Sipa Press: les « pros » entre stars du net, et stars pas nettes

Paris 28 février 2013 Tribunal de commerce de Paris, présentation des offres de reprises de l'agence Sipa Press Notre photo: Christophe Février (a droite) de G GroupeX avec de dos Michel Alves. Au second plan Olivier Megean, Président de Sipa press. (c) Michel Puech
Paris 28 février 2013 Tribunal de commerce de Paris, présentation des offres de reprises de l’agence Sipa Press. Christophe Février (a droite) de G GroupeX avec de dos Michel Alves. Au second plan Olivier Megean, Président de Sipa press. (c) Michel Puech

Jeudi 28 février 2013, les candidats à la reprise de l’agence Sipa Press présentaient leurs dossiers au Tribunal de Commerce de Paris. « Indigentes » tel est le qualificatif attribué à ces offres par le Tribunal qui a donné une semaine de plus aux candidats pour améliorer leur proposition.

Article publié dans Le Journal de la Photographie du mercredi 6 mars 2013

Le 9 novembre 2012, Olivier Mégean, Président de Sipa press nommé par les « investisseurs » allemands qui ont « racheté » Sipa au Groupe Pierre Fabre, entame un triste et long chemin de croix. Il constate la disparition pure et simple de ses actionnaires ! Le 22 novembre, Sipa press est en cessation de paiement et le 6 décembre en redressement judiciaire.

Maître Catherine Poli, nommée administratrice judiciaire, aurait communiqué une trentaine de dossiers, qui ont finalement débouché dans un premier temps sur six propositions de reprise, bien vite réduites à trois et finalement à deux, par « rapprochement de deux offres » en dernière minute le jeudi 28 février.

Deux stars du Net lorgnent sur les archives argentiques

Le 18 janvier dernier nous évoquions, ici même lire l’article ici, la présence possible de Xavier Niel dans le dossier. Xavier Niel est ce talentueux « money maker » français qui a su faire fructifier ses premières connexions dans le « Minitel » en une belle fortune cotée en bourse : Iliad, opérateur de télécoms connu du grand public sous le nom de Free. En outre, depuis l’été 2010, il est, avec Mathieu Pigasse et Pierre Bergé,  à la tête du capital du quotidien Le Monde: un bâton de maréchal.

Il se présente, via NJJ Capital, l’une des ses nombreuses sociétés. Mais, il ne se présente pas seul. NJJ Capital précise qu’elle constituera une société par actions simplifiée détenue à 50/50 avec la société Orefi Orientale et Financière présidée par Jacques Antoine Granjon, autre star de l’Internet français.

Que viennent faire ces deux là dans Sipa ? C’est tout simple : récupérer le fonds photographique pour l’exploiter, non pas comme une agence de presse, mais comme de simples collectionneurs ou de simples marchands.

Depuis quatre ans, le site www.vente-privee.com de Jacques Antoine Granjon voit ses bénéfices stagner et son patron cherche de nouveaux produits. La photographie est à la mode. Ce pourrait être une bonne idée de commercialiser des tirages en ligne comme le fait par exemple Yellow Corner…

Bien sûr, l’argumentaire de l’offre n’est pas celui là, Xavier Niel aurait le désir de se constituer une collection photographique, à l’exemple de Bill Gates avec Corbis… Ce serait une acquisition patrimoniale afin de conserver le fonds Sipa dans le patrimoine national…. Il n’envisagerait pas de rentabilité dans les quinze ans à venir… C’est prudent, étant donné, que jusqu’ici, rien ni personne n’a prouvé la rentabilité de numériser un fonds photographique de cette taille, qui demande, outre des moyens financiers énormes, des compétences techniques pointues et une vraie connaissance de la production photographique du XXème siècle.

