Le conflit entre Marie-Laure de Decker et Gamma est terminé

  •  A droite la couverture du catalogue de l’exposition de Marie-Laure de Decker à la MEP (photo ML de Decker), a gauche François Lochon le 6 avril 2010 (photo Michel Puech)

A quelques mois du 50ème anniversaire de la création de l’agence photo Gamma, le conflit qui opposait depuis 2012, deux personnalités historiques de l’agence a pris fin, mais la réconciliation n’est pas en vue.


Maître Thierry Levy, avocat de la célèbre photographe de l’agence Gamma, Marie-Laure de Decker, avait jusqu’au 4 mai 2016 pour se pourvoir en cassation contre l’arrêt du 19 février 2016 condamnant sa cliente à payer 1000 € à l’agence Gamma-Rapho qui en demandait 60 000 !

Le 10 juin dernier, le directeur du greffe a signé le certificat de non pourvoi en cassation. Fin de la « guéguerre » entre les deux photographes de l’agence.

L’affaire avait débuté le 5 juin 2012. Marie-Laure de Decker attaquait Gamma-Rapho en référé pour obtenir, entre autres, la restitution de toutes ses photographies, quel qu’en soit le support, et en particulier 770 scans mentionnés par François Lochon dans un courriel. Le patron de Gamma-Rapho espérait la faire revenir à l’agence qu’elle avait quitté peu avant la faillite du Groupe Eyedea, dernier propriétaire de Gamma. (Lire nos différents articles sur le sujet)

Furieux d’être attaqué en justice par son ex-consoeur, François Lochon avait immédiatement contre-attaqué en portant plainte contre Marie-Laure de Decker pour la publication sur Facebook de scans appartenant à l’agence Gamma-Rapho.
En effet, si les photos scannées sont bien celles de la photographe, les scans ont été réalisés par le personnel de l’agence sur le matériel de l’agence. Droit de propriété oblige.

Sur le fond et en particulier sur la propriété de ces 770 scans, le tribunal s’était déclaré incompétent et avait, dans la première affaire, condamné le 4 septembre 2012 Marie-Laure de Decker à payer 5000 € de frais de justice à François Lochon.

Dans le second procès, le 19 mars 2013, le tribunal avait également condamné la photographe à payer à Gamma-Rapho 5000 €, en plus des 5000 du premier procès, puis à 1000 euros en appel….

Il paraît donc raisonnable que Marie-Laure de Decker et son conseil n’aient pas poussé le bouchon plus loin. Le droit de propriété étant solidement ancré dans le droit français, la bataille était perdue d’avance.

Tous les professionnels qui connaissent les us et coutumes, régissant les relations entre les photographes et les agences diffusant leurs images, ne comprenaient pas cette « guéguerre » qui a pourtant émotionnellement agité le microcosme du photojournalisme français.

Une pétition de soutien à la photographe a même recueilli 9000 signatures dont celles de quelques personnalités qui n’ont sans doute pas pris la peine de lire le dossier.  Il faut dire qu’autant Marie-Laure de Decker bénéficie d’une incontestable aura dans le milieu, et ce malgré son indulgence pour Hissène Habré, autant François Lochon a le don de se faire des ennemis !

Pour autant, à l’aube du 50ème anniversaire de la création de l’agence Gamma (novembre 1966), la réconciliation n’est pas à l’ordre du jour. François Lochon a espéré trouver un accord jusqu’au moment du bouclage de l’ouvrage qui sera publié à cette occasion le 3 octobre prochain par les Editions de La Martinière.

« Elle voulait bien être dans le livre si je lui remboursais tout ce à quoi elle a été condamnée…. Ce n’est légalement pas possible ! » précise François Lochon. « Je lui ai donc proposé de diffuser ses photos sans commission d’agence jusqu’à concurrence de la somme. Mais elle a refusé… »

« J’aime beaucoup l’œuvre de Marie-Laure, mais il ne faut quand même pas se foutre de ma gueule. » conclut-il dans un grand éclat de rire.
Michel Puech

 

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