Le photojournaliste Henri Bureau est décédé

De Gaulle par Henri Bureau
30 juin 1968 “L’image que détestait de Gaulle”: le retour de Baden-Baden (c) Henri Bureau / Corbis

Pendant 20 ans il avait couru le monde, souvent le premier arrivé sur l’évènement, presque toujours le premier rentré à Paris pour ramener d’innombrables images exceptionnelles. Il s’est éteint à Paris dans la nuit du 18 au 19 mai 2014.


Né le 25 janvier 1940 à Cognac, Henri Bureau avait commencé par s’engager à 18 ans dans la Marine Nationale avant de rencontrer, en autostop, l’amour de sa vie et le métier qu’il va exercer.

« Henri Bureau a ouvert sa route, commencé son cheminement professionnel au plus bas, au pied de l’échelle : paparazzi ! C’est dangereux, on peut y perdre son âme, devenir un voyeur cynique, un traqueur pour voler un peu de l’intimité d’une proie, capturer des miettes de son « misérable petit tas de secrets », comme disait Malraux. Sa part des anges lui a fait chercher plus haut» a écrit Pierre Schoendoerffer dans la préface de « Bouclages, une vie de reporter » le livre mémoire d’Henri Bureau publié en 2010 aux éditions Florent Massot. Paparazzi, il ne le restera pas longtemps.

Très vite, il va s’envoler pour le Vietnam

Vietnam (c) Henri Bureau / Corbis
Vietnam (c) Henri Bureau / Corbis

Très vite, il va s’envoler pour le Vietnam et commencer une carrière de grand reporter où il va accumuler les scoops. « Trouver Henri Bureau sur l’évènement quand on y arrive…ça voulait dire qu’il allait nous doubler. C’était une vraie bête de news ! » confie son ami Patrick Chauvel.

Une bête, un ours… C’était quelques uns des qualificatifs qu’inspirait Henri Bureau. L’homme n’avait pas franchement bon caractère. Il était rugueux, entier et ne mâchait pas ses mots !

1974_Portugal_Henri-Bureau_World-press

La première fois que je l’ai rencontré, c’était en 1974 à Lisbonne. Je lui avais « filé le train » comme on dit vulgairement. Il ne m’avait rien dit. Pas un mot de reproche, ni de confraternité. L’occasion de mesurer ses qualités professionnelles. Alors que nous traquions la même actualité, il avait réussi un magnifique cliché qui lui valu le 1er prix « Spot news » au World Press Photo. J’ai retenu la leçon.

A l’heure des “Bouclages”

Henri Bureau à Perpignan pour le festival Visa pour l'image 2010 (c) Geneviève Delalot
Henri Bureau à Perpignan pour le festival Visa pour l’image 2010 (c) Geneviève Delalot

Des années plus tard, en 2010, pour la sortie de son livre « Bouclages », je l’interviewe à Perpignan où il signait son livre pendant le festival de photojournalisme Visa pour l’image. L’interview avait commencé par une de ces engueulades dont il avait le secret : « Tu as écrit des conneries ! »

Mais derrière son personnage de grande gueule , il y avait aussi un grand cœur, un peu écorché vif. J’avais donc eu droit, in fine, à un sympathique entretien !

L’an dernier, également, alors que je le sollicitais pour qu’il me raconte la création de l’agence de presse Sygma en mai 1973, dont il a été un pillier, il avait commencé par grogner : « Mais pourquoi tu t’intéresses à ces vieilles histoires ? ».

Et finalement, alors qu’il était déjà très malade, il m’avait fixé rendez-vous dans un bistrot pour que je prenne, sous sa dictée, le récit de l’éclatement de l’agence Gamma d’où naquit Sygma.

Fâché avec les uns, ami avec les autres – et parfois les mêmes – Henri Bureau est une figure légendaire du photojournalisme français du XXème siècle.

De tous ses scoops, celui que je préfère est cette photo du Général de Gaulle descendant de l’hélicoptère en mai 1968, au retour de son entretien avec le général Massu à Baden-Baden.
Mais il y en a tant d’autres…

Découvrez-les sur son site et sur celui de Corbis à qui il a vendu ses archives.
Michel Puech
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Perpignan 2010, entretien pour la sortie de son livre souvenirs “Bouclages” (c) Geneviève Delalot

 

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