World Press Photo: quand tenir l’objectif laisse des cicatrices

UKRAINE. Kiev. An Orthodox priest bless the protesters on a barricade. On february 20th, unidentified snipers open fire on disarmed protesters as they was advancing on Instituska street. According to an official source, 70 protesters were shot dead. Ukrainian riot police claimed that several policeman were wounded or shot dead by snipers aswell. An unofficial source said that snipers opened fire on the police and protesters at the same time in order to provoke both camps.
UKRAINE. Kiev. An Orthodox priest bless the protesters on a barricade. On february 20th, unidentified snipers open fire on disarmed protesters as they was advancing on Instituska street. According to an official source, 70 protesters were shot dead. Ukrainian riot police claimed that several policeman were wounded or shot dead by snipers aswell. An unofficial source said that snipers opened fire on the police and protesters at the same time in order to provoke both camps. © Jérome Sessini

Le 26 août 2015 s’ouvrait à Montréal l’exposition itinérante de photographie du  World Press Photo. Clara Loiseau à assisté à la conférence de Jérome Sessini.

Comme chaque année, depuis maintenant 10 ans, nous ressortons, nous, spectateur, incroyablement bouleversés et touchés au plus profond de nous par certains clichés. Cette exhibition nous permet de nous mettre à la place des yeux des photographes, de voir ce qu’ils ont vu et comprendre ce qu’ils veulent nous partager.

Le soir de l’ouverture du World Press Photo de Montréal, à quelques minutes de marche du Marché Bonsecours, une conférence se donne. C’est au Centre Phi qu’un des gagnants de la compétition nous donne la chance de le rencontrer. La salle est comble. Des gens sont debout, il manque de chaises. Jérôme Sessini, photoreporter français, nous accueille, se présente et nous montre une des vidéos qu’il a prise lorsqu’il était en Ukraine, en février 2015.

On voit des hommes, on entend des coups de feu et puis on voit un de ces hommes qui tombe à terre. Il est mort.

La vidéo se termine. Les lumières se rallument. Dans la salle c’est le silence absolu. Personne ne parle, mais sur le visage des spectateurs on peut lire le choc.

Lorsque Jérôme Sessini nous raconte son expérience. Il nous raconte, l’air détaché, ce film d’abord. Le visage fermé, il continue en nous montrant les séries de clichés qu’il a pris pendant son voyage en Ukraine. Il nous raconte comment en arrivant sur une zone de combat on est capable de se détacher de ce que l’on voit pour faire son métier. Parce qu’il faut « montrer aux autres ce qu’ils ne voient pas », comme il nous le confie.

Le photographe nous explique ensuite que lorsqu’il est sur le terrain il fait abstraction de tout ce qui se passe. Son « arme », c’est son appareil photo.

Ce qui l’a le plus affecté, ce sont les clichés des restants de l’avion de la Malaysia Airlines qu’il a pris. Il était le premier reporter photo à arriver sur les lieux de l’impact de l’écrasement ayant eu lieu le 17 juillet 2014. Il était le premier à immortaliser ce drame faisant 298 morts. « Dès que je fermais les yeux, pendant plusieurs mois, je revoyais ces images qui ne me quitteront jamais », nous explique-t-il. Il ne souhaitait d’ailleurs plus jamais revoir ses photographies.

C’est une de ses proches amies qui le convainc de la laisser s’occuper de l’inscription et de l’envoi des photos pour le concours du World Press Photo. C’est grâce à elle qu’il gagne les premiers et deuxièmes prix du concours dans les catégories « Spot news — Stories », pour cet émouvant travail en Ukraine.

Vous avez jusqu’au 27 septembre pour découvrir à Montréal le remarquable travail de ces 150 clichés très marquant de l’année 2014.

Clara Loiseau

Article initialement publié le 17 sept. 2015 sur http://blogue.sblouin.profweb.ca/?p=10607

Pour plus d’informations:  World Press Photo Montréal 2015

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