World Press Photo 2012: La “Pieta islamique” de Samuel Aranda

(c) Samuel Aranda

 

Le photographe espagnol Samuel Aranda a remporté le World Press Photo Award 2012 pour une photographie prise pendant son reportage sur la contestation au Yémen. Une nouvelle « Pieta » pour rassurer l’opinion occidentale ?

Le cliché primé de Samuel Aranda, publié par le New York Times, a été pris le 15 octobre 2011 à Sanaa, la capitale du Yémen, dans une mosquée reconvertie en hôpital par les opposants au président Ali Abdallah Saleh. «J’étais une grande partisane de cette image et je pense que c’est fantastique que le public chrétien puisse se connecter d’une manière compatissante et qui ne porte pas préjudice au monde musulman,” a déclaré la photographe américaine Nina Berman, membre du jury au British Journal of Photography.

Immédiatement, cette nouvelle « Pieta islamique » séduit la presse mondiale. Nous avions déjà connu cela avec la « Madone de Bentalha » d’Hocine Zaourar de l’AFP pendant la guerre civile algérienne…. Il semble que lorsque les nations sont dépassées par les évènements, et que les peuples occidentaux sont inquiets des « révolutions arabes », une bonne façon de tranquilliser tout le monde est de montrer que les « barbares » peuvent être humains !

Entendons nous bien, je ne conteste absolument pas la qualité du travail photojournalistique de Samuel Aranda. Le lecteur pourra, en allant sur son site personnel, visionner une soixantaine d’images de ce reportage au Yémen, et apprécier le courage et surtout l’œil de ce photographe espagnol, diffusé par Corbis, travaillant pour le NYT et le quotidien espagnol La Vanguardia. Magnifique. Sans restriction : bravo !

C’est plutôt le jury de cette 55ème édition du WPP qu’il faut interpeller sur son choix. L’an passé nous avions eu droit à la barbarie des extrémistes musulmans afghans avec la femme au nez coupé de la photographe sud-africaine Jodi Bieber.

Une photo qui avait donné lieu le 7 mai dernier à une étrange cérémonie à la Muziiekgebouw lors de la remise des prix à Amsterdam. Le WPP nous avait montré « en exclusivité » et vanté les mérites de la chirurgie esthétique réalisée sur la jeune afghane, grâce aux généreux sponsors de l’occident chrétien. A-t-on voulu cette année démontrer qu’une « barbare » intégralement voilée et gantée pouvait avoir une attitude humaine de compassion?

Il y a de quoi s’interroger. … Le jury du World Press Photo récompense-t-il une œuvre esthétique, un message messianique ? Un travail photographique sur l’information ou un regard occidental sur le monde ?

Les « printemps arabes », que cette image est censée mettre sur le devant de la scène photographique, sont devenus un sanglant hiver syrien devant lequel les nations occidentales, fortement représentées dans le jury, sont impuissantes. Comme elles le furent, et le restent, face à la catastrophe nucléaire du Japon. Le nom de la centrale de Fukushima est absent des résultats de ce WPP alors que ses conséquences concerneront nos descendants pendant des dizaines de milliers d’années. Seules des photographies du tsunami sont récompensées. On veut bien montrer l’image de dégâts reconstructibles mais rien sur l’irréparable…

Michel Puech

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