Le mystère de l’ermite photographe play boy

(c) Nouvelles calédonnienes
Alain Carcenac (c) Nouvelles calédonnienes

logo_loeildelaphotographieUn squelette dans une grotte,  les habitants de deux villages du Tarn et Garonne dans le Midi de la France,  et les anciens de la rédaction des Nouvelles calédoniennes attristés de la macabre découverte. Le mystère de la vie d’Alain Carcenac, reporter photographe « play boy» qui a vu « des choses trop dures » reste entier.

«Samedi 11 janvier 2014, avec trois membres de mon club, nous étions à Penne-sur-Tarn pour recenser des cavités rocheuses pouvant avoir été habitées par des hommes au Moyen Âge » a raconté Bernard Valette, président de la société spéléologique des Pays Castrais et Vaurais  aux journalistes  Guillaume Atchouel et Alain-Marc Delbouis du quotidien régional  Le petit Bleu du Tarn et GaronneLa Dépêche du Midi.

« Nous sommes arrivés devant l’une de ces grottes et j’ai remarqué qu’il y avait des vêtements pendus à un fil à linge et des casseroles et des bouteilles d’eau qui jonchaient le sol. J’ai compris qu’il s’agissait d’un lieu de vie. Alors j’ai crié : Y’a quelqu’un ! Mais personne n’a répondu». Cet aide-soignant de Lavaur, quelque peu ému, s’interrompt avant de poursuivre : «Alors je me suis avancé. Au fond de la grotte, des bouts de tissus tendus formaient un paravent qui séparait la cavité en deux. Je les ai écartés et là, sur un matelas, j’ai vu un squelette humain. J’ai distingué le crâne, les côtes et un bras. Le bas du corps était recouvert par une couverture. Ça m’a beaucoup impressionné».

La Gendarmerie Nationale n’a pu que constater un décès qui ne semble pas d’origine criminelle et le procureur du Tribunal d’Albi à ouvert une enquête et ordonné notamment une analyse ADN pour identifier le cadavre.

Mais, dès la publication dans le quotidien régional les habitants des villages voisins ont immédiatement eu la certitude qu’il s’agissait de « l’indien » !

 

« L’indien », un  ancien photographe « play boy »

«Je sais que c’est lui qui s’était aménagé cette cavité rocheuse. Il avait élu domicile ici il y a une dizaine d’années après avoir vécu plusieurs mois dans les bois de Vaïssac», se souvient Michel Montet, le maire de Bruniquel, l’un des deux villages les plus proches dans la région de Castres. «C’était un choix de vie. Il refusait la société, la religion et l’autorité. Il m’avait dit qu’il avait été reporter photographe en Nouvelle-Calédonie et qu’il avait vu des choses trop dures, qu’il voulait couper avec tout ça. Au village, beaucoup l’appelaient l’Indien». Il est vrai qu’il avait les cheveux longs souvent cerclés par un bandeau sur le front. «Il souhaitait vivre autrement, rapporte l’élu qui le voyait régulièrement venir faire les poubelles sur sa commune».

L’homme âgé d’environ 60 ans  s’appellerait Alain Carcenac et serait originaire de la région où vivrait une parente. L’analyse ADN devrait permettre d’identifier formellement le squelette, mais au village personne n’a de doute.

Alerté par L’œil de la Photographie, Aurélien Lalanne journaliste aux Nouvelles Calédoniennes a mené l’enquête à Nouméa.  «Un excellent photographe », « un homme sociable toujours souriant », « un charmeur » selon d’anciens salariés des Nouvelles calédoniennes où Alain Carcenac n’a pas été oublié.

« Grand, brun aux cheveux longs, un regard de jais pénétrant, il était – sans en être conscient – un play-boy qui avait un énorme pouvoir de séduction auprès des femmes » se souvient Hervé Girard, un ancien confrère. « Mais il ne s’en servait pas. Au contraire, sa discrétion masquait une importante réflexion intérieure. Il portait déjà en lui l’aura de l’ermite qu’il est devenu. »

« L’indien » était très apprécié de ses confrères calédoniens. « Dans la bande » raconte une ancienne collègue émue de sa disparition « c’était le plus beau, le plus gentil et surtout, un excellent professionnel de la photo. »

Sans femme ni enfant, Alain Carcenac a quitté la Calédonie en 1986. « Sur un coup de tête » explique cette même collègue. « Il ne nous a même pas dit au revoir, il s’est volatilisé. »

Michel Puech avec  Aurélien Lalanne des Nouvelles calédonnienes

Article publié dans L’Oeil de la Photographie du vendredi 17 janvier 2014

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