Une voix s’est tue : Jean-Pierre Farkas est décédé

Jean-Pierre Farkas en 1981
(c) Bernard Charlon / Gamma-Rapho

« Le dernier grand bavard du siècle dernier » comme il se présentait en 2007 est décédé le 5 avril 2019 à 86 ans. Il était né le 1er janvier 1933 à Ménilmontant d’un père d’origine hongroise. Infatigable, intègre et généreux journaliste, il a marqué tous ceux qui l’ont croisé dans les rédactions qu’il a fréquentées : RTL, Paris-Match, Combat, Sygma, Elle, Le journal du Dimanche, France Inter etc.

En novembre 1978, pour le mensuel Presse Actualité dirigé par Yves L’Hers je l’avais rencontré à la rédaction de ELLE alors qu’il la quittait pour le Journal du Dimanche. Je reproduis ci-dessous mes notes car je ne trouve pas trace de la publication.

« Je reviens à l’actualité. Je vais foncer. C’est ma vie »

Jean-Pierre Farkas est depuis le mois de décembre 1978 le nouveau patron du Journal du Dimanche. 45 ans, une carrière déjà longue mais une fringale du métier de journaliste comme on n’en rencontre finalement pas tant qu’on croit.

Farkas, est pour moi l’homme de radio barricades. Le mois de mai 68 bat son plein, Jean-Pierre Farkas est à RTL. Il passe à l’antenne les papiers de ses reporters plantés à l’ombre des barricades. C’est la première révolution en direct. (Ndlr: le Facebook de l’époque !)

Après, il part aux USA comme correspondant pour RTL et Paris-Match, revient pour relancer Combat mais c’est un fameux titre : Silence on coule. Il se refait à l’agence de photo Sygma, puis à RMC et enfin en février 1976 il est à ELLE. (Ndlr: qu’il quitte au moment de l’entretien en novembre 78)

« Je serai parti de toute façon au printemps prochain. J’ai rempli mon contrat : caller les ventes. redonner l’envie de jouer à cette rédaction… Mais maintenant, il faut une femme dans ce journal. Moi, je sios quand même encombré d’être un homme. »

Premier plan: une quarantaine grisonnante et échevelée style bucheron des Cévennes, chemise à carreau en pilou et pantalon de velours marron. Un mot vient tout de suite aux lèvres et il le revendique : « je suis un débraillé ».

Deuxième plan : les plannings du journal ELLE et « ses » couvertures. Des fringues, des couleurs pastel, des « minettes » à la mode. Jean-Pierre Farkas, c’est un ours dans un magasin de dentelles. Il s’agite, parle d’ELLE et « d’elles qui font ELLE ».

« Au début, on a eu du mal à se comprendre. Je parlais mais elles ne voyaient rien… Maintenant on s’aime. Il y a cinq minutes, les petites de la mode sont venues boire un coup dans mon bureau…. Il m’aurait fallu un peu plus de temps pour faire encore deux trois choses ». Mais ELLE, s’est fini pour lui.

Il se lève, marche de long en large, s’énerve, s’emballe, s’enthousiasme en appel à Paris-Presse, au journalisme américain, à la radio… Jean-Pierre Farkas est déjà au Journal du Dimanche. (Ndlr: Il succède en décembre 1978 à Jacques Imbert et sera remercié l’année suivante.)

« Je reviens. Tu comprends ? Je reviens à l’actualité. Je vais foncer ». Et puis, tendre, ours câlin, il ajoute « Je reviens aux bouclages, aux dépêches, aux mecs envoyés le matin pour le bouclage du soir… C’est ma vie ça ! ». Il rigole. « Dans deux mois je ne dirais peut-être pas la même chose. »

Je m’inquiète des changements, des futures transformations, du ton du JDD… Il repart comme un boulet de canon. « Le Journal du Dimanche c’est un quotidien que tu as le temps de penser pendant une semaine. C’est aussi un quotidien que les lecteurs ont le temps de lire. Mais attention : les ventes se font entre 8 heures et midi et demi. Après c’est foutu. C’est un journal de manchette parce que tu es aussi frais que le bulletin radio de 9 heures ! Bon, maintenant… Casse toi j’ai du boulot. »

Michel Puech
Entretien pour Presse Actualité, mensuel du Groupe Bayard en novembre 1978

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