Exposition : « Regards croisés », la Chine et moi, et moi…

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©Yann Layma/Courtesy Galerie Photo12
©Yann Layma/Courtesy Galerie Photo12

logo_loeildelaphotographieDepuis le 21 février et jusqu’au 22 mars 2014, la Galerie Photo 12 et la Galerie Kijk, à Paris,  exposent « Regards croisés : France/Chine » avec trois photographes Tingting Wang (Prix Picto de la Jeune Photographie de Mode 2013), Yann Layma et Lucas Schifres. Escale chinoise dans le Marais.

Tingting Wang © Geneviève Delalot
Tingting Wang © Geneviève Delalot

Nous ne sommes plus en 1922 quand Albert Londres s’embarquait pour découvrir « la folie » d’un « empire du milieu » de quatre cents millions de serfs sous le joug de seigneurs de la guerre, de mercenaires, et de bandits armés.

Nous ne sommes plus dans  les années 1960, quand Jacques Dutronc  moquait la vague « maoïste » de la jeunesse occidentale avec son  « 700 millions de chinois et moi et moi » Le chanteur ajoutait : « J’y pense et puis j’oublie ».

Nous aussi, nous avons oublié la Chine, d’où nos surprises quand la jeunesse chinoise se révolta, et notre autre surprise devant le boom chinois de la dernière décennie.

Et nous voilà avec  près d’un milliard cinq cent millions de chinois citoyens  d’une étrange République Populaire de Chine, fleuron d’un capitalisme à la sauce « communiste » ! Quel étrange empire.

 

Qui comprend la Chine ?

©Geneviève Delalot
©Geneviève Delalot

Le Général de Gaulle,  en reconnaissant officiellement la République populaire de Chine le 27 janvier 1964 fut visionnaire. Cinquante ans plus tard, les échanges entre la France et la Chine n’ont jamais été aussi forts, que ce soit d’un point de vue commercial, économique ou artistique. L’édition chinoise de « L’œil de la photographie » en est une preuve !

S’inscrivant dans les nombreuses festivités organisées autour du jubilé (ex. : Art Paris au Grand Palais), la Galerie Photo 12 et la Galerie Kijk proposent un voyage photographique vers l’Empire du milieu à travers l’objectif de trois photographes : Yann Layma, Lucas Schifres et Tingting Wang.

Tingting Wang, 28 ans, licence d’ethnologie, école photo EFET a déjà exposé au Salon de Paris, à Arles et est la lauréate de la 16ème édition du Prix Picto de la Jeune Photographie de Mode. Elle produit des images que l’on sent émerger d’une culture traditionnelle. (Voir bas de page nos autres articles sur Tingting Wang)

 

Yann Layma ou la passion de la Chine

©Yann Layma/Courtesy Galerie Photo12
©Yann Layma/Courtesy Galerie Photo12

A ses côtés dans la galerie Photo 12, je retrouve des photographies de Yann Layma. Ce breton de Chine, ou ce chinois de Bretagne – on ne sait plus – a passé plus de vingt ans en Chine, littéralement appelé à son adolescence par la mission de passer sa vie à photographier la Chine… Un personnage dont il faut avoir lu l’incroyable parcours relaté dans « J’ai dû chevaucher la tempête – Les tribulations d’un bipolaire » (Ed. de La Martinière 2012).

En 1979, la Chine ouvre soudain son « rideau de bambou » en même temps qu’Axel Ganz publie l’édition française du magazine Géo chez Prisma Presse. Yann Layma a alors 16 ans et ces deux nouvelles résonnent en lui comme un appel quasi mystique.

Quand je le rencontre au début des années 1980 à La Compagnie des Reporters, une jeune agence de photos magazine, il n’avait pas 20 ans et m’impressionne par sa détermination. Je serai encore plus surpris lorsque je le retrouverai s, plus de deux décennies plus tard, à Paris, pour une grande exposition de son travail en Chine sur les grilles du Palais du Luxembourg.

Entretemps, il a appris le mandarin, s’est installé à Pékin, a voyagé dans toute la Chine et a publié aux Editions  de la Martinière de très beaux livres.  J’espérais le voir à la galerie Photo 12, mais il vient de s’installer en Touraine avec son épouse qui doit accoucher ces jours-ci de leur premier bébé. Je leur souhaite bien du bonheur, et j’attends avec impatience son regard sur une France retrouvée.

 

Lucas Schifres et le prolétariat chinois

Mmur d'images de Lucas Schifres Galerie Kijk
© Geneviève Delalot

Schifres ? Le nom de mon nouvel  « ami Facebook »  me renvoyait à mes souvenirs des années 19 70, où, jeune stagiaire, au quotidien dirigé par Philippe Tesson Combat , je côtoyais un temps un certain Michel Schifres qui fut ensuite au Monde, au Quotidien de Paris, au Journal du Dimanche, au Figaro magazine avant de tenir aujourd’hui chronique à L’Opinion.

Intrigué, en mars 2012, je pris contact avec ce Schifres là. C’était le fils. Le père use de la plume, le fils joue de l’objectif. Un jeune homme bien élevé qui m’adressa une aimable requête : « Je souhaite parler de mon dernier sujet, un reportage au long cours sur les ouvriers du Made in China, ouvriers que je prends en photo depuis plus d’un an maintenant. Je cherche à promouvoir ce travail, pour aller vers une exposition photo et à terme un beau livre. Est-ce qu’il serait possible de parler de ce travail dans La lettre de la photographie ? »

Lucas Schifres © Geneviève Delalot
Lucas Schifres © Geneviève Delalot

C’était gentiment demandé, et les photos jointes m’interpellèrent immédiatement. Bien que je n’aie que peu de goût pour la photographie frontale de portrait, les chinois de Lucas Schifres me fascinèrent.  J’avais vu des centaines de photos de chinois en action, ou bien des masses humaines en mouvement, mais l’identité de l’ouvrier chinois… Je ne l’avais pas vu ainsi depuis mes lectures de Chine Nouvelle. Mais à l’époque, il s’agissait de portraits d’une propagande.

Ceux de Lucas Schifres, ont cette double face, d’avoir  à la fois un côté identité « officielle », et de représenter par contre une réalité : le prolo qui sort de son boulot ! La lettre de la photographie fut la première publication en portfolio de son travail.

Lucas Schifres (né en 1973, à Paris) est un ancien élève de Yan Morvan. Et il a retenu de son professeur, une certaine brutalité dans la prise de vue. Une brutalité qui tranche avec le comportement très calme, en apparence, du photographe.

C’est en 2005 que  Lucas Schifres s’est installé en Chine comme chef du bureau photo de Bloomberg. Ses reportages en Chine incluent la couverture de l’exposition universelle de Shanghai en 2010, des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, des troubles au Tibet en mars 2008. Depuis 2011, Lucas Schifres est revenu à Paris, mais il n’a pas cessé d’aller en Chine.

Michel Puech

Article publié le jeudi 27 février 2014 in L’Oeil de la Photographie

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Pratique

Regards croisés : France/Chine du vendredi 21 février 2014 au samedi 22 mars 2014

Galerie Photo12 et Galerie Kijk – 14 Rue des Jardins Saint-Paul, 75004 Paris ‎ Tel. 01 56 80 14 40 ‎ ·

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Made in China – Les yeux dans les yeux [Cartonné] de Lucas Schifres (Auteur) Disponible sur Amazon et à la Galerie Photo 12 à Paris 29.95€

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