2019, l’année Chauvel

Bayeux le 7 oct. 2015 – Patrick Chauvel – Photo (c) Geneviève Delalot pour A l’oeil

Une exposition à Visa pour l’image à Perpignan, une autre à la Maison de la Radio à Paris et, cerise sur le gâteau, deux récompenses dans le cadre du Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre, Patrick Chauvel est comblé pour son anniversaire.

Syrie, la fin de Baghouz. Les regards des djihadistes capturés en disent long sur leur état d’esprit, “c’est la première fois que les gens en face sont aussi mes ennemis” dit Patrick Chauvel a propos de ce reportage.

A le voir, on ne le croirait pas, mais Patrick Chauvel, photographe de guerre, écrivain, documentariste et merveilleux conteur a fêté le 7 avril dernier ses 70 ans ! Pourtant, il court toujours les fronts, là où sifflent les balles, explosent les obus de mortier, les voitures, les drones et les hommes kamikazes.

Depuis son premier conflit, la guerre des Six Jours en 1967 entre Israël et les armées arabes, il n’a jamais arrêté. Vietnam, Liban, Cambodge, Afghanistan, Salvador, Tchétchénie, Irak, Libye, Panama, Syrie… Impossible de citer tous les endroits meurtriers par où il est passé et parfois revenu avec dans le corps une balle, un éclat d’obus ou quelques mètres d’intestin en moins.

Longtemps, la profession l’a pris pour un fou, une tête brûlée, un inconscient. Il a lui-même entretenu l’idée qu’il était un mauvais photographe. Néanmoins l’exposition de ses photos sur 50 ans de conflits présentée à Perpignan puis à Paris dément le portrait du dandy baroudeur qu’il entretenait parfois à coup de répliques cinglantes et de démarrage sur les chapeaux de roues au volant de sa Ford Mustang.

Patrick a beaucoup de talent, celui de nous ramener des images qui peuvent nous empêcher de dormir et celui de les commenter sans détour. Des images de ce monde cruel sur lequel il jette un œil attentif et sélectif.

Sa devise est de tout photographier, mais de ne pas tout montrer, notamment ce qui pourrait induire en erreur. Il raconte volontiers que durant la bataille de Mossoul (octobre 2016 à juillet 2017), il a photographié des soldats en train de jouer au foot avec la tête décapitée d’un ennemi. On ne verra cette photo que dans quelques années, quand elle n’aura plus d’incidence sur l’histoire immédiate mais témoignera pour la grande Histoire de la folie des hommes.

Un grand père, Jean Chauvel (1897-1979) ambassadeur de France, un père Jean-François Chauvel (1927-1986) engagé à 15 ans dans la résistance aux nazis puis journaliste à l’AFP et grand reporter au Figaro et à la télévision, ami de Lucien Bodard, de Jean Lartéguy, et de Joseph Kessel chez qui Patrick a vécu un an, un oncle Pierre Schoendoerffer, cinéaste, réalisateur de films, notamment de La 317ème Section, et du Crabe-tambour et qui jeune militaire s’est porté volontaire pour sauter en parachute sur Diên Biên Phu quand tout était perdu… N’oublions pas sa mère corse qui rencontre son père pendant la résistance.

Patrick est un cas unique dans le monde du journalisme mondial. Il n’est pas tombé dans la bassine des correspondants de guerre, il est né de la guerre où se côtoient le pire et le meilleur de l’humanité. Et dans cette opposition, ce n’est pas le pire qui l’intéresse le plus comme ses images pourraient le laisser penser. Il documente la guerre mais se nourrit du meilleur qu’elle produit chez les hommes.

Le jeune homme fougueux est devenu un homme sage. Un homme soucieux de transmettre avec réalisme à la jeune génération ce que lui a appris son métier. Un homme soucieux que le monde n’oublie pas son histoire, même et surtout, quand il n’y a pas lieu d’être fier.

Alors grâce à quelques généreux mécènes suisses – où sont les français ? – et l’intelligence du Mémorial de Caen, la Fondation Patrick Chauvel va disposer d’une exposition permanente où seront montrés cinquante ans de conflits pour lesquels Patrick Chauvel a risqué tant de fois sa vie. Mais pas seulement ! On verra également les photographies de la guerre du Vietnam faites par les vainqueurs, « Ceux du Nord ».
Bravo et merci Patrick Chauvel !

Michel Puech
www.puech.info

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Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre 2019

Patrick Chauvel a remporté le 1er prix dans la catégorie professionnel et la catégorie prix du public pour son reportage réalisé en freelance pour Paris Match : Syrie, la fin de Baghouz

Exposition à la Maison de la Radio

Accès libre par le Hall Seine de la Maison de la radioUne exposition réalisée par franceinfo et Direction de la Musique et de la création de Radio France. En partenariat avec Visa pour l’image, festival international de Photojournalisme.

Livres de Patrick Chauvel

  • Les Pompes de Ricardo Jesus publié aux Éditions Kero
  • Rapporteur de guerre publié chez Oh! Éditions
  • Sky publié chez Oh! Éditions
  • Ceux du Nord publié chez Les Arènes-Fondation Patrick Chauvel

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