L’exposition Paris-Magnum révèle les ravages du droit à l’image

L’expo Paris-Magnum qui prend fin samedi 25 avril est l’illustration parfaite du combat que mène l’Observatoire de l’Image depuis plus de 15 ans.

Nous reproduisons ici le ommuniqué de presse de l’Observatoire de l’image. A l’oeil est entièrement d’accord avec ce texte:

Les Parisiens peuplent les photos de Capa, Riboud, Cartier Bresson,… illustrant leur
quotidien, au café, à l’usine, dans la rue….

Des visages durs témoignant de l’âpreté des  grèves des années 30, laissent place à des visages radieux au moment de la Libération de Paris. La guerre d’Algérie, les manifestations de mai 1968, la libération de la femme et l’avènement de la mini-jupe, tous ces moments marquants de notre histoire, tous ces combats ont été menés par des hommes et des femmes, célèbres ou anonymes, et ce sont ces visages que nous donnent à voir les photographes, ces visages pris sur le vif, sans artifice qui sont la mémoire sociale et politique de Paris.

Puis plus rien à partir des années 1990.

Des ombres savamment exploitées pour masquer un visage, beaucoup de dos et de flous artistiques pour éviter un procès en droit à l’image.

Les rues parisiennes sont vides, déshumanisées. C’est une ville fantôme qui s’offre à nous.
Depuis 15 ans l’Observatoire de l’Image alerte les pouvoirs publics, les magistrats sur les
dégâts d’une interprétation jurisprudentielle souvent extensive de la protection de la vie
privée prévue par l’article 9 du Code Civil brandi par les anonymes pour interdire la diffusion
de leur image, mais surtout pour en tirer un avantage pécuniaire.

La conséquence, nous l’avions prédit, c’est le principe de précaution et donc l’autocensure chez les photographes et chez certains utilisateurs.

Nous avons la preuve de ce que nous redoutions. Le photographe ne photographie plus la
rue, pas plus qu’il ne peut prendre et diffuser des images sur la vie quotidienne des
individus, quelle que soit l’image qu’ils renvoient à la société.

La juste reconnaissance accordée souvent par le juge au droit à l’information ne concernant
que l’actualité immédiate, notre vision du monde est depuis 20 ans, comme le montre
l’exposition, enserrée entre une marque de fraîcheur et une date de péremption.

Clément Saccomani, Directeur Editorial de l’agence Magnum Photos s’en inquiète : « Il est évident que la loi doit protéger les gens, mais dans un monde où chaque jour, des millions
d’images sont publiées sur les réseaux sociaux… la loi doit également évoluer. Les
photographes, et les photojournalistes sont des professionnels consciencieux et dont le but est de nous informer… le problème n’est pas forcément pour aujourd’hui, mais surtout pour
demain, quelle trace allons-nous laisser aux générations de demain ?

Comment témoigner et  raconter pour l’Histoire, la France post-Charlie, si nous ne pouvons plus la photographier ? Il  faut toujours faire très attention quand l’autocensure pointe le bout de son nez… »

 

LES MEMBRES DE L’OBSERVATOIRE DE L’IMAGE

Les agences photographiques

FNAPPI – Fédération Nationale des Agences de Presse Photos et Informations

SAPHIR – Syndicat des Agences de Presse Photographiques d’Information et de Reportage

SNAPIG – Syndicat National des Agences Photographiques d’Illustration Générale

Les éditeurs de livres

SNE – Syndicat National de l’Edition

Les éditeurs de presse-magazine

SEPM – Syndicat des Éditeurs de la Presse Magazine

Les producteurs audiovisuels

USPA – Union Syndicale de la Production Audiovisuelle

Les iconographes

ANI – Association Nationale des Iconographes