« La photographie fait des histoires » de Martine Ravache

Paris 17 octobre 2019 – A la galerie de l’agence Vu’, Martine Ravache présente son dernier ouvrage. De gauche à droite : Jane Evelyn Atwood, Martine Ravache, Mireille Calle-Gruber. Photo ©Geneviève Delalot


Diplômée de l’Ecole du Louvre, Martine Ravache est historienne de l’art, commissaire d’exposition, spécialiste de la photographie qu’elle a pratiquée plus de vingt ans comme iconographe dans la presse et l’édition. Elle publie « Regards paranoïaques » aux éditions du Canoë.

 

Paris 17 octobre 2019 – A la galerie de l’agence Vu’, Martine Ravache présente son dernier ouvrage. ©Geneviève Delalot

C’est un livre rare. Ce que j’appelle un « vrai livre ». Un ouvrage dont l’écriture et l’édition ne sont commandées que par le cœur, par la passion de la photographie. « Regards paranoïaques » … Quel drôle de titre !

« Le mot paranoïa n’est pas ici à entendre au sens pathologique mais plutôt dans son acception vulgaire, à la manière du cinéaste Robert Bresson lorsque celui-ci s’interrogeait, dans ses « Notes sur le cinématographe » *, sur le nom de l’auteur de cette fameuse citation : « Un seul regard déclenche une passion, un assassinat, une guerre. ». Un simple coup d’œil peut effectivement valoir possession amoureuse ou agression policière. Regarder n’est pas seulement voir. Il faut distinguer l’œil du regard. » écrit Martine Ravache dans son introduction. Pour ma part, je préfère le sous-titre « La photographie fait des histoires ».

Des histoires, Martine Ravache en a écrit sept sous forme de nouvelles nées de rencontres avec des photographes ou des photographies. De l’étonnant anniversaire de Gisèle Freund aux portraits d’identité de Markus Hansen, du profil de Julia Margaret Cameron au baiser de l’hôtel de ville de Robert Doisneau, de Laurence et Dominique Sudre nus, au cadavre de Pierre Overney en passant par le déjeuner noir et blanc et/ou couleur de Jacques-Henri Lartigue à la femme borgne d’ Henri Cartier- Bresson, Martine Ravache nous dévoile ses émotions, ses regards intimes et cultivés face à des œuvres connues, parfois trop connues pour être comprises. Avec elle, le regard est un pinceau qui éclaire notre intérieur devant l’image. Pudique mais sans concession, elle analyse l’image et nous fait découvrir nos propres regards.

Il y a plus de trois ans que Martine Ravache me sollicita pour retrouver l’auteur oublié de la photographie d’un autre oublié, Pierre Overney. Que diantre voulait-elle au camarade Christophe Schimmel ? Elle m’expliqua mais je ne compris pas. Avec son ouvrage, j’ai redécouvert une des terribles images de la mort de ce jeune militant à la porte Emile Zola des usines Renault. Je n’y avais vu qu’un simple cliché, dérangeant, un constat de police en quelque sorte. Grâce à la nouvelle où elle le met en parallèle avec une photo du couple Sudre posant nu sans rien dévoiler, Martine Ravache nous raconte en deux images toute une époque, celle de la jeunesse des babyboomeurs.

Un livre, magnifiquement préfacé par Mireille Calle-Gruber, édité par Colette Lambrichs des éditions Canoë; à déguster cet automne au coin du feu.

Michel Puech

Ecouter en podcast l’entretien avec Martine Ravache

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Regards paranoïaques, « La photographie fait des histoires » de Martine Ravache
Préface de Mireille Calle-Gruber – Edition du Canoë 320 pages 24€

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