L’agence photo TOP, un des joyaux du groupe Eyedea

Mis à jour le 26 novembre 2020 par Redaction

Alors que la liquidation judiciaire du groupe d’agences de presse photographiques Eyedea est en cours, les offres de reprise doivent parvenir avant le mercredi 3 mars 2010 à l’administrateur judiciaire, Catherine Loury dit Iliona photographe diffusée par l’agence TOP attire notre attention sur cette petite agence qui a joué un rôle non négligeable, mais un peu oublié, dans l’histoire de la photographie. Témoignage et rappel historique.


Catherine Loury dit Iliona, est née en 1944 au sein d’une famille de russes émigrés. « D’une formation initiale en architecture aux Beaux Arts de Paris, je tire un goût quasi obsessionnel pour la composition des images, les jeux d’ombres et de lumière » précise-t-elle dans un courriel en m’adressant son témoignage sur l’agence TOP. « Devenu photoreporter à partir de 1971 (DPPI, Gamma), j’intègre en 1977 The Image Bank à New York, sous le pseudonyme d’Iliona, puis l’agence TOP en 1984. » Les commandes pour des reportages me permettent, de plonger dans des univers différents et d’alimenter mon stock d’images jusqu’à fin 1992.

« Aujourd’hui, n’ayant plus l’obligation d’une commande à honorer, cheminant à la frontière entre voyage intérieur et voyage extérieur, acceptant les limites imposées par le choix d’un matériel, simple prolongement d’un regard, j’ai retrouvé le plaisir d’être à la fois spectatrice et actrice. Je ne prends plus des images. Les images me prennent, moi je ne fais qu’appuyer sur le déclencheur… Au bon moment, j’espère. » Iliona sait aussi appuyer sur le clavier de son ordinateur, pour pousser un cri, d’amour et de rage, devant la situation de l’agence TOP et de tous les autres groupes de photographes réunis sous différentes bannières qui toutes flottent, ou ont flotté, sur les champs de prises de vues, là où se livrent toutes sortes de batailles qui constituent notre Histoire.

« Il faut sauver TOP ! »
Par Iliona /TOP/Rapho/Eyedea

« L’optimisme est l’intelligence de l’avenir » Joël de Rosnay

Printemps 2002, je crois…

– « Allo, Iliona, c’est Cécile Traissac de l’agence TOP…on déménage »

– Encore !!!

– « Oui et on aura moins de place. On va être avec Rapho rue d’Enghien. On a trié vos photos et on aimerait que vous veniez prendre les doublons »

Février 2010. C’est qui ? C’est quoi l’agence TOP ?

Dans tous les comptes-rendus de presse à propos d’Eyedea on ne parle que des marques Gamma, Rapho, Hoa-Qui, etc. TOP est oublié.

Que s’est-il passé entre 2002 et 2010 ? De la rue Saint-Georges dans un fond de cours, à la rue de Verneuil en 1994, l’agence s’était déplacée pour s’installer dans un superbe appartement de la rue des Pyramides, près de la rue d’Alger, chez Rapho.

Accolée juridiquement à Rapho depuis 1977, sous la houlette de Lily Leroux, puis de Françoise Momessin, l’agence dont le chiffre d’affaires progressait régulièrement, s’était taillée une belle réputation acquise au fil de relations tissées avec ses clients par un travail de qualité à tous les niveaux : celui des photographes et celui des personnes et celui des abeilles laborieuses qui archivaient les nouvelles images issues des commandes, ou accueillaient les iconographes, en sachant immédiatement dans quelle boite trouver l’image rare recherchée.

Il y avait environ 400 boites de ce carton vieux rose patiné, rangées sur des étagères. Du travail à l’ancienne, basé sur la mémoire aidée par des listings et des fiches manuscrites mises à jour avec minutie, dans la fierté des photographes représentés.

Rue d’Enghien, au nouveau siège social, dès son arrivée, TOP fut assimilé à Rapho, et tout cela devint dans la tête des gestionnaires un « pôle illustration »..

Francoise Mommessin, sa directrice, avait pris sa retraite. Annie L’Hospitalier fut installée à cheval sur les archives de Rapho et de TOP ; Martine Noël tentait de continuer le département gastronomie, Cécile Schmidt resta à l’indexation des images mais pour les deux agences ; Cécile Traissac fut affectée à la comptabilité. Mais tout ceci n’eut qu’un temps et ne résista pas aux plans sociaux. Licenciements, départs plus ou moins volontaires… Que restera-t-il de TOP ?

Plus personnellement, je me souviens du choc ressenti en août 2005. Je constatais alors que 20 ans de ma vie de photographe se résumaient à un editing (ndlr : une sélection) de 500 images, fait par mes soins suivant des consignes très strictes mais que j’avais acceptées.

Au final, seulement 160 photos numérisées sur le site aux frais de l’agence, parce que mes reportages faisaient double emploi avec ceux d’autres photographes de l’agence Hoa-qui, déjà en ligne !.
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Voir ce qu’est devenue cette agence que j’aimais tellement me met en colère et me colle la nausée…./… Alors mesdames, messieurs les photographes, il faut sauver TOP prise dans la débâcle du groupe Eyedea.

Iliona (Catherine Loury)
24 février 2010

Site web de Iliona : www.catherinelouryiliona.com

Bibliographie
« La photographie humaniste » sous la direction de Laure Beaumont-Maillet, Françoise Denoyelle et Dominique Versavel Ed. de la BNF 2006

« Nous Rapho, histoire d’une agence » Document interne 1987

« Rapho Top, le catalogue » Catalogue de 1600 photographies