Raymond Depardon met Hollande «en boîte»

Stéphane Ruet et Marc Chaumeil, deux photographes qui ont « couvert » la campagne électorale et préparent des livres sur le Président, ont donc été éliminés de la compétition. Sans doute jugés trop jeunes pour cette photographie officielle qui va s’afficher dans toutes les mairies.

Le choix de Raymond Depardon, 70 ans, qui occupe aujourd’hui la place du Maître dans le monde de la photographie et du documentaire, s’est imposé au détriment de l’élan vers la jeunesse, pourtant thème de la campagne.

Né le 6 juillet 1942 à Villefranche-sur-Saône dans une famille de paysans qu’il a honorée toute sa vie par de nombreuses photographies de « sa ferme du Garet » et d’une manière général du monde paysan, Raymond Depardon s’est fait connaître comme photojournaliste dans les années 1960.

Après avoir débuté à l’agence des Reporters Associés, il a été un des piliers de l’agence Gamma qui, vingt ans après Magnum, a totalement rénové le style des agences de presse photo en introduisant le principe de la coproduction des reportages.

Fondée le 14 novembre 1966 par l’ancien grand reporter photo du Figaro, Hubert Henrotte, qui en fut le directeur jusqu’en 1973.  L’agence avait comme associés un photographe oublié Léonard de Raemy, Hugues Vassal toujours connu notamment pour ses photographies d’Edith  Piaf et Raymond Depardon. En mai 1967, Gilles Caron devint également associé en rachetant les parts de Léonard de Raemy.

Raymond Depardon parcourt alors le monde et se rend célèbre parmi les afficionados du photojournalisme par des images au grand angle, comme un portrait de Nixon en campagne électorale.

Son nom deviendra public avec l’enlèvement de Françoise Claustre au Tibesti par des rebelles tchadiens. Une affaire, elle aussi, politique.

En 1974, il réalise un film sur la campagne de Valéry Giscard d’Estaing qui fut et reste interdit de diffusion par l’ancien président. Dans la rétrospective de ses films que présente actuellement Arte sur son site, il manque donc cette intégrale !

Finalement, normalement, un président « normal » a choisi un photographe qui apparaît aujourd’hui comme tout à fait normal lui aussi puisqu’il ne cesse de faire des allers et retours entre la photographie et le cinéma, entre l’image fixe et l’animée.

En 1974, Valéry Giscard d’Estaing avait, en choisissant Jacques-Henri Lartigue et une photo légèrement décadrée, innové. François Hollande reste dans le sillage en appelant un « grand artiste », celui que VGE censure toujours.

La boucle est bouclée. Tout est normal.

Michel Puech

Publié in  Club Mediapart le 29 mai 2012

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