NJJ Capital, était prêt, jeudi dernier, à mettre un million d’euros sur la table et reprendre trois salariés sur soixante-et-un (un comptable, une documentaliste et un « chef de service rangement ». La semaine précédente, il avait approché les deux autres candidats pour tenter une alliance, mais sans succès du coté de l’offre SNS (Rex Feature, Isopix etc.) Miguel Ferro, directeur de Rex Feature explique que « le cœur d’une agence ce sont ses archives. Je ne vois pas comment nous pourrions travailler avec des archives qui ne nous appartiendraient plus ».

NJJ Capital, était prêt, jeudi dernier, à mettre un million d’euros sur la table et reprendre trois salariés sur soixante-et-un (un comptable, une documentaliste et un « chef de service rangement ».

La semaine précédente, il avait approché les deux autres candidats pour tenter une alliance, mais sans succès du côté de l’offre SNS (Rex Feature, Isopix etc.) Miguel Ferro, directeur de Rex Feature explique que « le cœur d’une agence, ce sont ses archives. Je ne vois pas comment nous pourrions travailler avec des archives qui ne nous appartiendraient plus ».

NJJ Capital (Xavier Niel) s’est donc entendu avec Christophe Février de G Groupe X sur un accord croisé de commercialisation des archives qui a immédiatement provoqué une levée de boucliers du côté des photographes et du personnel de Sipa press, exactement comme ce fut le cas lors de l’annonce du rachat de Sygma par Corbis, puis lors du déplacement des archives du siège de l’agence vers un lointain hangar de stockage. Le rapport des photographes et des personnels des agences aux archives photos est autant psychologique que technique.

Le Cannois, Le Petit Niçois et Bakchich au secours de Sipa !

G Groupe X, la seconde société candidate, qui proclame 24 ME de chiffre d’affaires dans son offre, a pour autant jusqu’ici, omis de faire les déclarations légales au Tribunal de Commerce… Passons. Ils ne sont pas les seuls.

Christophe Février qui « cultive le gout du leadership dans toutes les fonctions qu’il occupe, et particulièrement dans le domaine des médias » « a pour vocation de rendre à Sipa Press tout son prestige en modernisant son fonds photographique et en repensant son exploitation. » Soit ! Les références  données ne sont pourtant pas énormes : le Groupe Valentin « qui rassemble le savoir-faire de plusieurs sociétés bien connues des producteurs de vins effervescents », Les Editions d’Azur qui éditent deux hebdomadaires classés à droite dans les Alpes-Maritimes (Le petit Niçois et Le Cannois), Flair Production, une société de production de cinéma et de télévision. Rien de décoiffant si l’on excepte la mention de la reprise du site Bakchich.info.

L’offre de G Groupe X s’appuie sur les compétences journalistiques de Michel Alvez Da Cunha présenté comme le futur directeur exécutif de Sipa. « Son expérience unique du terrain, la direction de grandes rédactions, l’achat de milliers de photographies et la production de nombreux événements médiatiques lui confèrent toute la légitimité pour mener à bien ce projet. » explique G Groupe X dans son offre. Hélas, dans la profession, il ne bénéficie pas d’une réputation irréprochable. Il a longtemps travaillé avec Gérard Ponson, bien connu pour ses « impayés » à plusieurs agences de photo, lors de dépôts de bilan à répétition.

Mon confrère Raphaël Garrigos, du quotidien Libération, rapportait le 16 novembre 2000 une autre vision de la carrière de Michel Alvez Da Cunha, celle du Tribunal de Nanterre saisi par la municipalité de Colombes pour une photo de « lancer de frigo » restée dans les mémoires de la profession.

«  Le procureur tonne : « C’est une mascarade de reportage» écrit Raphaël Garrigos dans Libération.  L’avocat de la partie civile s’emporte «C’est quoi ce torchon, Monsieur Alves ? » Hier, à la 14e chambre du tribunal de Nanterre, Michel Alves s’est fait tout petit. La «mascarade» qu’évoque le procureur, c’est le bidonnage dont il s‘est rendu coupable en août 1999 dans le magazine Entrevue (Hachette Filipacchi Médias) dont il était alors rédacteur en chef adjoint. Images choc. Pour illustrer un article intitulé Banlieues, la chasse aux flics est ouverte, il livrait des images choc : depuis la terrasse d’un immeuble, en pleine «shit-party», des jeunes jettent un réfrigérateur sur des policiers. »

En réalité le réfrigérateur était un bloc de polyester et les jeunes délinquants, des garçons qui jouaient le jeu pour quelques billets …

Le rapprochement de ces deux offres (G Groupe X + JJN Capital), étonne dans la profession !

