunérés à la pige. »

Laurent Ferrière

 

 

A l’œil a envoyé une série de trois questions à des photographes pour connaître la situation face à cette guerre mondiale et sanitaire. Aujourd’hui, les réponses de Laurent Ferrière.

 

Photographe installé à Oloron-Sainte-Marie dans les Pyrénées-Atlantiques à proximité de l’Espagne (Aragon, Pays basque sud), Laurent Ferrière travaille sur l’ensemble du sud-ouest de la France ainsi que dans plusieurs régions qu’il connaît bien comme la Manche (Cotentin) où il se rend régulièrement, la Suisse etc.

Avec plus de 20 ans d’expérience dans le domaine de la photographie, de ses usages, il répond aux commandes de la presse nationale et étrangère, l’édition, la communication visuelle. Son travail pour la presse est diffusé par le Studio Hans Lucas ainsi que par l’agence Sipa Press.

 

1/Votre santé est-elle affectée par le virus ? Depuis quand êtes-vous confiné(e) et dans quelles conditions ?

Directement liée au virus, ma santé n’est pas affectée. Elle retarde juste des choses simples comme changer de lunettes ou un bridge dentaire. Je n’ose pas imaginer l’embouteillage chez les spécialistes quand nous en serons sortis.

Confiné dès le début au pied des Pyrénées, dans le sud-ouest, mais dans d’excellentes conditions : de l’espace dans la maison, jardin, balade aisée dans la campagne à moins de 100 m de la maison… Il m’est facile d’aller un peu partout, de cuisiner, de mettre une chaise longue sur l’herbe et désolé pour les amis coincés en ville.

2/Avez-vous cessé de travailler sur le terrain, sinon comment vous protégez-vous ? Si vous ne travaillez plus en extérieur que faites-vous ?

J’ai la chance d’un point de vue sanitaire, d’être sur un territoire (pour le moment) très peu impacté par le Covid 19 mais les sujets pouvant être traités, trouvent peu d’intérêt pour les rédactions nationales qui regardent ce qui se passe dans le Grand Est, l’Ile-de-France, le sud-est…

Je suis sorti très peu en reportage. Lourdes, dont je suis un des meilleurs connaisseurs, pour montrer déserte la deuxième ville hôtelière de France avec quelques parutions par mes diffuseurs : Hans Lucas et Sipa Press. J’entame une série avec les agriculteurs qui maintiennent leur activité. Pour ces reportages, le risque est très peu élevé car pas de contacts directs ou à distance. Imaginez Lourdes totalement vide ou d’aller photographier un paysan en montagne à plusieurs mètres. Autant dire que mon activité a baissé de 80% sans oublier des cours que je devais donner à Carcassonne…

J’en profite pour indexer des photos qui dorment sur les disques durs, repenser mon site Internet et réfléchir déjà à l’après en faisant peut-être plus de corporate. C’est un temps aussi où j’aide quelques collègues plus jeunes ou moins aguerris…

En parallèle, deux projets de livres dont un avec un éditeur sur « vivre du métier de photographe » et un projet d’auteur. C’est aussi le plaisir de voir le travail des copains et copines être publiés ici ou là, puisque fort heureusement la presse continue à paraitre. Je devrais peut-être penser à « agent de photographes » mais à distance, ce n’est pas sérieux et c’est de l’humour.

3/Quelles sont pour vous les conséquences financières ? Quelles relations avec vos clients ? Et pensez-vous bénéficier d’aides ?

Sans tomber dans le pessimisme, les conséquences financières seront redoutables pendant deux, trois mois sans doute. Mes relations avec la presse restent toujours aussi bonnes mais comme je l’ai dit avant, je vis sur un territoire du sud-ouest où la crise sanitaire est relativement éloignée mais même en corporate, les revenus sont inexistants.

Donc c’est la patience et un regard vers l’été pour se dire que les commandes vont revenir. En ces mois de mars et avril, j’avais déjà plusieurs sujets que je couvre habituellement à Lourdes, sur des hippodromes…

Tout est annulé mais je veux rester optimiste et me dire que l’on pourra peut-être innover et trouver de nouveaux modèles économiques comme avec l’information sur le web où les photographes ne sont pas encore suffisamment rémunérés. Aussi difficile soit cette période pour les pigistes photographes, on voit l’importance du regard des photographes professionnels et éventuellement de leurs structures de diffusion dont Hans Lucas pour moi.

Les aides financières, après calcul, je n’y ai pas droit ou dans une logique d’usine à gaz redoutable. Pour avoir été quelque temps, au Bureau national du SNJ et administrateur de l’UPP, j’en profite pour dire qu’il faut avancer et ouvrir les portes des chapelles entre auteurs, photographes rémunérés à la pige car désormais on vit de ces deux régimes. Il faut trouver des solutions globales et ne pas espérer ici un bout d’aide, là Audiens en apporter une autre…

Aux groupes de presse et employeurs de trouver aussi des solutions d’indemnisation. Sur une année comme 2019, j’ai dû travailler en France avec 15 à 20 rédactions différentes dont on imagine la difficulté à réunir même un dossier Pôle emploi et je n’y tiens pas car on est photographe avant tout, pour gagner sa vie de son travail et pas dans un sport national de la course à l’aide…

Propos recueillis par courriel le 10 avril 2020

MP

 

Site officiel de Laurent Ferrière : http://laurentferriere.com/

Notre série CORONAVIRUS

 

 

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