La mort du photographe de De Gaulle

Jean-Marie Marcel le jour de la photographie officiel de De Gaulle 1958 © Jean Mainbourg / Rapho

Michel Puech publie dans La lettre de la photographie, lettre quotidienne en français et en anglais.

 

Le photographe Jean-Marie Marcel, né en 1917, est décédé la semaine dernière à l’âge de 94 ans à Paris. Il était particulièrement connu pour son portrait officiel du premier président de la Vème République française, Charles de Gaulle, en civil, avec l’Ordre de la Libération autour du cou.

Jean-Marie Marcel avait déjà réalisé une photographie du Général de Gaulle pour la campagne du référendum de 1946. Cette première fois, il le photographia en uniforme, le menton martial, fumant une cigarette Player’s.

Détail révélateur de la complexité de l’Histoire de France, Jean Marie Marcel, fils adoptif du philosophe Gabriel Marcel, a participé au début de la seconde guerre mondiale à une étrange équipée automobile qui parcourut la France pour vanter les mérites du « Secours National », l’œuvre caritative du Maréchal Pétain. Jean-Marie Marcel est alors en compagnie d’écrivains, de journalistes comme Jean Thévenot, Jean Delevèze, Pierre Meunier ou Georges Charensol. En réalité, en ce début de guerre, il n’est pas rare que les hommes hésitent et travaillent pour les deux camps. C’est particulièrement le cas dans le service photo du Maréchal.

Jean-Marie Marcel qui tenait un studio place Vendôme, avait abandonné le métier en 2002 quand il confia à Michel Guerrin du quotidien Le Monde à propos du portrait officier de Charles de Gaulle : « On ne refuse pas un tel client ! »

Jean Mainbourg de l’agence Rapho qui fut son assistant et demeura son ami raconte

« Nous avons été contactés par les services du Général quand il n’était – si je puis dire – que Président du conseil. Il devait aller en Amérique pour une réunion et son chef de camp nous a dit que le Général n’avait pas de passeport. Il nous fallait réaliser une photo d’identité à partir de la photographie de 1946 ! »

« J’ai dit à Jean-Marie : on ne peut tout de même pas le faire payer ! Alors, on lui a fait parvenir « Les maisons fugitives » un livre que Jean-Marie Marcel avait réalisé avec François Mauriac aux éditions Grasset en 1939. Il avait mal marché et nous en avions un stock. Nous avons glissé une carte de visite du studio et donné le tout à son aide de camp. »

« Une autre fois, nous avons dû faire la première prise de vue en couleur du Général dans son bureau pour le magazine « Jours de France ».

Jean-Marie Marcel a fait de nombreux portraits de célébrités du monde des Lettres et des Arts comme André Gide ou Colette, sans parler évidemment de son père adoptif.

Il a ensuite quitté la photographie pour le cinéma et réalisé des films pour la télévision. Ses photographies ne sont, semble-t-il, distribuées par aucune agence, mais son épouse les conserve précieusement.

La Lettre présente ses condoléances à Madame Marcel et à sa famille.

Michel Puech

Publié dans La lettre de la photographie 26 juin 2012

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