D’une part, les envergures financières et les compétences des deux protoganistes sont aux antipodes. Si l’on peut comprendre la démarche de Christophe Février, celle de Xavier Niel parait bien légère, sauf à penser que n’ayant rien à espérer de la survie de l’agence, il pense pouvoir devenir seul maître des archives de Sipa press à très court terme, après un nouveau dépôt de bilan…

Le personnel de Sipa press, après quelques hésitations, ne s’y est pas trompé, il a publié, le vendredi 1er mars, un communiqué rejetant les deux offres fusionnées qualifiées de « vente à la découpe » et soutenant l’offre de reprise amenée par deux agences de presse, partenaires historiques de Sipa press, la seule offre émanant du milieu professionnel.

Le patron de Rex Feature au secours de ses amis de Paris

Conduite par Miquel Ferro, Pdg de l’agence anglaise bien connue Rex Feature, la Société nouvelle Sipa (SNS) serait détenue par lui-même à 50%, épaulée par Paul Marnef de l’agence belge Isopix (13%). Le reste du capital de cette nouvelle Sipa serait détenu par un ancien photographe d’origine chinoise, Charles Jing, avec sa société américaine, CJI Group Ltd, qui se proposerait de développer le marché asiatique de l’agence.

Enfin, la société d’ingénierie informatique Novisys, partenaire historique, aurait le bon goût d’oublier qu’elle perd de l’argent dans ce redressement judiciaire et l’apporterait en capital.

Pour faire bon poids, Associated Press confirme, dans une lettre du 22 février 2013, adressée à Miquel Ferro qu’au cas où il serait choisi par le Tribunal, l’agence américaine continuera à faire confiance à Sipa pour la diffusion de ses photographies sur le marché français.

Cette offre propose de rependre trente-quatre personnes, mais sa faiblesse est le prix qu’elle propose : 100 000 euros … Ce petit prix est argumenté par le fait que les investissements à faire pour relancer Sipa sont énormes et soutenus par un apport d’1,5 ME des actionnaires, en compte courant, qui devra vraisemblablement être augmenté si l’affaire se conclut.

100 KE d’un côté, 1 ME de l’autre, le Tribunal va devoir résister au poids de Maître Gorrias, administrateur liquidateur de l’affaire chargé du passif. Ce dernier a tout intérêt dans l’offre la mieux disante financièrement. D’un autre côté, fin connaisseur des difficultés des agences de photo – il fut missionné dans le redressement judiciaire d’Eyedea (Gamma, Rapho, Keystone) et dans le dépôt de bilan de Corbis Sygma – il n’ignore rien des difficultés de la gestion de stock d’images. Il a toujours sur les bras la responsabilité des archives de Sygma pour lesquelles il ne trouve aucun repreneur, deux ans après le dépôt de bilan.

Mercredi 6 mars 2013, dans l’après-midi, Maître Catherine Poli recevra les représentants du Comité d’entreprise pour faire le point avec eux de l’état des deux offres restantes (s’il en reste deux). Le lendemain à 14 h, elles seront présentées au Tribunal…

Il restera ensuite à attendre sa décision. Espérons qu’il tranche rapidement, car l’ambiance boulevard Murat pourrait vite se dégrader.

Un observateur, fin connaisseur de la profession prédisait jeudi dernier : « S’ils ne trouvent pas rapidement une solution, ça va finir à la rubrique des faits divers. » Espérons que non.

(A suivre)

Michel Puech

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